‹ Phidias: sa vie et ses ouvragesChapitre 159 sur 289 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE ï · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE ï

J'arrive aux circonstances qui ont. amené à Londres les statues du Parthénon. Les poètes, lord Byron à leur tête, n'ont pas épargné à lord Elgin les invectives pour la spoliation du temple de Minerve. Tout le monde à lu la fameuse Curse of 3Iinervt^*^ où la muse moderne prend en main la vengeance des antiques divinités contre un profanateur de ruines. On a fait du pair écossais quelque chose comme un nouvel Erostrate ou rénaule desGoths et des Vandales 2. Aujourd'hui encore, les colères des voyageurs et des archéologues contre lord Elgin ne sont pas apaisées, et M. de Laborde armait naguère sa Némésis de nouvelles sévérités contre la mémoire de l'homme qui avait été de son vivant si maltraité. Je ne prendrai pas la défense de lord Elgin contre l'émotion de ses accusateurs. Cette émotion, sans doute, n'a pas tout à fait tort, gans contredit, les pures filles de Phidias avaient une demeure plus belle sous le beau ciel doré de l'Attique , au milieu des débris qu'elles éclairaient de leur beauté mutilée, mais divine encore, que parmi les brumes de Londres, au rez-de-chaussée d'un musée moderne. De plus, il était cruel de dépouiller un peuple esclave des seuls trésors que le temps lui eût laissés et, pour ainsi dire, de l'unique héritage qu'il eût conservé dans son abaissement de la gloire de ses ancêtres. La condamnation portée contre lord Elgin, et dont sa mémoire est demeurée atteinte, serait complètement juste si les Grecs d'alors eussent été dignes d'apprécier la beauté

1. La Malédiction de Minerve. Voyez les œuvres de lord Byron^

2. Quod non fecerunt Gothi, hoc fecerunt Scoli, mot de lord Byron.

rn PHIDIAS.

des sculptures qu'on leur enlevait ainsi, et s'il leur eût été possible de les protéger contre les outrages de leurs maîtres étrangers. Ces outrages ont pour témoin Cliandler qui les a signalés dans la relation de ses voyages. « Il est à regretter, dit-il, que d'aussi admirables sculptures que celles qui existent encore autour de cet édifice (le Parthénon) soient exposées à périr, comme elles l'étaient incessamment, par l'effet d'un mépris ignorant ou" d'une brutale violence. Nombre de pierres sculptées ont déjà disparu ; d'autres, qui gisaient au milieu des ruines, excitaient notre indignation contre la barbarie qui s'exerçait journellement à les défigurer^. » Le peuple grec lui-même, affranchi d'esclavage, n'a pas montré pour les pierres sculptées beaucoup plus de respect que n'en avaient eu les Turcs, s'il est vrai, comme le raconte M. About dans la Grèce contemporaine, qu'il ait mutilé à plaisir une statue de notre David et transformé en cible la stèle funéraire d'Otfried Mûller, de ce Grec né en Allemagne, enseveli à Athènes dans sa vraie patrie 2. Quoi qu'il en soit, la crainte de voir périr les chefs-d'œuvre de Phidias ne dut pas être étrangère à la résolution prise par lord Elgin d'enlever ces précieux marbres. Le peintre Haydon nous apprend dans son autobiographie que l'intention de lord Elgin n'était d'abord que de faire dessiner et mouler les sculptures qu'il s'est depuis appropriées. « Mais, dit Haydon,

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