‹ Phidias: sa vie et ses ouvragesChapitre 50 sur 289 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE

leur religieuse consécration. Phidias, sculptant le Jupiter Olympien et la Minerve Athénienne, rapproche le sommet de l'art de celui de TOlympe et les fait se toucher comme les deux cimes du Parnasse. Le nom de Phidias demeure associé aux pensées les plus élevées de Tesprit religieux dans sa patrie et aux œuvres les plus admirables de l'art antique, et le sculpteur athénien nous apparaît lui-même entre ses rivaux de gloire comme Jupiter parmi les dieux. On pourrait établir, à partir de lui, une sorte d'échelle descendante qui mesurerait le degré d'élévation du génie des plus célèbres sculpteurs grecs sur le rang et le caractère plus ou moins spirituel et moral des divinités dont ils ont fixé le type et affectionné la représentation. Toutes les divinités ne parvinrent pas au même degré d'épuration ou ne s'y maintinrent pas. Leur caractère définitif dépend du moment où l'art les saisit. Le Jupiter Olympien, tel que Phidias l'avait conçu et représenté avec une sublimité d'esprit et de talent que toute l'antiquité s*est plu à reconnaître, symbolisait dignement, d'après tous les témoignages, l'idée d'une souveraine intelligence et d'une puissance suprême, miséricordieuse. La Minerve du Parthénon n'était pas moins digne de l'idée que pouvaient se former des esprits sérieux de la prévoyance et de l'activité divines, personnifiées sous une forme humaine. Au-dessous de ces divinités, les plus élevées de toutes dans l'ordre intellectuel et moral, Junon, plus enveloppée dans les caractères d'une divinité de la nature, Junon, dont la signification parait moins idéale, mais qui possède cependant une haute valeur morale comme divinité du mariage, protectrice des vertus du foyer, inspire

le génie et reçoit les hommages de Polyclète, à qui elle assigne la seconde place parmi les sculpteurs grecs ^. Quintilien nous apprend que cet artiste^ auteur de la célèbre Junon d'Argos, le chef-d'œuvre de la toreutique après le Jupiter d'Olympie et la Minerve Parthénos, réussissait moins en général dans la représentation des dieux que dans celle des hommes. Néanmoins, bien qu'il ait sculpté beaucoup de figures d'athlètes, il conserva à l'art sa dignité, et son ciseau ne fut pas indigne de donner une forme à l'épouse de Jupiter* Après Phidias et Polyclète, les deux plus grands noma de la sculpture grecque, de l aveu de tous les auteurs anciens, Scopas paraît occuper la troisième place pour l'élévation du génie, sinon pour la puissance du talent ^. Avec lui cependant commence la décadence de fart* On doit à Scopas la fixation du type de l'Apollon Citharède, dont on a cru retrouver une reproduction dans le célèbre Apollon du Vatican ^, si ressemblant à la statue originale décrite par P-rop^rce ;

Pythîu3 in looga carminà veste sonat.

xMaisenmjêm^e tenxps qu'il personnifiait l'inspiration lyrique dans cette figure rayonnante d'un enthousiasme

1. Sur Polyclète, condisciple et rival de Phidias, voyez Sillig [Cotai. j p. 364 et suivantes); Émeîic David {Vies des artistes anciens et modemeSj p. 41) ; O. Mûller (^Man., %% 121, 122). On croit qu'une Junon de marbre de la villa Ludovisi est une copie de la statue d'Argos.

2. Voyez SîUig (Cotai., p. 409) ; Muller {Mon., % 126) ; Émeric David (Vies des artistes anciens et modernes j p. 33). Pline met Scopas à la 90* olympiade (XXXIV, 19).

3. Voyez Clarac, Musée de setdpture antique et moderne, pi. 495.

Page 1