‹ Phidias: sa vie et ses ouvragesChapitre 15 sur 289 · Nai. Hist., XXXIV · texte numérisé non relu

Nai. Hist., XXXIV

persique ; l'art hésitait encore entre des voies diverses, cherchant ses lois. Au contraire, à Tépoque où fut sculpté le Laocoon, autre exemple célèbre de sculpture pathétique, Tart était depuis longtemps en décadence ; et quelque talent qu'ait pu avoir un artiste grec vivant à Rome du temps de Titus, on comprend qu'il ne faille pas chercher dans ses ouvrages le vrai caractère du génie grec, tel qu'il apparaît dans les sculptures du siècle de Périclès ou même de celui d'Alexandre. Au temps d'Agesander la sculpture, depuis l'époque oii, avec Pythagore de Rhégium, avec Calamis d'Athènes, elle en était aux premiers eflbrts pour donner le caractère de la vie à la représentation exacte du corps, avait parcouru, pendant plus de cinq siècles, le cycle entier de ses développements rationnels, et l'expression des passions était le dernier terme d'une série de transformations dont elle avait honoré sa longue et féconde carrière, une dernière tentative heureuse pour se rajeunir. La statue de Pythagore de Rhégium et le fameux groupe d'Agesander sont donc hors de cause. Mais il n'en est pas ainsi des Niobides de Florence, dans lesquelles il faut reconnaître l'œuvre de Praxitèle ou de Scopas qui , l'un et l'autre, appartiennent k la période la plus brillante de la plastique. Une conjecture de M. Cockerell, aussi vraisemblable qu'elle est ingénieuse, induit à penser que ces statues ont autrefois décoré en Grèce le fronton de quelque temple d'Apollon. Là elles devaient s'offrir comme sur une espèce de théâtre et produire l'effet d'une véritable composition dramatique. Nous avons donc ici , non pas seulement une figure exprimant des passions, mais

une tragédie en marbre , un drame religieux et pathéticfue par un Euripide de la sculpture. Ce n'est pas sans dessein que j'écris le nom d'Euripide. Ce poète, si grand si on le compare à nos auteurs de tragédies pseudogrecques, a cependant commencé en Grèce la décadence de l'art dramatique. On peut dire de Scopas qu'il a, le premier, fait descendre la sculpture des hauteurs sereines de Part, où Phidias et Polyclète l'avaient portée, dans un ordre de beautés moins simples et moins pures. Comme la poésie, et par une loi fatale de déclin, la sculpture, à son tour, subit la décadence générale des idées et des mœurs. Mais avec quelle réserve cependant elle s'abandonne à la pente du temps; je dirais presque avec quelle pudeur ! 11 semble voir une honnête femme hésitant au seuil d'une demeure profane. Comme le sculpteur inconnu de ces belles et éplorées Niobides a su, dans l'expression de la terreur et de la souffrance, respecter la beauté et la dignité de la forme humaine et se conformer aux lois de son art ! De même que dans les tragédies faites pour la scène , le sujet a conservé sa grandeur épique, et la figure de Niobé semble une expression d'Homère faite marbre, tant la douleur maternelle y revêt de majesté héroïque. C'est encore plutôt la vengeance d'Apollon et de Diane que la douleur de Niobé que l'artiste a cru représenter, et c'est l'enseignement religieux plutôt que l'émotion dramatique qui fait le caractère de la composition *.

1. Grésilas, Tua des contemporains de Phidias, et qui appartenait à rancieune école attique, fut un des artistes grecs qui cherchèrent l'expression dans la sculpture. Son Amazone blessée, dont

28 ^ ' INTRODUGTIOxN.

