PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE I
ladas^si Ton n'admettait qu'un seul sculpteur de ce nom. Agéladas, à supposer qu'il n'eût que vingt ans lorsqu'il consacrait dans l'Altis la statue d'Anochus, devait en avoir soixante-dix-huit ou 8oixante-dix*neuf h l'époque de ce voyage. On ne conçoit guère qu'un artiste bieo près d'être octogénaire eût pu se résoudre à quitter ainsi sa ville natale, théâtre de sa gloire, pour venir dans une cité étrangère, au risque de n'y pas soutenir sa vieille renommée en face des progrès de l'art et au milieu de nouvelles générations qui n^auraient pas eu à respecter en lui une gloire nationale. Il faudrait donc, avec Thiersch etSillig, admettre deux Agéladas,et, contraire* ment à eux, dire que ce second Agéladas, auteur de plusieurs statues attribuées à tort au premier, fut le maître de Phidias, de Myron et de Polyclète, ayant apporté d'Argos à Athènes les traditions de l'école argienne héréditairement reçues. Tel est, en effet, mon sentiment que je produis ici avec toute la réserve convenable en ces matières obscures. Ce système, outre qu'il lève toutes les difficultés que la chronologie a attachées au nom d'Agéladas, explique d'une manière satisfaisante comment un artiste de ce nom fut le maître de Phidias et de Myron , tous deux Athéniens ; et quant à Polyclète, le jeune sculpteur d'Argos a pu rejoindre à Athènes un compatriote illustre. L'Hercule de Mélite s'explique tout naturellement, et l'on peut en placer la date à l'époque qui suit la peste d'Athènes, époque à laquelle convient l'indication donnée par Pline. La parenté des deux Agéladas est établie par la coutume qui paraît avoir été familière aux Grecs dé confondre sous le même nom des
artistes de la même famille, confusion qui s'étendait aux ouvrages et qui n'a pas peu contribué à obscurcir la chronologie de l'histoire de Tart^. Cette confusion était d'autant plus facile que la ressemblance du style devait se joindre à celle du nom dans ces écoles de famille. Agéladas, deuxième du nom, venu à Athènes à l'époque marquée par 0. Mûller, à peu près en même temps que le peintre Polygnote,dut y apporter les traditions qu'il avait puisées dans les leçons du premier Agéladas, et qui, distinctives de l'école d'Argos, consistaient surtout dans la reproduction fidèle et savante du corps humain. Il devait être alors dans la maturité du talent, assez formé pour servir de maître à ceux qui débutaient dans la carrière, assez jeune encore pour modifier sa manière au contact des maîtres de l'école athénienne plus portée vers l'idéal et pour s'associer aux progrès que cette époque merveilleuse faisait faire à la sculpture.
L'administration de Qmon ne fut pas signalée seulement par des travaux d'utilité. Le fils de Miltiade ne se contenta pas de fortifier Athènes et de relier la ville aux ports dans un même système de défense, au moyen de ces longues murailles dont on lui doit la construction ; il travailla aussi à l'embellir, et M. Beulé a réclamé pour Cimon, non sans justice, une part des éloges accordés à*
1. On a remarqué que le petit-fils portait souvent en Grèce le nom de Taïeul. « Mon aïeul, dont je porte le nom », dît Géphale, dans la Républiqtie de Platon (I. I, au commencement). Les anciens avaient-ils observé la ressemblance qui existe souvent, au physique et au moral , entre le grand-père et le petit-fils, et dans laquelle Goethe a cru voir une loi générale 7 (Années de voyage de Wilhelm Meister.)