Emile Navarre, mort à Bécon-Courbevoie en
2. François-Charles Ostyn, membre de la Commune, est mort en 1912, à quatre-vingt-neuf ans. Il est enterré au cimetière de Colombes (Seine).
gna son pantalon par la ceinture, s'affermit sur ses jambes, redressa sa petite taille, et...
Ce fut un chant du cygne extraordinaire! A pleine voix, le regard étincelant, le sourcil haut, la barbe altière, le vieil insurgé jeta le cri de son temps, de ses revendications, d'une classe tellement habituée aux privations, que le strict nécessaire comble ses vœux; le cri magnifique de 48, noté par Pierre Dupont :
On n'arrête pas le murmure Du peuple, quand il dit : j'ai faim!
Car c'est le cri de la nature :
Il faut du pain ! Il faut du pain !
Il se surpassa. Il fit lever la pâte. Il ranima l'émotion sacrée que ce chant religieux avait autrefois propagée. On ne songeait pas que, sortant de table, le convive rassasié était mal qualifié pour crier famine. Il s'effaçait, s'absorbait dans la foule dont il était l'interprète et qui grondait sur ses talons. Elle emplissait la salle. Nous étions là deux cents, mille, une multitude..., et les vitres tremblaient, et les lèvres tremblaient, et tous ceux de son âge qui entouraient le chanteur, non! l'officiant, se rappelant les jours de détresse, reprenaient en sourdine l'antienne : il faut du pain! — Ils en avaient manqué... et l'instant fut tragique où il me sembla que l'inquiétude d'en manquer encore altérait la voix du vieillard... Mais ce ne fut qu'un éclair et quand il eut répété, avec, cette fois, l'accent du commandement : Il faut du pain! je ne doutais pas que la cause ne fût gagnée, en réalité, depuis quelque temps déjà.
Le fils Malavaux était de cet avis, car, tandis qu'on faisait une ovation à Colomès, Albert me dit, à travers la table :
« Nous avons, heureusement, parcouru du chemin depuis 1848 et même depuis 1871... On a le pain, mais le goût de le tailler en tartine nous est venu, et cette exigence n'est pas moins légitime que l'autre, hein? »