Cet usage des Grecs de décorer de statues les frontons des temples offrait à la sculpture l'occasion de développements admirables. Quelle meilleure place, en effet, pour une représentation idéale et religieuse des divines légendes, que ce théâtre en plein ciel, dominant de haut le sol d'où les yeux des spectateurs se levaient vers sa scène lumineuse ! Les muettes tragédies qui s'y déroulaient étaient, d'ordinaire, d'un genre calme. Telle était, par exemple, l'apparition de Minerve parmi les dieux après sa sortie du front de Jupiter, ou sa dispute avec Neptune pour le nom à donner à Athènes, dans les frontons du Parthénon. La sculpture ne se contentait pas d'offrir aux fidèles de la Grèce les images de leurs dieux dans leurs statues consacrées ; elle exposait à sa manière la théologie et l'histoire religieuse dans de grandes compositions traitées soit en ronde-bosse, soit en bas-relief, sur les murailles des temples. La peinture chrétienne racontera de même plus tard, sur les murs intérieurs des églises, les merveilles de l'Évangile et les miracles de la légende dorée. On voit que la plastique regagnait en grandeur épique ce qu'elle perdait en intérêt dramatique. Ce n'était pas pour elle la seule compensation. S'il est vrai que les sculpteurs grecs ont maintenu avec soin les barrières de leur art, tout en les faisant plier quelquefois pour les besoins de la circonstance, en revanche, ils ont tiré d'un domaine étroit, mais rendu par eux riche et fécond, tout ce qu'il pouvait légitimement produire.

on croit avoir une copie au Louvre, peut servir d'exemple de la manière dont les Grecs, à cette époque, entendaient la sculpture pathétique.

Richesse et variété de la matière, coloration du marbre, mélange habile des métaux , ornements et artifices de toutes sortes , rien n'était épargné pour faire de l'art favori des Hellènes le plus merveilleux da tous les arts , qui pût à la fois plaire aux esprits sévères et délicats et frapper l'imagination de la multitude. C'était peu du marbre de Paros ou du Pentélique , du bronze d'Egine ou de Délos ; on demanda son or à l'Asie, à l'Afrique son ivoire; on alla chercher au loin les métaux les plus rares, les pierres les plus précieuses pour en former ou pour en parer les idoles du peuple. Ou plutôt la sculpture fut elle-même l'idole pour laquelle on mit à contribution le monde entier afin de l'entourer de magnificence. Toutefois ce n'est pas pour avoir été riche , mais pour avoir été 6e/te, que la sculpture grecque a droit à notre enthousiasme. C'est pour avoir porté dans l'imitation de la nature le sens exquis de l'idéal sans lui sacrifier la vie, c'est pour avoir gardé à la forme humaine, en l'animant d'un souffle divin, sa beauté et sa noblesse inaltérées.

On a assigné pour causes principales au développement si admirable de la sculpture grecque la double liberté politique et religieuse. Personne n'est moins disposé que moi à contester l'influence heureuse de la liberté sur les arts aussi bien que sur les mœurs et sur la vie des peuples. Il importe cependant de distinguer des causes les circonstances favorables, si favorables qu'elles soient. Le culte du beau, l'amour de la liberté, étaient innés au cœur de la race hellénique ; ils sont de l'essence de son génie. Si l'indépendance d'esprit de cette race à

l'endroit des traditions et des dogmes religieux a favorisé le développement de la poésie et des beaux -arts, il faut reconnaître que le goût naturel des Grecs pour les belles fictions et les belles images les conviait à cette indépendance généreuse. La liberté politique fut un produit de la même sève. Philosophie, institutions, poésie, arts, autant de fruits du même arbre dont la racine était au plus profond des instincts de la race grecque ! On peut comparer le génie de la Grèce antique à cet hermaphrodite de la mythologie, qui portait en lui seul tous les éléments de sa fécondité, avec tous les dons de la force et de la grâce.

