‹ Phidias: sa vie et ses ouvragesChapitre 34 sur 289 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE I

surpasser Polygnote dans Part auquel cet artiste faisait faire de si grands progrès *, il entreprit de rivaliser avec lui au moyen d*un autre art également appris dès Yenfance et pour lequel il se sentait une vocation plus spéciale. Il aurait alors tenté de donner à la sculpture le même essor que Polygnote, ce premier en date des grands peintres de l'antiquité, donnait à la peinture. D'après Pline, Polygnote fut le premier qui représenta ses personnages la bouche ouverte ^ les dents visibles, et qui donna de l'expression aux visages^. Il est aisé de sMmaginer comment Phidias , élevé dans les traditions de la peinture et de la sculpture archaïques , témoin de la révolution que Polygnote opérait dans la peinture, a pu tenter d'abord de rivaliser avec lui dans son art; puis comment, pénétré de la difficulté d'égaler un tel maître, entraîné d'ailleurs par son génie particulier, il aurait^par

i. n me semble trouver dans un passage d'Escbyle une preuve de l'enthousiasme qu'inspirèrent aux Athéniens les tableaux de Polygnote. C'est dans VAgamemnorij tragédie représentée à Athènes la i'^' ou la 2" année de la 80* olympiade, trois ou quatre ans après l'époque assignée par Mûller à l'arrivée de Polygnote. Le poète y dit d'Iphigénie conduite au sacrifice qu'elle était belle comme dans les peintures , trpeirouaa ©; èv ^paçaT;. Polygnote , comme on le voit par le catalogue de ses tableaux, aimait à peindre les sujets tirés de l'histoire delà guerre de Troie. (V. le Catalogue de Silligî p. 376.) U n'y aurait donc rien que de très-naturel à le supposer l'auteur d'un tableau représentant le Sacrifice d'Iphigénie, dont la beauté aurait pu frapper le poète Eschyle, à cette époque de soudain développement pour la poésie et les arts. En exprimant son admiration dans ses vers, Eschyle nous fait entendre Fécho harmonieux de celle des contemporains à la vue des merveilles d'un art nouveau.

2. « Siquidem instituit os adaperire, dentés ostendere, vultus ab antique rigore variare. [Nat. Hisl., XXXV, 35.)

une émulation bien inspirée, résolu de travailler à opérer une révolution analogue dans la sculpture*. Quoi qu'il en soit de ces conjectures, auxquelles la pénurie de renseignements sur la carrière de Phidias laisse le champ libre , il est certain que Phidias doit avoir abandonné de bonne heure la peinture, vers laquelle il avait penché d'abord, mais non pas sans emporter de ses études dans cet art de grands avantages pour l'art auquel il se consacrait: c'est sans doute à l'usage qu'il fit du pinceau dans sa jeunesse qu'il faut attribuer, dans les statues de Phidias, cette largeur de style, cette grandeur de caractère, cette puissance de vie et de formes qui manquaient aux maîtres de l'école d'Égineet qui ne datèrent que de lui dans celle d'Athènes.

Au surplus, l'expression de Pline que Phidias corn-mença par la peinture, ab initio pictorem fuisse^ ne doit s'entendre que de sos ouvrages publics. Si l'on n'admet que la sculpture ait été pour Phidias, dès son enfance, un art domestique, tout annonce du moins qu'il s'y appHqua par des études précoces. Il est même probable que ces études eurent pour champ le domaine entier dés beaux-

i. Phidias a pu néanmoins fréquenter Tatelier de Polygnote. Il me paraît probable que Panaenus fut élève de Micon et du peintre thasien. U était plus jeune que Phidias, puisque Strabon a fait de lui le neveu de celui-ci ; plus jeune de beaucoup, par conséquent, que Polygnote et Micon : d'où Ton peut conjecturer que ce fut à titre d'élève qu'il partagea avec ces maîtres l'honneur de décorer le Pœcile. On a attribué à ces deux artistes une part dans le tableau de Marathon^ peint par Pansenus; on disait, par exemple, que le chien qui avait accompagné son maître au combat, et qui se retrouvait dans le tableau, était de la main de Polygnote, (V. Sillig, p. 277, au mot Mico.)

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