DEUXIEME PARTIE. — CHAPITRE VIIÎ
66 lient, et cela sans effort, par l'effet d'un mouvement général. Le sentiment de la grande composition, le style monumental qui doit animer les sculptures de Phidias au Parthénon se révèlent déjà dans cette frise. C'est par là que ces bas-reliefs l'emportent,, en dépit de leur infériorité sous d'autres rapports, sur les statues du fronton du temple d'Égine.
Encore un pas et nous arrivons à Phidias, c'est-à-dire à l'art lui-même dans sa vérité idéale. Mais si grand que nous apparaisse le génie du maître athénien, il n'est cependant pas né sans père; Phidias a eu des prédécesseurs qui ont fait, en quelque sorte, les ébauches déjà admirables de ses chefs-d'œuvre. Ces prédécesseurs sont les maîtres inconnus qui ont sculpté la frise du Théséion et dont on retrouve la main dans les métopes du Parthénon ; ce sont les artistes que nous avons nommés ailleurs comme les contemporains et les maîtres de sa jeunesse, les Hégias, les Critios, les Calamis, etc. C'est surtout, je le crois, Polygnote, le grand peintre de Thasos, amené à Athènes par Cimon. On sait que ce fut Polygnote qui fit disparaître de l'art la tristesse et l'immobilité des visages, ce qui lui valut le surnom d'Étographe. Polygnote vint à Athènes vers la 80* olympiade, à peu près à l'époque où devait s'achever le Théséion ; à l'esprit de liberté qui animait déjà l'école attique il vint ajouter les leçons d'un art plus souple que la sculpture, et qu'il avait rendu propre à l'expression des passions de l'âme. Porté par la nature de son génie à la noblesse et à l'action des grandes compositions épiques, il contribua certainement au mouvement qui poussait l'école attique vers la
grande sculpture monumentale. On ne peut guère douter de son influence sur le génie de Phidias. La souplesse et la variété du style de Phidias, cette rondeur de formes qu'il a donnée à ses figures, le jet merveilleux des draperies, la noblesse naturelle par laquelle il rennplace l'élégance affectée des anciens maîtres et la vérité , souvent trop crue, des maîtres plus récents, l'entente de la composition, le goût des grandes scènes ^ la conception morale et poéti(fue des sujets, toutes ces qualités qui seront tout à l'heure portées au plus haut point dans les sculptures du Parthénon, n'ont-elles pas leur point de départ dans les tableaux de Polygnote*? On peut le croire sans rien ôter pour cela à la gloire de Phidias.
L'époque où parut Phidias était merveilleusement propre à la réalisation d'un grand idéal artistique. Au milieu d'une civilisation déjà singulièrement riche et féconde, les mœurs conservaient iine naïveté généreuse qui devait se refléter dans l'art. Toute chose avait sa fleur de nouveauté. L'esprit, animé d'une activité soudaine, vivait dans un étonnement charmant des prodiges des arts, comme il avait vécu autrefois dans la poésie des histoires divines dont on l'avait bercé : l'art était devenu la légende des imaginations. De là le caractère des œuvres de Phidias. Il fut l'Homère de l'âge épique de la sculpture. On a comparé avec raison son style à celui
1. Suivant Lucien, ce fut Polygnote qui, le premier, donna aux draperies un air naturel , en serrant ce qui devait être serré et laissant le reste flotter, l\ paraît aussi avoir donné à ses figures de femmes une grâce et une beauté qui faisaient encore Tadmiration des contemporains de Lucien. ( PortraitSj 7. }