ETIENNE COLOMÈS
Le cordon de sonnette était fait d'une large bretelle brodée au bout de laquelle pendait un anneau d'acajou. Je sonnai, Phonsine vint m'ouvrir, ne marqua aucun étonnement de ma visite et m'introduisit dans la salle à manger en disant :
« C'est le monsieur d'en face qui voudrait te parler. »
Je dois avouer que l'accueil du bonhomme fut plutôt froid. Il était assis devant un petit établi, près de la fenêtre, et, une pince à la main, fermait des chaînons. Il se leva et me sembla mettre une certaine ostentation à ne point quitter l'outil.
« Excusez-moi de vous déranger », dis-je.
Il ne protesta pas même pour la forme et ce fut encore Phonsine qui m'offrit une chaise.
Je la remerciai et j'exposai aussitôt le dessein que j'avais d'écrire l'histoire de la proscription communaliste, depuis le mois de juin 1871, jusqu'à l'amnistie.
Le père Colomès m'écoutait, la tête inclinée, si bien que ses cheveux, sa barbe, les buissons rapprochés de ses sourcils, me dérobaient l'expression de son visage enfoui dans le duvet. Je remarquai seulement que les sourcils tranchaient sur la blancheur du poil.