DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIÏI
par une main athénienne de ces sculptures qui existent
encore et qui, bien que très-inférieures aux sculptures
du Parthénon, s'en rapprochent par le caractère épique,
le mouvement et la vie. Plus tard, lorsque après la
guerre du Péloponèse une nouvelle école athénienne se
forma, tout indique qu'elle se distingua aussi par de
grands travaux de décoration. On possède à Londres
les i^culptures du tombeau de Mausole. Ces sculptures
eurent pour auteurs Scopas, Bryaxis, Léocharès et Timo-
thée, suivant Pline; Vitruve y ajoute Praxitèle^. Le
caractère des marbres d'Halicarnasse est une grande
hardiesse de composition et une exécution très-animée.
Si Ton admet la conjecture de M. Cockerell, d'après
laquelle les Niobides de Florence ont autrefois décoré
le fronton d'un temple, il faudra aussi ranger parmi
les œuvres de sculpture monumentale et épique de
récole d'Athènes ces Niobides attribuées à Praxitèle ou
à Scopas.
Scopas, Praxitèle, Léocharès sont les chefs illustres de cette école athénienne qui succéda à celle de Phidias, et qui s'en distingue par le caractère de l'inspiration. Ces maîtres furent à la fois sculpteurs et statuaires, mais il semble qu'ils aient été surtout sculpteurs. Pline a dit de Praxitèle que, bien qu'il eût fait en bronze de très-beaux ouvrages, il était pourtant plus heureux et plus
1. On ignore la patrie de Timothée ; mais Bryaxis et Léocharès étaient Athéniens (Sillig, p. 10 et 238). Praxitèle, Parien ou Andrien (voy. Sillig, p. 369,380), était, comme Scopas, parmi les maîtres de Técole d'Athènes et les représentants dans Part du génie ionien. Voy., sur la nouvelle école athénienne de Praxitèle et de Scopas, Otfried Mûller (Man, d'arch,, % 125 et sulv.}.
renommé dans le marbre ^. Scopas avait une prédilection pour le marbre de sa patrie, dont la lumière douce lui semblait préférable à Taspect sévère de Tairain. Le marbre se prête mieux que le bronze à Texpression des sentiments de Tâme; il respire mieux la vie ; il est moins dur, plus séduisant. Les artistes que je viens de nommer s'efforcèrent d'animer leurs œuvres d'une vie intime, d'un sentiment moral. L'inspiration poétique^ l'enthousiasme bachique, le désir voluptueux eurent un interprète dans Scopas; les tritons, ces satyres de la mer, s'animaient dans ses mains et paraissaient frémissants de malice et de concupiscence. Praxitèle ne se bornait pas, comme Hypéride l'orateur, è. déchirer en public le voile qui couvrait Phryné, mais, par l'expression qu'il donnait au visage de cette belle courtisane , il entretenait le spectateur de son amour et de sa récompense ^. La Sapho de Silanion, un autre artiste de cette école, devait exprimer tout ce que la passion a d'ardent et d'élevé dans une âme grande et poétique. Les statues des Niobides nous apprennent comment ces maîtres du siècle d'Alexandre entendaient \e pathétique et comment ils accordaient la beauté avec les passons qui semblaient le mieux devoir en troubler l'harmonie. Quelle charme et quelle puissance ne devaient-ils pas donner aux sentiments qui font rayonner doucement Vém^ h travées son enveloppe transparente ! Il n'y avait pas jusqu'aux animaux qu'ils ne douasaent d'une vie intelligente. Dans l'enlèvement de