PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE L
été aussi considérable que le faisaient supposer le nombre et la magnificence des monuments dont elle était réputée avoir fait les frais ^.
On peut partager la vie artistique de Phidias en deux époques principales. Pendant la première, qui comprend les dernières années de la vie de Gimon et les premières de l'administration de Périclès, il aurait fait la Minerve de Pellène, celle de Platée, une Minerve Lemnienne dont il sera question tout à l'heure , les treize statues du
1. Les circonstances mêmes de la bataille de Marathon sont une sorte de preuve négative, plus forte encore que le silence d'Hérodote, contre les exagérations de la jactance athénienne à Tendroit de ce fameux butin. On se rappelle que les Perses n^avaient point de camp dans la plaine de Marathon et qu'ils se retirèrent précipitamment, après la perte de la bataille, sur leurs navires, dont sept seulement furent capturés par le vainqueur. Dû donc alors les Athéniens auraient-ils trouvé la riche proie qu'ils se vantaient d'avoir conquise ? Serait-ce dans la dépouille des cadavres ? On ne le croit guères. Et encore ne faut-il pas oublier que la dixième partie de ce butin était seule entrée dans le trésor public. On demande aussi ce que toute cette richesse serait devenue à l'époque de la seconde invasion, pendant laquelle l'Attique fut livrée aux Barbares. Car, supposer avec Quatremère ( Jupiter Olymp,) que l'Athénée Promachos avait été érigée dans l'Acropole entre la première et la seconde guerre persique, c'est remplacer une difficulté par une autre. Xerxès, maître d'Athènes, aurait-il épargné le colosse élevé avec le produit des dépouiUes de ses scgets? L'histoire dit, au contraire, que les Perses incendièrent la citadelle. Admettra-t-on que le butin de Marathon fut porté sur les navires où se réfugia la fortune d'Athènes, dans cette fuite héroïque dont Thémistocle fut l'instigateur? Dans l'extrémité où se trouvaient les Athéniens, ils avaient autre chose à faire qu'à encombrer leurs vaisseaux de ces dépouilles; ou, s'ils les avaient réduites en argent, cet argent ne pouvait manquer d'emploi en de telles circonstances. Tout s'explique, au contraire, naturellement par cet esprit de vanité et de jactance qui fut de tout temps et demeure encore ai^jourd'hui l'un des traits caractéristiques de la race grecque.
temple de Delphes, l'Apollon en bronze de Tacropole d'Athènes, auquel Pausanias donne le nom d'Apollon Parnopien ^y la Vénus Uranie qu'on voyait à Athènes dans le temple de cette déesse, une statue de la Mère des dieux dans le Metroûm d'Athènes, etc. .. C'est vers la fin de cette période qu'on peut placer convenablement le voyage de Phidias à Éphèse et le concours fameux dont il sera parlé ailleurs. La seconde époque daterait du moment où Phidias fut mis par Périclès à la tête des grands travaux qu'il faisait exécuter; elle commencerait à peu près vers la 83' olympiade, pour continuer jusqu'à la mort de l'artiste. La Minerve du Parthénon, le Jupiter Olympien, une Vénus Céleste en or et en ivoire, une Minerve Ergané qu'on voyait dans la citadelle d'Élis, la statue de Pantarcès, la Minerve Promachos, appartiennent à cette seconde époque, à laquelle il faut rapporter également les sculptures dont Phidias décora le Parthénon, soit qu'il y ait travaillé lui-même, soit qu'elles aient été exécutées sous ses yeux et d'après ses dessins par ses élèves.
!• C'est-à-dire destructeur de sauterelles. Mûller (de Phid. vit., p. 16, 17, à la note) pense que cet Apollon pouvait être le même que l'Apollon Anthélios dont parle Tzetzès (CAi/., VIU, v. 331), et dont on conservait la tête de son temps dans le palais de Gonstantinople. Cette tête avait été probablement séparée du corps à l'époque où Constantin fit élever ce dernier sur une colonne de porphyre, après y avoir ajouté sa propre tête , ainsi qu'on le voit dans Cédrénus. Le nom d' Anthélios venait à cet Apollon de la position qu'il avait occupée , le front tourné vers le soleil levant, n y avait, dans l'Altis d'Olympie, un Jupiter Anthélios, couronné de lis (Pausan., V, 22). Quant au surnom de Parnopien, il rappelle celui de Sauroctone {tueur de lézards)^ qu'on donnait à un Apollon de Praxitèle, dont parle Pline (XXXÏV, 19).