CHAPITRE NEUVIÈME
L'heure des toasts était arrivée. Navarre se leva1 et lut, d'abord, des lettres d'excuses de Vaillant, de Camélinat, de Pindy, du père Ostyn, dont les quatre-vingt-cinq ans ne pouvaient plus que réunir ses amis, Cipriani, Martelet et moimême, dans sa petite maison d'Argenteuil, pour manger les asperges de sa récolte...
Glacée aussi, hélas! la main qui les coupait à notre intention!...2
Navarre releva ensuite la barricade de la rue Fontaine-au- Roi, pour y marquer sa place à côté de Ferré, de Pons et de Gerberoy, qui survivaient encore à cette convulsion du désespoir... Et Gerberoy secoua sa crinière de vieux lion bien conservé. Puis, le Dr Goupil déclama des Châtiments glanés derrière Victor Hugo, et un vieux lithographe, le père Poutrel, chanta un refrain de sa jeunesse :
Assez de pleurs, assez de rois!
Vive la République!
On l'applaudit. Il se tourna vers Colomès, rival qu'il estimait et lui dit :
« A toi... Ce que tu voudras. »
On connaissait le creux de Colomès; il n'en était pas avare. Beaucoup voulaient l'entendre; mais il secouait la tête, et comme j'attribuais sa résistance à l'absence de Phonsine, je ne croyais pas devoir joindre mon invitation aux autres. Albert Malavaux m'avait compris et son silence m'approuvait. Fournery, au contraire, me causa la surprise de se montrer engageant :
« Allons, vas-y? Débouche-leur du cacheté de ta cave... »
— La dernière bouteille, alors...
Subitement décidé, Colomès, repoussant sa chaise, empoi-