Si l'on en croit Dion Chrysostome ^, l'autorité de la poésie aurait précédé en Grèce l'autorité des lois. Celle de la religion fut certainement la plus ancienne ; mais elle céda de bonne heure au développement illimité de la poésie, qui ne se fit pas faute de remanier à sa fantaisie les vieilles traditions sacerdotales. Dès avant les temps homériques, il y avait une première réforme opérée par la poésie dans les croyances; une seconde réforme fut l'ouvrage de la sculpture et de la peinture dont le développement avait été beaucoup moins rapide. Pendant que la poésie, prenant un essor indépendant, jouait avec les vieux mythes et brodait sur le fond ténébreux des croyances antiques ses fantaisies brillantes, la sculpture demeura d'abord et longtemps inféodée à la rehgion, soumise à des lois sacerdotales, sans doute parce que son développement dépendait d'un état plus

1, Discours sur la connaissance première de Dieu,

avancé de civilisation. Enfin le génie grec s'épanouit dans toute sa puissance et toute sa beauté. Entre le onzième siècle et le sixième, il y a comme un sommeil bercé de rêves, au chant des Muses , pendant lequel se prépare l'affranchissement total de l'esprit et de l'imagi* nation. En même temps que s'éveille la philosophie, Tart commence à s'agiter dans son maillot. L'histoire de l'affranchissement de la Grèce par la poésie semble avoir été racontée dans l'hymne à Apollon. Le poète homérique nous montre le dieu enfant rompant les liens dont l'avaient enchaîné au berceau les divinités présentes k sa naissance :

a Cependant, ô Phébus ! dès que vous eûtes goûté la nourriture divine (le nectar et l'ambroisie que lui présentait Thémis), les ceintures d'or ne peuvent plus retenir votre impétuosité, les liens ne vous arrêtent plus, et tous les langes sont déchirés. Soudain, le brillant Apollon dit aux déesses :

<( Qu'on me donne une lyre harmonieuse et des arcs recourbés, et je révélerai désormais aux hommes les oracles certains de Jupiter. »

« En parlant ainsi, Phébus à la forte chevelure, et qui lance au loin ses traits , s'avançait fièrement sur la terre féconde ; toutes les déesses étaient frappées d'étonnement*. »

Ne semble-t-il pas qu'il s'agit de l'esprit hellénique déployant sa divinité par une croissance rapide après

1. Hymnes d'Homère, I. J'emprunte la traduction de Dugas Montbel. {Odyssée et poésies homériques, Z* édition, p. 338.)

s'être affranchi par un vigoureux effort de la jalouse tyrannie des vieux sanctuaires?

La religion de la Grèce commence par être , comme les religions de l'Orient, un culte de la nature. Des pierres brutes, des morceaux de bois sculptés grossièrement, suffisent pour rappeler par un signe aux adorateurs des dieux primitifs l'idée vague de ces dieux qui n'ont pas eu le temps de prendre forme dans l'imagination populaire. Plus tard, le développement des idées religieuses donne lieu à des représentations symboliques , plus ou moins monstrueuses , dont les statues même des beaux temps de l'art présentent, dans certains détails, le souvenir encore reconnaissable. Peu à peu cependant, la civilisation grandissant, les idées se fixent en s'épurant, la religion se transforme, et les anciens dieux de la nature revêtent de plus en plus un caractère moral. L'antique symbolisme, relégué dans les accessoires, disparaît devant la pure beauté de la forme humaine, toujours plus parfaite à mesure que l'art, affranchi de toute tutelle sacerdotale, grandit et se perfectionne. Bien loin de matérialiser l'idée religieuse cet anthropomorphisme la spiritualisait au contraire; il tirait la divinité du chaos de la nature, comme Jehovah dans la Genèse en tire l'humanité , pour lui donner l'organisme le plus parfait, la forme la plus noble, et la marquer au front du signe de la liberté. Une fois dans cette voie, l'idée divine s'épure de plus en plus et arrive, dans le Jupiter Olympien, à un caractère éthique très-élevé. Un temps devait venir, il est vrai, où le culte de la forme humaine comme figure de l'esprit

devait dégénérer en idolâtrie sensuelle. L'art et la religion eurent en Grèce une nième gloire et une môme décadence. La sculpture, qui avait contribué à l'élévation de ridée divine, contribua plus tard à sa dégradation ; mais ce ne fut que lorsque, toute chose commençant à décliner, la civilisation grecque tout entière parut pencher vers sa ruine. Le sensualisme envahit alors la sculpture; et la religion, dont l'art avait été le propagateur actif et joyeux , se corrompt avec lui et avec le peuple.

