PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE I
penchant de plusieurs villes à se racheter avec de l'argent des obligations de la guerre ; on augmentait ainsi, d'une part, les revenus de la république, et , de l'autre , en laissant les alliés se désaccoutumer du métier des armes, on préparait peu à peu le changement de leur condition d'alliés en celle de sujets. En même temps, le génie national s'éveillait, et la même ville qui s'était montrée la pr^nière dans la guerre aspirait k se montrer encore la première dans la paix entre toutes les villes grecques ; il y eut comme un printemps de chefs-d'œuvre éclos à l'envi les uns des autres dans cette Attique dont le sol était à peine essuyé du déluge de la barbarie étrangère qui l'avait couvert; c'est une époque merveilleuse dans l'histoire. Cinq ans à peine après la bataille où le génie de Miltiade a remporté sa victoire à jamais fameuse, Eschyle, un soldat de Marathon, fait applaudir, entre deux invasions, sur le théâtre d'Athènes, sa première victoire dramatique ^. L'élan ainsi donné ne devait pas s'arrêter de longtemps. Après les victoires de Salamine et de Platée, il fallut songer à rebâtir Athènes détruite par les Perses. La grande œuvre de cette réédification et les richesses dont les Athéniens commençaient à disposer promettaient aux artistes, tant sculpteurs et peintres qu*àrchitectes, des travaux, de la renommée et des rémunérations honorables. Nul doute que plusieurs artistes étrangers n'aient dû profiter de circonstances aussi favorables pour s'établir
i. La U* année de la 73* olympiade. Cette même année (^85 av. J.-C.), qui vit commencer la gloire d'Eschyle, vit aussi, suivant la chronologie des marbres d'Oxford, commencer la vie d'Euripide.
dans une ville qu'on pouvait déjà regarder comme la capitale de la Grèce et où tes attendaient honneur et richesse. Pourquoi Agéiadas n'aurait-il pas été du nombre de ces artistes? Calamis, qui sculptait alors à Athènes, n'était peut-être pas Athénien ; et Polygnole, cpii y peignait, devenu citoyen de la république par le crédit et l'amitié de Cimon, était, comme on l'a vu, de naissance étrangère. En même temps, Técole indigène, où brillaient encore Critios, Hégias, Nésiotès pour la sculpture, Micon pour la peinture, avait assez d'éclat pour faire d'Athènes le centre des arts et le rendez-vous des artistes. O. Mùller pense qu' Agéiadas dut y venir, en effet, peu après la 3* année de la 79* olympiade, époque où l'alliance qui s'établit entre Argos, sa patrie, et Athènes, avait rendu entre ces deux villes puissantes les relations aussi fréquentes qu'aisées^. J'avoue que le voyage d' Agéiadas d' Argos à Athènes me parait infiniment plus vraisemblable, dans les circonstances où se trouvait alors la capitale de l'Attique, que celui de Phidias à Argos, supposé par M. Beulé dans son cours oral d'archéologie*. Ce n'est pas au moment où l'éclat d'Athènes renaissante devait y attirer de toutes parts un concours des plus illustres étrangers que le jeune sculpteur athénien aurait pu penser à quitter sa patrie pour chercher à l'étranger les leçons d'un maître, si illustre qu'il fût. »
Je vois cependant une difficulté à ce voyage d'Agé-