CHAPITRE II
I>E l'authenticité des marbres du PARTHÉIfON COMME OUVRAGES DE PHIDIAS OU DE SON ÉCOLE.
La discussion qui s'éleva en Angleterre au sujet des marbres d'Elgîn, avant leur acquisition par l'État, marque une époque nouvelle dans la connaissance de Tart antique. Pour apprécier la valeur pécuniaire de ces marbres, il fallait être auparavant fixé sur leur mérite au point de vue de l'art. Leur authenticité, comme œuvres de Phidias ou de son école, était un point important du débat. On dut établir une comparaison entre ces sculptures et les chefs-d'œuvre antiques déjà connus. Ce fut aussi la tâche de la commission de prononcer sur cette double question. Les avis ayant été partagés, comme nous allons le voir, Visconti, dont la célébrité était européenne et la compétence incontestée , fut appelé de Paris par le gouvernement anglais, pour décider en dernier ressort. L'impression que cet antiquaire éprouva à la vue des marbres du Parthénon fut tout en faveur de l'authenticité de ces marbres et tout à la gloire de Phidias *.
1. Les Mémoires de Visconti sur les marbres d'Elgin furent imprimés à Londres pour la première fois, dans la traduction anglaise,
J'aurai à parler souvent de cette discussion célèbre, qui fit époque dans l'histoire de l'art, et de laquelle date une nouvelle manière d'envisager la sculpture antique et de comprendre le rôle de Phidias. Ce fut un beau moment que celui où une grande nation fit trêve aux débats politiques pour écouter un débat relatif à quelques fragments de marbre rapportés d'un pays lointain par un amateur de vieilles pierres, et fit une grande affaire de savoir si ces marbres mutilés avaient reçu, il y a plus de vingtdeux siècles, leur empreinte de la main d'un artiste souverain. Mais la discussion ne se renferma pas à Londres dans les bureaux de la Chambre des communes; les savants de l'Europe y prirent part avant et après l'acquisition par le gouvernement anglais des marbres d'Elgin. Je dirai 'quelque chose des opinions qui se sont produites alors et depuis, tant à Londres qu'en France et en Allemagne, sur l'authenticité et la beauté des sculptures de Phidias.
J'ai parlé de la méprise de Spon, qui avait vu des ouvrages de l'époque d'Adrien dans les statues des frontons du temple de Minerve. En comparant aux médailles de cet empereur et de sa femme Sabine deux figures du fronton occidental , celles mêmes qu'on voit encore aujourd'hui décapitées dans un angle de ce fronton, le savant lyonnais avait cru reconnaître dans ces figures une ressemblance avec les deux figures impé-
en 1816, par les soins de lord Elgin à qui l'auteur les avait envoyés. L'édition française, avec des additions et corrections, a été publiée après la mort cle Visconti, par sa veuve, en 1818.