DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE IV
figures de ce dernier fronton, en laissant à Phidias les statues du fronton de la façade principale.
Tzetzès raconte en effet, dans ses Chiliades^ que, Phidias et Alcamène ayant été chargés de faire deux statues de Minerve destinées à être placées au-dessus de colonnes très-élevées ^, Alcamène, qui n'avait pas, comme Phi-dias^ étudié la perspective et la géométrie^ « donna à la « déesse des formes délicates et féminines. Phidias, au « contraire, la représenta les lèvres ouvertes, les narines « relevées, calculant l'effet pour la hauteur qu'elle devait « occuper. Le jour de l'exposition publique, Alcamène « plut et Phidias faillit être lapidé.- Lorsqu'au contraire fi les deux statues furent en place, l'éloge de Phidias était « dans toutes les bouches ; Alcamène , au contraire, et « son ouvrage, ne furent plus qu'un objet de risée 2. » Pour M. Beulé, les colonnes dont il s'agit sont celles du Parthénon surmontées de l'entablement; les deux Minerves sont celle du fronton oriental et celle du fronton occidental. Ces deux figures sont malheureusement perdues, et il nous est impossible de vérifier les assertions, d'ailleurs sans doute fort exagérées, de Tzetzès, sur le caractère de ces statues rivales. Mais on peut comparer entre elles les figures qui nous restent et s'assurer si elles justifient l'hypothèse de M. Beulé^ présentée d'ailleurs avec une réserve très-louable dans un archéologue.
1. Km xiovwv 6<I/TiXcov. Pausanias (II, 17) se sert d'expressions analogues en parlant des sculptures du fameux temple de Junon, près de Mycène.
2. J'emprunte la traduction de M. Beulé qui a aussi publié le texte, Acrop. d'Athènes^ t. II, p. 100.
J'ai fait remarqner, à propos du Bacchus et du groupe ^es divinités marines dans le fronton de la façade, comment le sculpteur avait disposé ces figures pour le point d'où elles devaient être regardées. M. Beulé a fait quelques autres remarques qui me paraissent justes. Sans doute les mutilations du corps du Soleil et de celui de la Lune, qui étaient coupés par le milieu, ces mutilations, vues autrement qu'à distance, auraient pu paraître étranges, mais, à la place qu'occupaient les figures, elles produisaient un effet merveilleux. Le brusque mouvement de la figure d'Iris devait prendre de loin un grand caractère. Les chevaux du Soleil n'étaient point de front, mais sur une ligne oblique, de façon à faire distinguer d'en bas chaque tête. Ceux de la Lune avaient ces lèvres ouvertes^ ces narines dilatées et relevées dont parle Tzetzès, « qui devaient, dit M. Beulé, faire sai3ir, malgré « la distance, l'apparence et comme le souffle de la « vie^. »
Rien de pareil dans le fronton de l'opisthodome. L'artiste ne s'y est pas senti la hardiesse de traiter chaque partie en vue de l'ensemble, en sacrifiant ce qui était inutile et en dirigeant toute son attention, toutson art, vers l'effet à produire, les conditions de l'œuvre étant données. Il n'appartient sans doute qu'à un génie puissant et grandiose d'avoir cette intrépidité de parti pris qui va droit au but, qui ne s'arrête au détail qu'autant qu'il est nécessaire pour l'effet général. Michel -Ange avait aussi ce sentiment de l'ensemble en sculpture : ses