PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE VI
« qu'on lui donne des ailes comme à Cupîdon. Je par- « lerai aussi des sculptures qui sont sur le piédestal de « la statue, mais il faut donner d'abord une explication, a Suivant les traditions grecques, Némésis fut la mère « d'Hélène, Léda ne fut que sa nourrice ; son père fut « Jupiter et non pas Tyndare. C'est ce que Phidias « n'ignorait pas*. Ainsi a-t-il représenté Léda sous « l'apparence d'une nourrice conduisant Hélène à Némé- « sis. Il a ajouté à ces personnages ceux de Tyndare et a de ses fils, ainsi qu'une figure d'homme à cheval « qu'on appelle le Cavalier. Les autres personnages « présents sont Agamemnon. Ménélas et Pyrrhus, fils « d'Achille , qui fut le premier mari d'Hermione, fille « d'Hélène. Oreste a été omis à cause du meurtre impie (( de sa mère; cet Oreste qu'Hermione n'abandonna « point malgré son crime, et dont elle eut même un fils. ' « Les dernières figures sculptées sur ce piédestal sont c( un personnage qu'on nomme Épochus et un autre « jeune homme, desquels je n'ai pu rien savoir, sinon « qu'ils étaient frères d'Œnoé qui a donné son nom à un « bourg de l'Attique ^. »
La statue de Némésis était colossale ; elle avait dix coudées de hauteur. Pausanias nous apprend qu'elle était placée dans un temple situé sur une éminence proche de la mer. On a retrouvé dans une situation analogue ^ les ruines d'un temple dorique que M. Fau-
1. Je parlerai des rapports de Némésis avec Léda dans la seconde partie de cet ouvrage, à propos de la frise du Parthénon.
2. Le bourg d'OBnoé était situé, comme Rhamnus, dans la plaine de Marathon.
3. Dans le lieu appelé Ovriô Kastro (château des juifs) qu'on
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vel a cru être celui de Némésis. Parmi les décombres gisaient les débris d'une statue de marbre. Ces fragments représentaient les pieds de la statue, des jambes enveloppées de draperies, et une partie du globe sur lequel la statue paraît avoir été posée ^. Avaient-ils appartenu à la Némésis d'Agoracrite? M. Fauvel a pu témoigner de leur beauté sans affirmer leur origine.
La Némésis n'est pas la seule statue que les aDciens aient attribuée tantôt à Agoracrite, tantôt à son maître. Pline donne à Agoracrite la statue de la Mère des dieux dans le Métroûm d'Athènes 2, que d'autres regardent comme un ouvrage de Phidias '. Les ouvrages d'Agoracrite paraissent avoir été en petit nombre. Pausanias ne cite de lui que deux statues, la Minerve Itonia dont j'ai déjà parlé, et un Jupiter placé dans le même temple. Autant la renommée d'Alcamène semble se séparer de celle de Phidias pour s'élever en rivale à côté d'elle, autant celle d'Agoracrite, le disciple bien-aimé du divin sculpteur, paraît jalouse de se confondre et de s'absorber dans celle du maître.
Colotès fut le collaborateur de Phidias dans l'exécution de la Minerve du Parthénon, dont il passait pour avoir sculpté l'égide, et dans le travail du Jupiter
suppose occuper remplacement de Rhamnus. Voy. les notes de M. Barbie du Bocage aux Voyages de Ghandler, tr. fr., t. H, p. ^^
1. Plusieurs statues antiques étaient posées sur des globes. De ce nombre était la fameuse statue de VOccasion, de Lysippe. [V. les Statms de Callistrate, VI.) Quant à Némésis, nous savons qu'elle était souvent représentée avec les attributs de la Fortune.