PREMIÈRE PARTIE. ^ CHAPITRE II
s'éleva , suivant le calcul de Boeckh , à environ quatre cents talents d'argent^ pour l'or seul employé aux vêtements de la déesse. C'était à peu près une année du revenu que le trésor des Athéniens ftrait de l'Attique. On ignore ce que coûtaient l'ivoire et les autres matières précieuses entrées dans la composition du colosse, et il est probable que de tout point la dépense fut considérable, quoique l'ivoire, par exemple, fût alors moins rare qu'aujourd'hui. Pouvait-il rien y avoir d'assez cher et d'assez beau pour la divinité d'Athènes ?
Il va sans dire que l'ivoire fut employé aux parties nues, telles que le visage, les mains et les pieds. L'ivoire, moins fragile et plus susceptible de poli que le marbre, a d'ailleurs des tons doux et chauds qui conviennent aux chairs. La manièi^e dont il était travaillé a été exposée avec tous les détails désirables par Quatremère de Quincy dans le sixième livre de son Jupiter Olympien^ où sont décrits les procédés mécaniques de la statuaire chryséléphantine. Le défaut de cette matière précieuse est de craindre les influences de l'air, et ce défaut est plus encore celui du bois qui formait la charpente intérieure ou âme des statues d'or et d'ivoire. Aussi l'entretien de ces
1. Boeckh estime à cette valeur les ZiO talents d'or dont parle Thucydide (II, 13; Philochore dit M), et combat Topinion de Heyne, qui voyait dans le chiffre donné par Thucydide une évaluation en argent de l'or employé dans la statue. D'après le calcul de Boeckh, les UO talents d'or équivalent à 400 d'argent, et le talent d'argent valant 5,500 francs de notre monnaie, les frais de la statue pour l'or seul, indépendamment des autres matières qui étaient entrées dans sa composition, devaient être évalués à 2,200,000 francs. {Économie politique des Athéniens, trad. fr., t. II, p. 232.)
statues exigeait-il des soins continuels. A Athènes, comme Plutarque le rapporte dans la vie d'Alcibiade^, les praxiergides , qui avaient auprès de Minerve les mêmes fonctions que les phaidrontes d'Olympie auprès de Jupiter, enlevaient chaque année, le vingt-cinq du mois Thargélion (mois de mai) , les ornements de la statue pour procéder à une opération qu'on appelait plynterie,ou lavage. Cette opération, si régulièrement accomplie, n'avait sans doute pas seulement pour but de nettoyer les parties extérieures de la statue , mais aussi d'en visiter l'intérieur, afin de s'assurer que chaque pièce du système était dans un bon état de conservation et de faire à temps les réparations nécessaires. On a dit que Phidias avait disposé les draperies d'or de Minerve de façon à les enlever à volonté par prévision de l'accusation qu'on pourrait porter contre lui, et qui fut portée en effet, d'avoir soustrait une partie de l'or confié à sa probité ; mais il avait une meilleure raison pour rendre ces draperies mobiles, et il est probable qu'il obéissait en cela à une nécessité de ce genre d'ouvrage. Les jours où l'on faisait ainsi la toilette de Minerve étaient pour la ville des jours de deuil. La statue était alors couverte d'un voile; on en comprend la raison; mais le vulgaire s'imaginait que la déesse refusait de regarder son peuple. Plutarque raconte qu'Alcibiade étant rentré d'exil à Athènes pendant l'opération de la plynterie, les Athéniens ne manquèrent pas d'en faire la remarque et de voir dans cette coïncidence un présage funeste 2. Des précau-