‹ Philémon, vieux de la vieilleChapitre 166 sur 175 · Colomès avait lu Swift · texte numérisé non relu

Colomès avait lu Swift

dans lesquels je me consumerai. J'ai l'aumône en horreur; je n'entrerai pas en même temps dans la mort et dans V Assistance publique : deux néants. Enfin, j'échappe au danger de recevoir à mon chevet de moribond, comme notre pauvre Vermorel, comme Rossel et comme tant d'autres! la visite du prêtre envoyé par ma famille pour me faire encore endêver. J'ai toujours vécu proprement, je n'ai aucun linge sale à laver en confession.

Je ne dois rien. Deux petites boîtes que l'on trouvera dans l'armoire à glace, contiennent l'argent de mon terme et de mes obsèques. Sur l'une est écrit : Loyer; sur l'autre : Incinération. J'exige le corbillard des pauvres. Ce n'est point, comme votre Hugo, par affectation : j'y ai réellement droit aujourd'hui.

A vous, mon ami, qui peut-être, un jour, ferez rendre justice aux hommes dont j'ai partagé la vie, les doctrines et le malheur, je lègue, en souvenir d'eux et de moi, le portrait d'Eugène Varlin, ce juste et ce martyr. Tenez-vous quelquefois debout devant lui, car on ne s'agenouille pas, chez nous, devant les icônes.

Si la concierge consent à se charger de Vif- Argent, dont je laisse ce soir la cage dehors, je le lui donne. Sinon, je vous serai obligé d'en prendre soin. Pourquoi ne pas plutôt l'emmener avec moi ou lui rendre la liberté? Parce que Phonsine consultée en eût décidé autrement. Il y a des concessions que Philémon peut faire sans se parjurer.

Si vous jugez devoir annoncer mon décès dans les journaux auxquels vous collaborez, que ce soit, je vous prie, en ces simples termes :

« Le citoyen Etienne Colomès, qui joua un rôle dans la Commune, vient de mourir à l'âge de soixante-seize ans. Ouvrier bijoutier, il avait commandé le Fort de Vanves. »

Soyez heureux. Méritez la femme qui vous aime et n'éprouvez jamais la douleur de perdre vos enfants par désertion.

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