‹ Phidias: sa vie et ses ouvragesChapitre 181 sur 289 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE IH. tôS · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE IH. tôS

tiquer du tableau grandiose que Phidias s'était chargé de réaliser. On n'a pas oublié que Phidias, comme par une parenté de génie, empruntait volontiers des sujets à Homère. Comment, voulant représenter en sculpture la naissance de Minerve, aurait-il oublié de quellç façon ce grand événement avait été raconté en vers sublimes par le poète? C'est dans l'hymne XXVIII* s

« Je commencerai par chanter Pallas-Minerve, déesse <( auguste, fertile en sages conseils, portant un cœur a inflexible, vierge vénérable, gardienne des villes, divi- /( nité forte que le prudent Jupiter, de sa tête vénérable, '< enfanta toute revêtue d'armes belliqueuses, étincea lantes d'or ; à cette vue, tous les immortels sont saisis « d'admiration. Oui, Minerve devant le dieu de l'égide « s'élança de la tâte divine en agitant sa lance aiguë ; le « vaste Olympe fut ébranlé par la puissance de Minerve, « et la terre poussa de grands cris; la mer troublée sou- « leva ses vagues profondes, et Tonde amère resta sus- « pendue; ie fils brillant d'Hypérion arrêta pendant « longtemps ses coursiers rapides , et jusqu'à ce que « Pallas eût dépouillé ses -épaules de ses armes divines; <( le prudent Jupiter s'en réjouit 2.

Une analogie nous frappe tout d'abord entre l'œuvre du poëte et pelle de l'artiste : c'est qu'elles embrassent toutes deux le monde entier. Un trait d'une ressemblance

1. M. Beulé, en face du fronton oriental, s'est rappelé à propos rhymne d'Homèpe, made il me semble qu'il n'a pas tiré de oet aperçu tout le parti qu'on en peut tirer pour l'expHeatîon de l'fieuvre de Phidias. Voyez Acropole d'Athènes, t. îl, p. «5, 66.

2. OdyM(^8 H poMes homériqms, traduotion par Dugas-Montbel, S* éd., p. 394.

plus précise consiste dans le fils d'Hypérion que le poète et le sculpteur ont représenté arrêtant ses coursiers, comme ravi d'admiration. Nous aurons à rechercher tout à l'heure si Ton peut également retrouver la pensée d'Honfière dans les autres figures du fronton qu'il nous est permis de connaître. Pour ce qui est du moment que Phidias a dû vouloir saisir dans le récit homérique, ce n'est assurément pas celui où Minerve s'élance de la tête paternelle* ; mais c'est bien plutôt celui où, s'avançant dans l'assemblée des dieux, elle se dépouille de son armure et excite par cet acte la satisfaction de Jupiter. On sent que cette dernière idée est aussi plastique que l'autre l'est peu. Une jeune déesse qui, en apparaissant tout armée, a répandu partout l'épouvante , se plaît à rassurer le monde en détachant elle-même son armure. Néanmoins la crainte qu'elle a d'abord inspirée n'est pas calmée encore, et des sentiments divers éclatent sur le visage et dans l'attitude des témoins de cet événement merveilleux. Telle est la pensée, conçue par Homère avec une profondeur admirable, dont Phidias dut s'inspirer. A l'instant où se manifeste la pensée divine dans tout l'éclat de sa puissance, le monde entier doit s'ébranler de terreur; mais dès qu'elle a dévoilé sa beauté, fait connaître sa bienveillance, l'effroi fait place à l'admiration. Tous cependant ne sont pas rassurés. La nais-

i. M. GockereU a sagement rejeté toute représentation de Pacte même de la naissance comme contraire à la dignité du sijyet et au génie antique. Quant à Tidée de Brondsted, qui fait planer Minerve au-dessus de la tête de Jupiter, on peut voir sur ce sujet de judicieuses réflexions de M. Beulé, Acropole d'Athènes, t. II, p. 63.

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