DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE l
de la même figure celui qui est à Londres^ sous le numéro 105. Le capitan général se consola de sa mésaventure en enlevant le lion du Pirée, pour servir de monument à son triomphe dans la ville de Saint-Marc. Les capitaines de Morosini imitèrent leur chef. On sait que l'armée de Venise était un composé de mercenaires venus de tous les pays. Ils dispersèrent en Europe les fragments arrachés du Parthénon. C'est ainsi qu'on a retrouvé à Copenhague, où il avait été envoyé par un capitaine danois, un morceau de sculpture reconnu par les archéologues pour avoir appartenu à la frise de Phidias *. Les soldats s'étaient partagé la robe de Minerve.
On ne saurait dire si l'écroulement causé par l'explosion du Parthénon se fit^sentir aux frontons du temple. L'état du fronton oriental, sauf la spoliation opérée par lord Elgin, est tel encore aujourd'hui que dans les dessins de Carrey et de Stuart, et toutes les statues qui l'ornaient en 1674 existent encore. Mais il n'en est pas de même du fronton occidental ; des vingt-deux figures dessinées dans l'album du marquis de Nointel, nous ne possédons aujourd'hui que deux figures demeurées en place et huit fragments appartenant à sept autres figures, y compris, le torse de Neptune dans le Musée britannique; ajoutons-y la tête de la Victoire du cabinet de
tion dans une note de M. de Laborde, t. II, p. 228 et suiv. de l'ouvrage cité ci-dessùs. Cette tête,' apportée à Venise par un secrétaire de Morosini, y fut découverte en 1824 par M. Weber, amateur distingué, auteur de plusieurs articles sur les frontons du Parthénon, publiés dans le Kunstblatt de Schorn (1821 et 1822). Ce sont les fils de \l. Weber qui l'ont vendue à M. de Laborde.
1. Brondsted, Voyages et recherches en Grèce^ p. 17i et suiv.
no PHIDIAS.
M. de Laborde et quelques autres menus fragments conservés à Athènes ou ailleurs^. Le reste a disparu. On vient de voir que cette perte si déplorable est due en partie à la malheureuse tentative de Morosini. Mais si l'on ne doit pas rendre les Vénitiens responsables de tous les dégâts causés depuis 1674 dans le fronton occidental, il faut en rejeter la faute sur les Turcs, ou accuser de ces dégâts les intempéries des saisons. Cette dernière opinion est celle de M. de Laborde. Ce qui est certain, par le témoignage de Stuart, c'est qu'en 17512 les statues du fronton occidental étaient dans un tel état de ruine, so ruined, que le voyageur anglais n'a pas cru possible d'en donner le dessin et qu'il a préféré substituer à une reproduction jugée trop ingrate une restauration de fantaisie^. On tient de. M. Fauvel que le Neptune, après sa chute provoquée par les ouvriers de Morosini, demeura gisant à terre, les pieds en l'air et la tête ensevelie dans un monceau de décombres. Cette posture parut indécente aux Turcs; ils détournèrent la statue , en brisèrent les membres , et firent de la chaux avec les débris^.
1. Ainsi Ton conserve des fragments des deux chevaux dans une citerne placée au-dessous du Parthénon ; à Paris, M. Lenormant a retrouvé, dans les caves de la Bibliothèque nationale, une tête qu'on croit avoir appartenu au fronton occidental. Quelques autres fragments seront mentionnés plus loin.
2. L'auteur des Antiquilies of Athens arriva à Athènes le 17 mars 1751 et il y demeura jusqu'à la fin de 1753, comme il nous rapprend lui-même dans la préface de son ouvrage.