DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE VIII
Praxitèle a joint la seconde grâce à la première ; et c'est en quoi il s'est montré supérieur à Phidias*.
On ne conteste pas, répond O. Mûller, qu'une certaine sévérité soit un des caractères du style de Phidias. Sans doute il est une grâce et une beauté que Phidias laissa à réaliser aux artistes qui devaient venir après lui. D'autres auront à sculpter le fin et trompeur sourire de Vénus, le visage de Bacchus où respire la volupté insatiable, toutes les passions molles ou violentes qui brisent ou troublent l'âme; Ce n'est pas l'affaire de Phidias, il n'est pas venu pour cela; mais pour répandre sur les joues, autour des lèvres de Jupiter, cette grâce sérieuse et pure qui inspire le respect en même temps que l'amour, tempère la majesté par la mansuétude et la puissance par la sérénité. J'ajouterai que, malgré sa prédilection pour la Grâce céleste, la pure fille de l'Harmonie, Phidias a fait voir qu'il aurait pu, lui aussi, courtiser l'autre Grâce et en obtenir les faveurs qu'elle accorda plus tard à Praxitèle. Il a montré dans les statues des divinités marines du fronton oriental ce qu'il eût pu faire en ce genre, si le caractère de son inspiration l'eût porté de ce côté; mais la mollesse et la séduction conservent, dans ces figures, je ne sais quoi de supérieur qui semble vouloir s'adresser à l'âme plutôt qu'aux sens : c'est la grâce d'Aspasie mêlée d'esprit et d'éloquence ; ce n'est pî^s celle de Phryné, dont le charme sensuel fera la renommée de la Vénus de Cnide. Le changement qui s'opéra dans les mœurs athéniennes au temps d'Alcibiade explique cette différence. La grâce