‹ Phidias: sa vie et ses ouvragesChapitre 279 sur 289 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAMTRE VIIÏ · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAMTRE VIIÏ

C'est là le genre di idéal qu'on rencontre dans les statues du Parthénon ; il ne corrige pas prétentieusement et témérairement la nature, mais il l'interprète avec amour et ingénuité. Voici, par exemple, le torse et les épaules du Neptune. Quoi de plus grandiose? Cependant l'artiste n'a cherché à corriger ni à esquiver en rien la nature. Au contraire, il a exprimé au naturel les saillies des muscles et le gonflement des veines qui devaient résulter du mouvement de la figure. Dans l'Ilissus, les os du thorax ont toute la saillie qu'exige le mouvement du corps. La vérité anatomique est poussée au plus haut point dans toutes ces figures des frontons, il serait aisé d'en multiplier les preuves. « Telle est, » dit Quatremère, en parlant de la mieux conservée des têtes de chevaux du fronton oriental, « telle est la puissance du principe ostéologique empreint « sur cette tête, que la vérité qui en est l'effet va presque « jusqu'à faire peur. A cette grande vérité de la forme « essentielle qui vous saisit d'abord, succède l'admira- « lion des détails, des vérités de la chair, des variétés de ce la peau imitées jusque dans les plus légères inflexions « des plis et des veines ^. » Le même critique dit au sujet du Bacchus : « Les rotules, les os du tibia, ceux « des humérus, du sternum, etc., y sont articulés avec « une précision qui frappe tous les yeux. On pourrait dire « que les os percent de toutes parts 2. »

Mais cette science de Phidias et de ses élèves est vivante, et c'est là son mérite incomparable; cette vérité

i. Lettres écrites de Londres à Canova, p. 110 et 111. 2. Ibid,j p. 112.

est le reflet direct de la nature dans les études et dans les conceptions d'un grand artiste. Le style de Phidias est à la fois réel et idéal : réel par l'étude attentive et l'imitation curieuse de la nature ; idéal, par la connaissance intime des lois de l'organisation et le grand sentiment delà vie. Il est réel par le naturel admirable des poses et des gestes, par la vérité caractéristique des mouvements; il est idéal par le seyfitiment profond de la dignité et de la beauté de la forme humaine qui respire dai» les figures. Chez Phidias l'idéal et le réel sont égaux l'un à l'autre; ils s'embrassent et se pénètrent mutuellement. L'idéal grandiose de la conception répand sa lumière poétique sur la réalité de l'exécution, et cette réalité des détails donne la vie à la poésie de l'ensemble : c'est ce que j'appelle le grand style épique de la sculpture , qui convient à la décoration des grands édifices et qui fit la gloire de la grande école d'Athènes.

Il est remarquable, en effet, qu'on doit à l'école athénienne la décoration des plus célèbres édifices religieux de l'antiquité grecque. Outre les temples de l'Attique, que Périclès rebâtit, cette école décora le temple d'Olympie, celui de Delphes*, celui de Tégée^. J'ai déjà parlé du temple de Phigalie, décoré, selon toute apparence,

i. Les statues des frontons du temple de Delphes étaient de deux artistes athéniens, contemporains de Phidias, nommés Praxias ^t Androsthène. Le premier était élève de Calamis. Parmi les figures dont ils avaient décoré le temple d'Apollon, Pausanias cite Latone, Diane, Apollon, les Muses, le Soleil, Bacchus, les Thyiades, etc. (Pausan.,X, 19.)

2. Le plus beau temple du Péloponèse (Pausan.,VïII, 45). Scopas, qui le bâtit, était Parien et Tun des maîtres de la nouvelle école athénienne.

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