CHAPITRE PREMIER
l'amnistie. Au début, Mme Colonies blanchissait à crédit les plus malheureux d'entre nous. Colomès, lui, était bijoutier; il trouva tout de suite de l'ouvrage.
— Bijoutier? m'écriai-je ; mais je dois le connaître!
— C'est possible, car il a longtemps demeuré dans votre quartier.
— Il y demeure toujours, c'est mon voisin.
Je me fis, néanmoins, donner son signalement : il s'appliquait exactement à Philémon.
Plus de doute : le hasard, non content de me procurer un trousseau de vieilles clefs, m'indiquait le meilleur passepartout.
Mes informateurs essayèrent en vain de modérer mon enthousiasme.
« Attendez... Le père Colomès est un brave homme, assurément, la droiture et la sincérité mêmes, sous des dehors un peu farouches. Mais nous devons vous avertir qu'il a en horreur les avocats et les journalistes. Il appelait les premiers des gargouilles et les autres des chieurs d'encre. Il eût voulu qu'on n'admît dans les associations de travailleurs, en commençant par l'Internationale, dont il faisait partie, que les ouvriers manuels exclusivement. « Ce sont les seuls qui produisent », disait-il.
— Vieille querelle I Je le convaincrai du contraire.
Tout à la joie, pour le moment, je ne songeais qu'à constater une fois de plus la vertu de cette espèce de magnétisme qui finit toujours par faire venir aux mains d'un chercheur passionné, l'objet sur lequel il a concentré son désir.
Ouand je rentrai à Paris, au mois de septembre, la première personne que j'aperçus en ouvrant ma fenêtre fut le père Colomès à la sienne.
Je le saluai, mais il ne répondit pas à ma civilité.
« Le vieil ouvrier, me dis-je, témoigne son mépris pour les gens de mon âge, à qui leur profession permet des vacances. Serait-il réellement d'un difficile abord? »
Mais le lendemain, Phonsine me réconforta. Elle chantait pourtant :
Soleil de mai, rendez-moi ma jeunesse /...
Si elle avait chanté le Royal-Tambour, peut-être en eussé-je conçu un redoublement d'appréhension, tandis que Les Rêves de Jeunesse indiquaient, dans le ménage, une bonne entente dont je résolus de profiter.
Après déjeuner, je me présentai donc chez mes voisins.
Une carte de visite était clouée sur leur porte, au nom de :