PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE I
arts : car comment expliquer autrement l'étendue et la variété prodigieuses de ses connaissances , non-seulement dans ce qui appartenait en propre à son art, nonseulement encore dans les arts voisins, mais aussi dans les différents métiers qui s'y rapportent, si ce n'est par des études nombreuses, commencées de bonne heure et poursuivies avec le zèle de la passion? J'ai déjà parlé de ses travaux en peinture. L'art statuaire seul, divisé en trois branches, toutes trois cultivées par Phidias, la statuaire, la sculpture et la toreutique, exigeait dans l'antiquité des talents et des habiletés de plus d'un genre, dont se dispensent volontiers nos artistes, dédaigneux des détails qu'ils abandonnent sans surveillance à de simples ouvriers, au grand détriment de la sculpture du temps présent. L'artiste grec devait avoir de la partie industrielle de son art line connaissance complète ; et, s'il ne faisait pas tout lui-même , ce qui eût été sans doute souvent impossible, au moins exerçait-il sur chaque partie du travail une surveillance active et de tout point compétente.
Pour connaître à fond toutes les ressources et les procédés de l'art statuaire , en y comprenant la toreutique ou statuaire chryséléphantine, il fallait joindre aux talents du sculpteur, du graveur sur métal ^, du peintre, les habiletés diverses du fondeur, de l'orfèvre, du joaillier et une foule d'autres, aujourd'hui partage exclusif de l'industrie. Et avec cela nous voyons, par la haute inten-
1. Sur ITiabileté de Phidias comnie graveur, voyez Martial (HT, 35) et l'empereur Julien (Lettres, 8).
dance qu'il exerça sur tous les travaux ordonnés par Périclès ^, que Phidias, comme d'autres grands sculpteurs de l'antiquité tels que Polyclète, Scopas, Gitiadas, etc., était aussi un grand architecte. En général, les anciens ignoraient ce système de spécialités et cette division du travail poussée à l'infini qui, de nos jours, semblent avoir été inventés pour servir l'industrie aux dépens de l'art, de l'intelligence, et même aux dépens de la dignité de l'homme. Les spécialités sont les cloîtres de l'esprit ; elles élèvent des barrières entre nos facultés et tendent à créer, au lieu d'hommes, des machines humaines. Objet d'admiration pour le vulgaire, leur adoption systématique rétrécirait autant l'intelligence que le système contraire lui a parfois donné d'étendue. Pour rentrer ici flans la question d'art, je ne doute pas que l'harmonie et la plénitude qui frappent à la première v^ue dans les ouvrages des artistes anciens ne doivent être regardées comme un résultat de l'éducation qui ne laissait dans l'organisation humaine aucune faculté stérile, aucun organe inactif et sans développement. Tmit grand talent, a dit Goethe, est encyclopédique. Pour le véritable artiste, la réunion d'un plus grand nombre de connaissances et de talents divers, loin d'être une cause de dispersion de forces , devient , au contraire, un moyen de puissance, en lui permettant de donner à chaque œuvre en particulier, grâce à une concentration énergique, l'empreinte d'une nature plus riche, plus élevée et plus féconde,
àpX*f8XTova; exovtwv xai re^vtra; ràv ^p^wv (Plutarq., Përicl.^ 13).