‹ Phidias: sa vie et ses ouvragesChapitre 137 sur 289 · T. II, pi. LUI · texte numérisé non relu

T. II, pi. LUI

h. Saint-Victor, .Explicalimi des planches du musée Bouillon; 0. MûUer, Comni. quâ Myrinœ, etc.

18g PHIDIAS.

pas néanmoins que l'attitude primitive de la figure ne puisse être déterminée. D'un côté, les épaules et les aisselles qui sont antiques indiquent la position des bras, dont le droit a dû être tenu élevé et le gauche, au contraire, abaissé; il en est de même du pied droit, à partir du talon, qui est certainement antique, et d'après lequel on peut juger que le poids de tout le corps a dû porter sur la jambe droite fermement appuyée sur le sol. Que la figure dont il s'agit, avant sa mutilation, et abstraction faite de sa restauration moderne , ait représenté une Amazone, c'est ce qui résulte pour O. MûUer de plusieurs indices, tels que la tunique légère, la ceinture haute, la nudité d'une des mamelles, le carquois au côté, la bouclier échancré (pelta) suspendu à un tronc d'arbre, enfin toute la contenance plus ferme que d'une femme, plus molle que d'un homme, ainsi que les contours arrondis des membres et le mélange de vigueur et de délicatesse qui s'y fait sentir. La seule difficulté est de savoir quelle action devait accomplir, dans l'intention de l'auteur de l'ouvrage, cette guerrière si belle. Or le sculpteur chargé de la restauration de cette statue, ayant pensé que le carquois pendant au côté appelait un arc, et, en conséquence, ayant jugé à propos d'en mettre un dans les mains de l'Amazone où il se trouve posé d'une façon assez singulière, chacun a cru avec lui que c'était un arc en effet qu'avait dû tenir cette figure, et Visconti s'est seulement demandé si elle le tendait ou détendait. O. Mûller, dans son travail sur l'Amazone du Vatican, fait remarquer à ce sujet que par les mots tendre l'arc les archéologues entendent également deux choses diffé-

PREMIÈBE PARTIE. — CHAPITRE V. 489

rentes, dont Tune est Taction d'adapter la corde au cornes de l'arc, et l'autre celle d'attirer vers la poitrine la corde déjà fixée aux deux bouts de l'arc afin de donner l'impulsion au trait. « Mais, dit l'illustre critique allemand, les hommes éminents qui ont pensé que notre Amazone était représentée tendant l'arc (de ce nombre sont Heyne et Millin) , paraissent avoir eu en vue la première de ces opérations. Or jamais elle ne s'est faite ainsi; mais suivant l'exemple qui nous est donné dans un grand nombre d'ouvrages de l'antiquité parvenus jusqu'à nous, une des cornes de l'arc, placée en bas, était alors tenue appuyée sur le genou ou sur le sol, de manière à ce qu'elle ne pût se dérober sous la pression; l'autre, au contraire, placée en "haut, était pressée par la main de l'archer, et pendant ce temps, l'autre main, ayant saisi le milieu de l'arc, s'efforçait de lui donner l'inflexion et la courbure n^essaire pour que la corde put être fixée à la corne.... Personne, dit encore Mûl 1er, ne croira aisément, parmi ceux qui auront réfléchi attentivement sur la matière, qu'on puisse tendre un arc sans lui donner un point d'appui, ni le courber en le tenant des deux mains pendant au milieu de l'air. Ajoutons que ce qui est dit de l'action de tendre l'arc doit s'appliquer également à celle de le détendre^ la même courbure du bois étant nécessaire, soit qu'on veuille tendre la corde, soit qu'on veuille la relâcher ^. »

Le but d'Otfried Millier, dans la dissertation dont je

Page 1