PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE I
On a voulu mettre également au nombre des premiei's ouvrages de Phidias l'Athénée Promachos, ce colosse d'airain de l'acropole, dont la lance et le casque, dominant les remparts, se faisaient voir de loin aux navigateurs qui doublaient le cap Sunium. Mais Otfried MûUer regarde, au contraire, le colosse de l'acropole comme une des dernières œuvres de Phidias, La raison, c'est que Phidias laissa cette œuvre inachevée. Nous lisons, en effet, dans Pausanias ^, que les bas-reliefs du bouclier de l'Athénée Promachos furent Tœuvre de Mys, célèbre graveur, qui les exécuta sur les dessins de Pérasius '• On ne peut croire que Phidias ait laissé de lui-même à un autre le soin de dessiner le bouclier de sa statue, et l'interruption apportée à son travail ne peut avoir eu pour cause que son départ d'Athènes ou sa mort. De quelque façon qu'on explique les événements de la vie de Phidias, dont il sera question plus loin, l'Athénée Promachos ne peut avoir été exécutée que durant la seconde époque de ses travaux,
2. Le texte de Pausanias dit Parrhasius, célèbre peintre, qui florissait, suivant le calcul de Sillig, vers la 96« olympiade, longtemps après la mort de Phidias. Mûller pense que ce fut, en effet, vers ce temps que la Minerve de bronze fut achevée par Mys, après un long intervalle. Mais Sillig (article Mys^ p. 289; se sert d'un passage d'une épigramme citée par Athénée (lib. XI), dans laquelle un certain Pérasius se trouve associé à Mys dans le travail d'une coupe, pour démontrer qu'il y a une faute dans le texte de Pausanias. C'est Pérasius qu'il convient de lire. Mys paraît n'avoir été qu'un ouvrier qui exécutait les conceptions d'un autre artiste. Quant à Pérasius, ne serait-ce pas le même artiste que ce Perélius ou Parélius dont Pline fait mention comme d'un sculpteur célèbre, contemporain de Scopas, florissant comme lui vers la 90* olympiade? Ce Perélius, inconnu d'ailleurs, a embarrassé tous les critiques. (Voy. Sillig, au mot Scopas, p. /il5, ûl6.) J'offre cette conjecture aux archéologues.
celle qui commence avec les grandes constructions de Périclès. Ceux qui regardent le colosse de bronze comme un ouvrage de la jeunesse de Phidias font aussi Phidias plus ancien que nous ne Tavons fait. Il s'agit pour eux de ne pas laisser une trop grande distance entre la bataille de Marathon et cette Minerve qu'on disait faite avec le produit du butin recueilli sur le champ de bataille. Il y a bien à dire cependant sur ce butin de Marathon, origine de tant de monuments illustres, si l'on s'en rapporte à la tradition athénienne. Outre TAthénée Promachos, cette part des Athéniens dans les dépouilles des Perses était censée avoir donné naissance aux treize statues du temple de Delphes qui représentaient Minerve, Apollon, Miltiade et les héros éponymes des tribus de TAttique, avec d'autres héros des anciennes fables nationales ^ ; on assignait la même origine aux bouchers d'or du temple d'Apollon et au trésor des Athéniens à Delphes; le temple de Diane Eucléa, à Athènes, avait été construit, suivant la même tradition, au moyen de sommes d'argent puisées à la même source. Mais, comme le démontre très-bien O. MûUer, il y a lieu de grandement soupçonner la vanité des Athéniens d*avoir grossi à plaisir ces dépouilles , afin d'y trouver un prétexte à multiplier les monuments de leur gloire. Il est à remarquer qu'Hérodote ne dit pas un mot de ce fameux butin, dont il n'eût certes pas manqué de parler, si la proie eut
1. Pausan., X, 10. Les onze personnages qui, outre les deux divinités, étaient représentés par ces statues, étaient Miltiade, Érechtée, Cécrops, Pandion, Céléus,Ântiochus, Egée, Acamas, Godrus, Thésée et Phylée.