‹ Phidias: sa vie et ses ouvragesChapitre 262 sur 289 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIÏ · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIÏ

accomplies, cet art parfait en un mot, qui nous ravissent dans les bas-reliefs du Parthénon. On y trouve au contraire une préoccupation de l'effet, une recherche de la variété et du mouvement qui annoncent un maître habile, instruit des ressources de son art, mais qui sont loin de la grandiose naïveté de Phidias. Ici les attitudes sont souvent fausses ou forcées, les gestes violents, les draperies lourdes et dures; les figures courtes et pesantes, au lieu d'être élancées et légères, n'offrent plus cette pureté de formes qui caractérise les sculptures de la frise d'Athènes. L'affectation de la vie et du mouvement a remplacé le libre jeu d'une imagination puissante et riche en effets naturels. Partout on sent l'effort du talent pour s'élever au-dessus de lui-même, pour combiner artificiellement ses créations, au lieu de la fécondité facile et du calme souverain du génie. En les regardant après avoir contemplé et admiré longtemps les sculptures de la salle d' El gin, il me semblait sentir comme une dégradation de la muse attique, à qui son séjour dans l'Arcadie rustique avait fait perdre les grâces et la délicatesse d'Athènes; et, tout en Tadmirant, je me récitais à moimême les vers de la poétesse de Mitylène : « Comment peux-tu être épris de cette femme grossière? Elle ignore l'art de faire flotter avec grâce les plis de sa robe. »

Mais, pour redevenir juste, il m'a suffi de commencer le lendemain par la salle de Phigalie ma visite au Musée britannique. Si les marbres de Phigalie ne peuvent soutenir la comparaison avec ceux du Parthénon, pris en eux-mêmes, ils n'en sont pas moins au nombre des chefsd'œuvre de la sculpture antique. Quel feu, quelle ri-

chesse dans cette composition ! Quelle variété amusante d'épisodes, de figures, de poses, de gestes ! Une fantaisie, sans doute préméditée, a tout disposé de façon à surprendre, à charmer le regard sur quelque endroit de la frise qu'il tombât, et èi faire valoir le plus possible le talent et les connaissances de l'artiste. Enfin on retrouve ici, moins le grandiose, moins la naïveté, moins la largeur de style, cette force épique qui frappe dans les sculptures du Parthénon, qui entraîne l'esprit comme en un récit poétique, de figure en figure, de groupe en groupe, d'épisode en épisode, sans lui permettre de s'arrêter aux détails avant de s'être emparé de l'ensemble et d'en avoir saisi l'intérêt et la beauté. Seulement, ce qui, dans le Parthénon, est un effet de la puissance naturelle et de Tinspiration d'un grand artiste est ici un effet de l'art ; effet cherché, mais d'autant mieux atteint que le spectateur, grâce à la disposition des bas-reliefs dans l'intérieur du temple, pouvait en suivre tout le développement sans changer de place, tandis qu'à Athènes il était obligé de faire le tour de l'édifice pour connaître toutes les parties de la frise et pour se rendre compte de la composition qui s'y déroulait.

Si l'on compare les marbres de Phigalie aux bas-reliefs du temple de Thésée et à celles des métopes du Parthénon dont le style se rapproche le plus de celui de l'ancienne école attique, on trouvera dans celles-ci un caractère plus sévère, plus de simplicité et de grandeur. En revanche, il y a dans les sculptures de Phigalie plus d'imagination et plus d'art. Comparées aux sculptures, malheureusement très-mutilées et très-dégradées, du temple d'Olympie,

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