Les institutions politiques contribuèrent sans doute puissamment en Grèce au progrès des arts et en particulier de la sculpture. Winclcelmann a constaté, non sans raison , leur heureuse influence. Il est certain que tout semble s*être ordonné de bonne heure pour donner au génie du peuple son libre et plein essor. Après le brisement des institutions sacerdotales, d'où résulte leur dépendance des institutions civiles, fait accompli dès les temps héroïques, rien ne pouvait se produire de plus favorable à l'art que le morcellement de la Grèce en une foule d'États autonomes , ayant chacun leurs divinités particulières, leurs institutions, leurs fêtes, leurs héros, leurs magistrats, leurs traditions. La forme républicaine, qui devint bientôt la forme générale du gouvernement de ces peuples, vînt accroître l'élan par le sentiment qu'elle donna à chaque homme de sa force et de sa dignité. Dans ces petites républiques de la Grèce, comme Ta fait remarquer Hemsterhuîs *, tout individu était

1. IMtre sur la sctUpture, Œwweê philosophiques, t. T, p. 32.

essentiel^ aucun membre de la société n'était inutile ni indifférent. De là une activité générale, constante, entretenue par les guerres continuelles d'État à État, surexcitée par l'émulation entre les citoyens, par l'exercice des droits, par le spectacle de la prospérité et de la gloire. Les circonstances politiques furent donc éminemment favorables aux progrès des arts, et en particulier de la sculpture; mais elles n'en furent la cause ni spécialement, ni d'une ma,nière générale.

La divinité d'Apollon, voilà d'où viennent l'harmonie de sa lyre et la vertu de son arc ; c'est elle qui fait jaillir les chants inspirés et lance les traits redoutables. Sans elle, eùt-il brisé les liens dont on avait chargé son enfance, il n'aurait pas bâti le temple de sa gloire au pied du Parnasse,

D'autres circonstances d'un autre ordre ont été assignées comme causes aux progrès et à la perfection de l'art favori des Hellènes. On a parlé du climat. Je suis loin de nier l'influence qu'un soleil chaud sans être brûlant, un air élastique et pur, peuvent avoir sur l'organisation pour accroître la force et la subtilité de l'esprit. Néanmoins, c'est indirectement, par son action sur les mœurs et sur la beauté physique, que le climat a pu surtout influer en Grèce sur le développement de l'art; en quoi il a été puissamment aidé par les opinions et les institutions nationales. Wieland ^ accorde trop peu sans doute à l'influence des mœurs dans le progrès de la sculpture. Il fut heureux pour cet art que la Grèce n'ait

1. Essai sur l'idéal chez les anciens. Voyez les Mélanges de Wieland^ traduits par Loève Veimars, Paris, 182/i.

pas connu cette idée de honte et de misère qui s'attache à la nudité dans nos sociétés chrétiennes. La nudité absolue des athlètes dans les jeux publics , celle des jeunes gens dans les gymnases, le vêtement léger des courtisanes, celui même des femmes honnêtes, ces draperies ouvertes et flottantes dont les plis, aussi gracieux que souples, se disposaient d'eux-mêmes autour du corps de façon à révéler une beauté de la forme à chaque mouvement de la vie : tout cela multipliait pour les artistes les occasions d'observer la nature, en même temps que leur imagination s'enflammait par la vue du beau sous ses aspects variés. Jamais , quand bien même la nature offrirait de nos jours et dans nos climats .des modèles comparables pour la pureté des formes à ce qu'étaient les Grecs du temps de Périclès, jamais les tristes études faites par nos artistes dans Tatelier, sur des figures maussades et contraintes, ne remplaceront celles que faisaient librement et joyeusement les artistes grecs, à toute heure du jour, sur les beautés que le hasard ou la familiarité présentait à leurs yeux en de continuelles rencontres. Nous verrons plus loin ce que dut la sculpture â la célèbre institution des jeux Olympiques. Phryné ellemême réclame sa part de gloire dans la perfection de l'art des Praxitèle et des Lysippe *.

