‹ Phidias: sa vie et ses ouvragesChapitre 278 sur 289 · DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE YIII · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE YIII

d* Homère; on y trouve la même puissance, la même naïveté et la même abondance dans les détails, la même grandeur et la même simplicité dans l'ensemble. Chez Phidias, de même que chez Homère, l'art ne se distingue pas de la nature, ou plutôt, pour employer une belle expression de Goethe, l'art est une seconde nature; tous les éléments de l'œuvre artistique, comme ceux de l'œuvre poétique, s'y fondent ensemble dans une mystérieuse unité; la science ne s'y sépare pas de l'inspiration, ni l'exécution de la conception , mais tout concourt à produire une création véritable. Aussi Aristote dit-il dans sa Rhétorique^ que le propre d'Homère est de tout animer. On peut donner à Phidias la même louange. J'éprouve un ravissement profond et comme une joie secrète quand je vois rayonner des statues du Parthénon la vie silencieuse qui les anime. Cette vie n'a rien de violent ni d'exagéré ; mais, avec une majesté tranquille, elle semble sortir des profondeurs de l'organisme, comme d'une source fraîche et pure, pour se répandre à la surface des corps, avec la beauté et la grâce.

Autant le style du Parthénon diffère de celui des marbres d'Égine, autant il s'éloigne de ce faux idéal qui devint de mode en Grèce plus tard, et qu'on a si longtemps préconisé parmi nous comme le véritable idéal grec. Rien ne ressemble moins à l'art de Phidias que cet art systématique^ comme l'a appelé Benjamin West, du temps de la décadence, qui substituait à l'imitation large et vivante de la nature une sorte d'idéal créé dans le cer^

i. Liv. I, ch. n. »

veau et réalisé par des moyens méthodiques. Les dieux de Phidias ne ressemblent aucunement à ces dieux d'Épicure qui, au lieu de chair et d'os, n'en avaient que les apparences. Us sont animés d'une véritable vie, et leur beauté n'est le résultat d'aucune concentration ni d'aucune simplification des formes du corps. Sans doute l'imitation de la nature doit être intelligente, et, en quelque sorte, divinatrice. « Avant de se livrer à l'imitation de la nature, « dit 0. Mùller, il est nécessaire de se rendre compte de « la manière dont elle procède dans les diverses parties « de chaque chose. En toute chose d'abord la nature a n pour dessein d'atteindre la plus grande perfection pos- « sible; mais de nombreux obstacles l'empêchent d'y « parvenir, ou, si elle y parvient, de s'y longtemps arrê- « ter. L'infirmité ou la maladie doivent être écartées par « la pensée, afin que la vérité de la nature, celle qui « mérite réellement ce nom, apparaisse dans sa sincérité « et sa pureté ; mais elles ne doivent être écartées qu'avec « le secours d'une science profonde et d'un certain sens « naturel qui placent l'artiste dans un étroit rapport de « sentiment et d'intelligence avec la nature. Gomme ce « sens était inhérent au peuple grec; comme, de plus, il « avait atteint, au siècle de Périclès, avec toutes les autres « facultés de l'esprit, son plus haut point de développe- « ment et de culture, il était naturel que les artistes de « ce temps osassent sentir et rendre de préférence ce qui « leur semblait le plan originel de la nature dans la pro- « duction de la forme humaine^. »

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