ILS MEURENT, EUX AUSSI, PLUTOT QUE DE SE RENDRE
Je ne vis pas mon voisin le lendemain. Le surlendemain, je trouvai, dans le premier courrier, la lettre suivante :
Citoyen,
Je vous demande pardon des dérangements que je vais vous occasionner pour la dernière fois.
Lorsque cette lettre vous parviendra, f aurai passé l'arme à gauche. Il le faut. Bonsoir, la compagnie. Je vais me coucher. Je suis à peu près certain de ne pas me réveiller, voilà tout. Mes ressources sont épuisées, le travail ne peut plus m' en procurer ; je n'ai qu'à faire mes paquets pour le départ. Je les fais sans précipitation et jouissant de mes facultés dans leur plénitude. J'en suis bigrement heureux. Je n'ai jamais rien tant redouté que la déchéance physique et morale. Je sais ce que c'est. C'est mourir en détail, c'est mourir d'abord, par le haut1, comme est morte ma femme. Encore ne fut-elle à charge à personne, la chère amie! J'en veux pouvoir dire autant. Je ne suis pas à plaindre. Je meurs dans mon lit et ne fais point tort à l'hospice des vêlements