DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE V
stance où elles étaient placées des yeux du spectateur, la manière dont ces sculptures se projetaient en avant pour se faire mieux distinguer, et les effets de lumière et d'ombre qui résultaient de cette projection ajoutaient à la richesse et à la beauté de l'édifice. On n'a peut-être pas remarqué que les métopes, ainsi exécutées en demibosse, formaient une transition naturelle et peut-être nécessaire entre les bas- reliefs de la frise de la cella, d'une épaisseur très^légère, et les statues en ronde bosse qui dominaient, du haut des frontons, toute l'ornementation du temple. Il y avait ainsi, dans l'ornementation, à partir du pied jusqu'au sommet de l'édifice, une progression d'épanouissement. Je rappelle ici que le fond des métopes était peint en rouge, et que les figures, soit blanches, soit colorées, se détachaient sur un fond rouge entre les triglyphes peints en bleu. Dans toute la partie supérieure de l'édifice la richesse des couleurs se mariait à celle des formes.
Des quatre-vingt-douze métopes du Parthénon un certain nombre est resté en place ; mais celles-là, sauf une seule qu'on voit à l'angle occidental du côté du midi, sont tellement mutilées que, non-seulement toute trace de l'art a disparu, mais que le sujet même des sculptures qui les ornaient ne se peut deviner. Celle qui est encore complète semble avoir été conservée pour faire juger de l'effet que devait produire la couronne sculptée du Parthénon lorsque la main de l'artiste venait d'en parer le monument ^. On pense qu'une partie de celles qui ont
1. Cette métope représente un jeune Grec qu'un Centaure saisit par la tête.
disparu a dû être emportée par rexplosion qui fendit en deux le Parthénon en 1687 ; on en a retiré une des décombres où d'autres gisent peut-être encore*. Les autres sont celles que M. de Ghoiseul et lord Elgin ont enlevées^. Ces dernières, et toutes celles dont nous connaissons le sujet bien que les métopes elles-mêmes soient perdues, appartenaient au côté méridional du temple. Ce côté avait été le seul épargné lors d'une mutilation systématique exercée, à une époque inconnue, sur les métopes du Parthénon. On s'est demandé si cette œuvre de barbarie, qui ne peut avoir que le fanatisme religieux pour auteur, devait être attribuée aux Turcs ou aux chrétiens. On sait que le Parthénon fut converti en église en 630 *. M. Beulé pense que la dégradation à coups de marteau, dont il a reconnu les traces évidentes sur trois côtés de la frise supérieure du Parthénon, doit être attribuée aux Grecs du vu" siècle^. Ils ont pu sans douté en être capables. Il est bon cependant de noter ici à leur décharge que les dessins de la collection Behringen qui sont donnés comme représentant des métopes du Parthénon doivent avoir été pris sur ce même côté septentrional dont on attribue la dégradation aux architectes
1. Cette métope se voit au musée du Parthénon ; elle représente, comme celle du Louvre, un enlèvement de femme par un Centaure.
2. Les métopes du Musée britannique sont au nombre de quinze. On possède, en outre, quelques fragments de métopes du Parthénon, tant à Londres qu'à Cambridge dans la bibliothèque publique de rUniversité. Il y en a d'autres fragments à Copenhague.
3. Si l'on en croit une description d'Athènes écrite en 1460 par un anonyme, les deux architectes chargés de ce renouvellement s'appelaient Apollos et Eulogios.
L Cours d'archéologie professé à la Biblothèque nationale.