DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE I
femme Sabine dans deux figures du fronton occidental, et donna ainsi lieu à une erreur longtemps accréditée, vit le Parthénon un an après le marquis de Nointel. Mais déjà l'heure approchait où la cité de Minerve allait recevoir de moins pacifiques visites. Bientôt le sol de TAttique tressaille sous le poids des canons de Kœnigsmarck, ce destructeur du Parthénon. Ce fut en 1687 que la guerre des Vénitiens et des Turcs amena devant Athènes Morosini et Kœnigsmarck. La seule menace de ce siège avait coûté aux beaux-arts le charmant temple de la Victoire Aptère, démoli par les Turcs pour faire place à une batterie de défense ^. Dans la soirée du 26 septembre 2, pendant le bombardement de la ville par les Vénitiens et leurs auxiliaires, une bombe vint à tomber sur le Parthénon, où, par malheur, les Turcs avaient établi un magasin de poudre. L'explosion fut terrible; l'édifice, qui avait résisté à l'assaut des siècles et vu passer tant de générations, fut ébranlé jusque dans ses fondements ; les murs de la cella s'écroulèrent, entraînant dans leur chute la partie la plus considérable de la frise sculptée par Phidias. Quatorze colonnes du péristyle furent renversées ; le temple parut coupé en deux ^. Ainsi fut frappé le chef-d'œuvre de l'architecture, non par la main de barbares ignorants, mais par le crime de nations prétendues civilisées. Ce bombardement et cette
i. Il a été reconstruit depuis avec les débris retrouvés dans le sol où ils étaient demeurés enfouis sur place.
2. Athènes aux xv«, xvi«^ et xvn« siècles^ par le comte de Laborde, t. II, p. l/i9.
3. Athènes, etc., t. II, p. 152; Acropole d'At/iénes^ par Beulé, t. I, p. 73.
ruine du temple de Minerve par une armée chrétienne laissent un deuil sur l'imagination et attristent l'histoire elle-même, au milieu des ruines et du sang qui tracent sa route à travers les âges.
Cependant Morosini ne se contente pas de ce premier ravage, auquel on pouvait du moins donner pour excuse les nécessités de la guerre. Entré victorieux dans l'Acropole et jaloux de rapporter à Venise un trophée de sa victoire, il jeta les yeux, dans cette intention, sur les admirables statues qui décoraient les frontons du temple. Son choix tomba sur le Neptune et sur la statue de la Victoire, qu'il voulut faire enlever avec le char et les chevaux de la déesse, ces chevaux si admirés de Zygomalas, le correspondant de Martin Kraus. Mais l'opération ordonnée par le capitan général fut conduite par ses ouvriers avec tant de maladresse que le précieux groupe tomba sur le rocher, où il se brisa ^. On put croire que Minerve irritée refusait de se laisser dépouiller, et qu'elle aimait mieux anéantir les trésors d'un art divin que de les livrer aux mains impies qui détruisaient et profanaient son temple. Il ne reste aujourd'hui de ces statues qu'un morceau du torse de Neptune et des fragments moins importants de la Minerve et de rErichthonius au Musée britannique, à moins qu'on ne regarde comme appartenant à la Victoire Aptère la tête qui est dans le cabinet de M. le comte de Laborde 2, et comme le torse
1. Voyez le récit de cette tentative malheureuse dans la relation qui en fut adressée au sénat de Venise par Morosini lui-même à la date du 19 mars 1688, Athènes œux xv«, etc., t. II, p. 223 et suiv.
2. Voyez Thistoire de la découverte de cette tête et de son acquisi-