Nat. Hist., XXXVI, /i
3, Vers 655 av. J.-C.
l*usage, introduit en Grèce vers ce ten^ps, de substituer dans la construction des temples le marbre à la pierre ordinaire, comme par exemple dans la reconstruction du temple de Delphes par les Alcméonides * , suffit pour expliquer l'adoption par la sculpture de ce nouvel élément de travail. Quant à l'essor extraordinaire que prit tout à coup l'art sculptural pendant le cours du vr siècle avant l'ère chrétienne, il s'explique par le progrès même de la civilisation hellénique. Ce vr siècle n'étaitnl pas celui des sept sages? Une ère nouvelle commençait pour la Grèce. La sculpture n'a-t-elle pu suivre le mouvement général? L'antique lien des corporations, qui avait fait longtemps de cet art un art de famille, se rompit vers cette époque, et la vocation et la liberté commencèrent à se substituer à l'hérédité et à la tradition dans l'exercice de l'art ; c'est-à-dire que le génie grec , affranchi des liens qui l'avaient retenu captif, allait enfin pouvoir se déployer en liberté et devenir lui-même, dans la sculpture, comme il l'était déjà dans la poésie et dans la philosophie naissante. L'aurore de la civilisation hellénique illumine la sculpture comme plus tard on verra le rayon du soleil levant dorer, dans l'Acropole d'Athènes, le front de cet Apollon Anthélios tourné vers sa lumière 2.
Pendant les cinquante années qui précèdent la guerre avec les Perses la sculpture marche à pas de géant. D'un
1. Le temple devait être rebâti en pierre de Poros ; mais la quête qui fut faite jusqu'en Egypte ayant produit des sommes considérables, on résolut de bâtir le wpdvao; en marbre de Parus. (Hérodote, I. V, eh. 62.)
2. Il sera question en son lieu de cet Apollon, qu'on croit être le même que l'Apollon Parnopien attribué à Phidias.
côté rimitation de la nature athlétique est portée à un remarquable degré de perfection dans les écoles d'Argos et de Sicyone; de l'autre, l'introduction de travaux de sculpture dans les frontons, les frises, et aux acrotères des temples, favorise cet essor de Tart. « Aussi longtemps, dit un historien, qu'on relégua les statues dans l'intérieur des temples, qu'on les déroba dans le sanctuaire comme l'idole du culte, il n'y avait pas d'innovation possible ; il y avait, au contraire, plusieurs raisons de se conformer à la pratique ancienne*. » Mais la piété ou le goût national pour les statues en arriva peu à peu à placer dans les temples des groupes de dieux et de héros étrangers, les hôtes en quelque sorte de la divinité du lieu. Après qu'on eut ainsi peuplé d'ouvrages d'art l'intérieur des temples, on s'occupa d'en orner de la même façon le dehors. La sculpture ainsi sortie du sanctuaire acquit des allures plus libres, s'épanouit au soleil en une foule d'oeuvres et devint partout l'ornement de l'architecture. Ce fut à peu près vers le même temps qu'on commença à remplacer dans les temples les statues de bois ou de cuivre battu par ces merveilleux ouvrages d'ivoire et d'or dont Quatremère de Quincy parle avec un poétique enthousiasme. L'époque précise du commencement de la statuaire chryséléphantine ne saurait être fixée : on sait seulement qu'elle florîssait déjà pendant la 58* olympiade. A cette époque, l'école de Sparte avait produit les toreuticiens Médon, Doryclidas, Théoclès,
1. Connop Thirlwal, Histoire dé la Grèce antique , t. I, p. 386 de la traduction.
cpii ornèrent de statues d'or et d'ivoire riieraeum d'Olympie. Pausanias les fail élèves de Dipène et de Scyllis*. Suivant M. Beulé^, ils auraient eu aussi pour maître Bathyclès de Magnésie, qui apporta d'Asie à Sparte Tart de la toreutique. Bathyclès éleva le trône d'Apollon Amycléen et y employa l'or offert par Crésus aux Lacédémoniens, dont un oracle avait ordonné à ce prince de rechercher Talliance ^. Ce fut égalen)ent un ouvrage d'or et d'ivoire que cette célèbre Aphrodite, œuvre de Canarchus de Sicyone, que l'artiste avait représentée assise, le Tsokoç sur la tête, une pomme dans une main et dans l'autre une grenade. Canachus, l'un des plus illustres parmi les anciens sculpteurs, florissait vers les dernières années du vi* siècle avant notre ère, et avait pour contemporains Gallon d'Égine et Agéladas d'Argos^.
La coutume qui s'établit vers la 58*' olympiade (environ 518 ans avant J.-C.) , de consacrer dans l'Altis^ d'Olympie des statues aux vainqueurs dans les jeux publics, dut contribuer sans doute aux progrès de la statuaire. A cette époque une phase nouvelle commence. On a prétendu, d'après une interprétation peut-être un peu