DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE Vllf. 38Î
Ganymède par Léocharès, Taigle paraissait craindre de blesser le bel enfant aimé de Jupiter* 11. savait qui il enlevait et à qui il le portait *•
Si je ne me trompe, le caractère dominant des écoles athéniennes, depuis celle qui florissait sous l'administrai*tion de Cimon jusqu'à celle qui décora le tombeau de Mausole, fut d'être des écoles de grande sculpture menu-» mentale. Leurs autres traits distinctifs semblent dépendre de celui-là. C'est d'abord une liberté qui ne relève que de la nature, et qui, se fiant à l'instinct du génie et du goût athéniens pour trouver le beau dans l'imitation de la vie, rejette volontiers toute entrave que voudraient lui imposer soit des traditions religieuses, soit des disciplines d'école. C'est, en second lieu, l'expression d'une vie intime 6t morale, élevée et sereine chez Phidias et chez ses élèves , passionnée et souvent sensuelle dans les ouvrages des maîtres de l'école qui succéda à là sienne. Or, c'est en traitant les grands sujets épiques pour la décoration des édifices que les artistes athé* niens, ahimés d'ailleurs, après les guerres persiques, par un esprit d'indépendance né de la lutte et de la victoire, apprirent à s'affranchir des scrupules et des conventions des écoles archaïques. C'est en ordonnant de grandes compositions religieuses et historiques qu'ils trouvèrent leur style large et puissant et ce sentiment moral et poétique qui anima tous leurs ouvrages. Inspirés par la poésie des antiques légendes, ils apprirent à
i. Leocbarès aquilam (fecit) sentientem quid rapîat in Ganymède, et cui ferat, parcentem unguibus etiam per vestem. (Pline.)
saa PHIDIAS.
placer Tidéal dans Tesprit qui anime une nature florissante plutôt que dans une épuration arbitraire des formes de la vie. Leur idéal fut un idéal d'expansion et non de concentration. Après l'avoir mis dans leurs grands ouvrages de décoration monumentale, ils le portèrent, cet idéal, dans les œuvres moindres que la fantaisie leur inspirait. Dans les statues de ces tailleurs de marbre, l'âme rayonne toujours à travers la pierre transparente, comme elle rayonne à travers notre enveloppe corporelle, tantôt sereine, élevée par sa divinité au-dessus des passions, tantôt doucement atteinte par les joies ou les douleurs de l'humanité.
Différent était l'idéal de l'art du Péloponèse comme son genre d'activité était différent* La nouvelle école d'Argos, qui reçut une impulsion puissante du génie de Polyclète, continua la tradition des anciennes écoles dorîennes par l'étude assidue et la reproduction de la nature athlétique. Préoccupés de rendre la beauté matérielle, les artistes de cette école n'essayèrent pas de pénétrer jusqu'à la vie intérieure de l'être humain ; ils s'arrêtèrent à la surface et cherchèrent l'idéal dans une interprétation savante, raisonnée et méthodique, des formes du corps, dans des systèmes réguliers de mesures et de nombres. On sait qu'une statue de Polyclète, le Doryphore, avait été adoptée comme canon par les artistes de son école*. Myron
1. Voy. sur les canons des artistes grecs 0. Mûller, Mon. d'arch., S 336. Dans un travail très-intéressant sur les proportions du corps humain^ publié récemment, M. Charles Blanc cite un curieux passage de Galien d'où il résulterait que Tunité de mesure du canon de Polyclète était le doigt {Gazette des Beaux-Arts, t. VU, p. 102, 103).