‹ Philémon, vieux de la vieilleChapitre 13 sur 175 · C'est, depuis 1874, l'église du Sacré-Cœur · texte numérisé non relu

C'est, depuis 1874, l'église du Sacré-Cœur

Car il fallait vivre. Ces bandits, ces administrateurs infidèles qu'on représentait gonflés de pillage et de malversations, étaient tous arrivés à Genève sans le sou et ne déguisant (mal) que leur identité. Ils avaient eu des sommes importantes à leur disposition et ne s'en étaient servis que pour emplumer leur idole. Ils avaient tenu entre leurs mains les pis volumineux de la Banque de France et s'étaient fait scrupule de la traire. Ils avaient continué d'habiter leurs taudis, à côté des hôtels et des appartements désertés par leurs locataires éperdus! Et d'avoir trouvé, puis rendu intacts à leurs propriétaires, tant de portefeuilles rebondis, ces pauvres semblaient, en vérité, plus coupables que de les avoir gardés!

Aimez ce que deux fois vous ne reverrez pas !

Mes compagnons me répétaient cela, faisant écho à tant d'autres, qui m'avaient dit, ailleurs, la même chose, non pas pour plaider les circonstances atténuantes ou dégager leur responsabilité, mais parce que nulle tache ne leur était plus insupportable qu'une tache de boue. Pour l'enlever, ils n'avaient pas assez, quelquefois, de toute leur salive... Alors, ils débouchaient des flacons de benzine : lettres jaunies, collections de vieux journaux, paquets de brochures justificatives..., et frottaient à tour de bras, jusqu'à ce que j'eusse dit : « C'est parti ! »

Cet empressement à m'édifier sur leur compte amena la découverte d'un document précieux : la liste des sociétaires deY Egalilé, fondée en 1871 par les réfugiés de Genève, pour assister les plus dépourvus. La plupart de leurs noms m'étaient étrangers; aussi me déterminai-je à les passer en revue un à un, à les faire sonner aux oreilles prêtées, afin de reconstituer aux hommes qu'ils désignaient, tout au moins une ébauche de physionomie.

Et c'est ainsi, arrivé à la lettre C, que je rencontrai le nom de Colomès.

— Ah ! celui-là et son excellente femme, s'ils vivent encore, me dit-on, pourraient compléter vos renseignements sur la proscription à Genève, car ils ne sont rentrés en France qu'à

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