‹ Phidias: sa vie et ses ouvragesChapitre 14 sur 289 · NéméemieSj ode vi, v · texte numérisé non relu

NéméemieSj ode vi, v

2. Guinaume SchJegel, Cotirs de littérature dramatique^ traduct. franc., t. I, p. 226.

n INTRODUCTION.

embarrasvsé du contraste qui existe entre la froideur, l'insensibilité du marbre et la violence des passions qui agitent l'âme, contractent les muscles et font se tordre dans l'agonie les membres du célèbre athlète. Ce drame pétrifié me fait songer aux flots congelés de la mer de glace, suspendus contre leur nature au-dessus des abîmes qu'ils devraient combler de leur chute retentissante. J'attends qu'un rayon favorable vienne délivrer la vie captive et me faire entendre le gémissement humain de ce spasme de marbre. Mais tout est immobilité, pâleur, compression froide, étouffement silencieux. On dirait qu'un enchantement fatal empêche le sang de couler dans les veines et de porter à la peau le signe des émotions intérieures, arrête le cri de douleur au fond de la poitrine, et suspend toutes les lois de la vie au moment même où, indignée de succomber dans sa force , elle éclate tout entière dans une lutte désespérée, dans une convulsjon suprême. Qu'on se représente le même sujet rendu en peinture par un artiste d'un talent égal à celui de Puget! A. l'instant, tout s'anime, les muscles s'agitent, les fibres tressaillent, les veines se gonflent, le cri de la chair et du sang se fait entendre, la douleur et la colère apparaissent sur les traits de l'athlète, une illusion puissante s'empare de mes sens, mon imagination n'a que peu de chose à faire pour se représenter la scène vivante, sans que pourtant l'horreur de la réalité la saisisse au point de rendre l'impression douloureuse; mais un mélange secret d'émotion et d'admiration proclame en moi le triomphe de l'art. Devant la statue , au contraire, mon impression divisée me laisse dans une sus-

pension pénible. La vérité plastique des détails afflige mes regards du spectacle d'une affreuse torture, mais sans entraîner mon. imagination ni émouvoir mon cœur. J'admire la science de Puget et la prodigieuse habileté de son ciseau; mais en dépit dés ressources de son talent, je sens que le sujet traité par lui n'est pas rempli , que le problème d'art n'a pas été résolu, non par la faute de l'artiste, mais par celle de la matière; j'emporte en me retirant l'impression d'une œuvre incomplète, exécutée par un grand maître en contradiction avec les lois de son art.

On dira peut-être que les Grecs eux-mêmes n'ont pas toujours banni les passions de la plastique. Plusieurs exemples de sculpture pathétique peuvent être cités, en effet, parmi les chefs-d'œuvre de l'art ancien. Nous manquons de détails sur le Boiteux de Pythagore de Rhégium, lequel était peut-être une statue de Philoctète. Ce que nous savons par Pline, c'est que l'auteur avait eu l'intention de rendre les effets du mal sur un corps affecté d'un ulcère, et qu'il y était parvenu au point de faire partager par les spectateurs la souffrance du patient*. C'était sans doute une de ces études ciirieuses de vérité physique qui ont précédé le grand style, à la fois idéal et vrai, dans le développement de l'art sculptural. A l'époque où vivait Pythagore de Rhégium, vers la 73* olympiade, époque où florissait aussi l'école d'Égine, la sculpture grecque n'avait pas encore pris l'essor qu'elle prit un peu plus tard à Athènes, après la seconde guerre

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