DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE YIII
niens, furent l'origine de l'impulsion qui se fit alors avec une puissance et une soudaineté qui nous étonnent. 11 ne pouvait en être tout à fait de même à Égine , bien que l'époque de la plus grande prospérité de cette île ait été après la bataifle de Salamine. Outre que l'esprit des Éginètes ne possédait pas en lui-même, selon toute apparence, les mêmes facultés de développement qui distinguaient celui des Athéniens, l'art d'Égine était alors trop avancé pour changer de direction avec les idées et les mœurs nouvelles; il ne pouvait que se perfectionner dans sa voie, et c'est probablement ce qu'il fit. Ce n'est ni un art enfant ni un génie barbare qui eussent pu produire les statues de la Glyptothèque de Munich. C'est l'art, c'est le génie d'un peuple actif, industrieux, plein d'amour pour la gloire, noblement épris de la forme humaine, mais enchaîné dans son développement moral par la religion et par la coutume. C'est le vieux génie dorien systématique et triste, circonspect et mesuré, plus tourné vers la tradition que vers la liberté. Tel il était à Égine avant le siècle de Périclès. Tel nous le retrouverons dans la nouvelle école d'Argos, fidèle, en dépit des progrès accomplis, à la loi de sa nature. L'école d'Égine, avec son caractère particulier que tous les témoignages constatent, était une des manifestations de ce génie, laquelle a du atteindre sa plus grande perfection dans des ouvrages analogues à ces statues du temple de Jupiter Panhellénien contemporaines d'Onatas, de cet illustre sculpteur éginète qui, au dire de Pausanias, n'était le second de personne^.
Je laisse de côté, dans les statues d*Égine, ce qu'on doit attribuer à Tinfluence d'une tradition religieuse. Telles seront, si l'on veut, Tinsignifiance des têtes, leur ressemblance entre elles , bien qu'oa en puisse donner une autre raison , je veux dire T Asence d'une certaine vie morale chez les Éginètes. Mais la vie physique ellemême, en dépit de l'exacte et savante imitation du corps humain, ne se fait pas sentir dans ces figures. Et, par suite, le mouvement n'y est pas non plus, malgré la violence étudiée des poses et des gestes; l'action n'y est pas : ces combats engagés par les héros Éacides autour des corps de leurs compagnons n'ont pas l'air de combats sérieux. L'ensemble, cette vie des parties dans le tout, manque partout à ces compositions. En même temps la perfection des formes et de l'exécution des corps indique un art qui a atteint ses dernières limites.
Si nous regardons maintenant les figures de la frise du Théséion, nous y trouverons précisément, avec moins de science et d'habileté^ cette vie, ce mouvement, cette action qui manquent dans les statues di'Égme. Ici les corps sont animés et les combats sérieux. Dans l'épisode de je ne sais quelle bataille de géants qui représente des combattants armés de quartiers de roche, on sent l'ardeur d'une véritable mêlée*. Les figures de divinités assises 2, largement drapées, respirent une vie puissante et tranquille qui annonce déjà les dieux de Phidias. Les figures de chaque groupe sont bien en rapport les unes avec les autres ; elles ne se succèdent pas seulement, elles
1. N*» iZiS et 1^6 des plâtres qui sont au Musée britannique.