DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE VII
la vie que menaient ses anciens compagnons de voyage pendant les trois mois qu'ils séjournèrent sur la montagne, dans les huttes de feuillage qu'ils s'étaient construites pour abris. Ils employaient de nombreux ouvriers à fouiller le terrain autour du temple ; une troupe de paysans arcadiens accompagnaient les travaux des sons d'une musique champêtre. Nos voyageurs se croyaient dans l'Arcadie antique. Le soir, tandis que des agneaux entiers rôtissaient sur de longues broches en bois, comme dans les temps homériques, des danses et des chants marquaient de leur cadence les heures de repos en célébrant les joies du travail accompli , comme si Pan ou Apollon eût encore présidé aux jeux de ses adorateurs rustiques. Ainsi les chefs-d'œuvre de Tart ancien sortaient de terre au son de la flûte pastorale, et des chœurs de bergers accueillaient le retour à la lumière des héros et des dieux de la Grèce.
Les bas-reliefs du temple de Phigalie furent achetés par Tordre du prince régent d'Angleterre, à Zante, en 1814, au prix de 15,000 livres sterling. Un change défavorable porta la somme à 19,000 liv. (475,000 fr.) Ils arrivèrent en Angleterre dans l'automne de 1815 et furent déposés au Musée britannique, où ils furent mis en ordre par les soins de M. Richard Westmacott *. Des dessins de ces sculptures ont été publiés par M . Marie Wagner, peu après la découverte 2. M. de Stackelberg,
1. The Elgin and Phigaleian marbles^ by sir Henry Ellis, t. II, p. 178.
% Bassorilievi antichi délia Grecia o sia fregio del tempio di Apollo Epicurio in Arcadia, etc. Rome, 181/i.
le chef-d'œuvre du maître ^. Ce point admis, Tintimité que des travaux antérieurs communs et une sorte de fraternité de gloire avaient dû faire naître entre Phidias et Ictinus a pu amener l'architecte a demander la collaboration d'un des disciples du sculpteur pour son œuvre nouvelle, d'autant mieux que la proximité des lieux où ils séjournaient alors, au milieu d'une contrée étrangère, devait rendre les rapports fréquents entre les deux grands artistes.
M. Lenormant pense, au contraire, que le temple de Bassae a dû être construit à l'époque marquée par Pausanias 2. H pense que les Phigaliens rélevèrent à Apollon pour les avoir non pas délivrés , mais préservés de la peste. Suivant lui, ce fut la célébrité de l'école athénienne de sculpture qui engagea les Phigaliens à s'adresser à l'un des artistes de cette école pour la décoration de leur temple. La circonstance de la guerre fournit à M. Lenormant un argument contraire à celui dont a usé Otfried MùUer. Dans son opinion, les artistes athéniens, dont les entreprises de Périclès avaient singulièrement accru le nombre, se trouvant sans travail par suite des embarras de la république, durent quitter Athènes et affluer surtout à Olympie, ce lieu neutre et pacifique dont le chemin leur avait été montré par Phidias. M. Lenormant n'est pas loin de penser avec M. de Stackelberg que les
1. A moins qu'on ne suppose le temple de Phigalie antérieur au Parthénon.
2. Bas-i'eliefs du Parthénon et du temple de Phigalie, Paris, 1838, p. 27. — M. Lebas s'est aussi prononcé contre l'opinion d'O. MûUer dans son travail sur les Sculptures du temple de Phigalie. Voy. Expédition scientifique de Morée, vol. n, p. 12.