La beauté de la race grecque fut certainement, et quoi qu'on en ait pu dire, une source précieuse d'inspi-

1. On sait que cette célèbre courtisane se fit voir plusieurs fois Due en public. La première fois, ce fut aux fêtes de Neptune. (Athénée, XIII, 22.) Le baiu public constituait dans ces fêtes une sorte de rite. (A. Maury, Religions delà Grèce antiqtie^ t. II, p. 219.)

ration pour la sculpture, à laquelle elle fournit d'admirables modèles^. On a nié cette beauté. Cependant elle subsiste encore et conserve , en dépit des invasions qui ont mêlé tant de sang barbare au vieux sang des Hellènes, son noble caractère. C'est un fait en faveur duquel je pourrais alléguer plus d'une autorité. Je me borne à une seule : « Il existe, dit le célèbre Thiersch, un rapport d'analogie entre les habitants et le pays. Partout on retrouve une race belle, agile et bien faite. 11 est resté quelque chose des formes antiques dans la structure du corps et les traits de feu qui animent ces superbes figures depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse. Chaque âge a sa beauté- partioulière. Les enfants paraissent en général

1. On s'est demandé quelquefois si les artistes grecs avaient des modèles dans le sens où nous l'entendons, ou s'ils ne faisaient qu'étudier la nature au passage. 11 est certain que les œuvres qui nous restent d'eux n'ont rien de la froideur des académies; tout y respire, au contraire, une liberté sans laquelle il n'y a point de grâce. D'un autre côté, il est assez difficile d'imaginer comment des observations fugitives auraient pu conduire aux connaissances précises qn'on admire dans les statues grecques. Les artistes anciens n'avaient pas la ressource des études anatomiques ; un préjugé religieux qu'on retrouve en Europe pendant le moyen âge, et qui existe de nos jours encore en Orient, paraît avoir interdit aux Grecs la dissection humaine jusqu'à Tépoque de Galien. (Voy. cependant les observations de M. Littré, dans l'introduction de sa traduction d'Hippocrate , t. I, p. 236, et aussi Émeric David, Recherches sur l'art staticairej p. 173 et suiv.) On trouve des allusions à l'usage des modèles dans quelques écrivains anciens. Telle est l'anecdote souvent racontée des jeunes filles d'Agrigente posant devant Zeuxis. Au rapport d'Athénée (XUI, 20), le sein de Laïs fut souvent copié par les peintres. 0. Millier a remarqué qu'il n'est nulle part question de modèles d'homme, {Man, d'arch., § 332.) La gymnastique suffisait-elle aux études de la beauté masculine?

un peu languissants ; mais la beauté se développe rapidement dans les jeunes gens qui approchent de la virilité. Il y a même en eux quelque chose de gracieux, de virginal , qui devrait appartenir à l'autre sexe *. » La beauté des femmes paraît, il est vrai , ne pas répondre dans la Grèce moderne à celle des hommes, mais c'est sans doute faute de culture, et Thiersch nous apprend qu'il s'en trouve encore qui peuvent rappeler les Hélènes et les Aspasies des anciens. Un écrivain moins bienveillant pour la Grèce avoue cependant qu'on peut trouver de belles Grecques dans quelques îles privilégiées et dans quelques replis de montagne où les invasions n'ont pas pénétré , et loue , comme Thiersch, la beauté des hommes 2. Les soins à donner au corps, à son développement, à la pureté de ses formes, tenaient une place considérable dans les mœurs de l'antiquité grecque et faisaient partie de l'éducation. Cela seul est une preuve que la beauté était chez les Grecs un don naturel que l'on s'efforçait de perfectionner par l'art. Quand à cet idéal qui n'aurait pas eu la réalité pour base, sorte de fantôme dont l'imagination des grands artistes aurait été visitée dans la solitude de leurs travaux, il faut le laisser à Cicéron et aux écrivains qui traitent de l'art en langage oratoire, sans se préoccuper de ses conditions matérielles^.

1. Thiersch. De l'état acttiel de la Grèce, Leipzig, 1833, t. I, p. 289.

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