Henri Brissac, mort à Paris en
relever tous les quatre jours... ; mais on les oublie la plupart du temps... Alors, il faut les retenir de force. » Ce n'était que trop vrai. Je m'en aperçus dès le lendemain. L'ennemi nous harcelait, et nos vingt-quatre canons ne répondaient pas ou répondaient mal, faute de pointeurs et de servants en nombre suffisant. Heureusement pour moi, je ne restai que quatre jours au fort de Vanves. Le 7 mai, on m'envoya pour successeur Durassier, qui devait être mortellement blessé au pied, en repoussant une attaque. Quant à moi, j'en avais été quitte pour recevoir le baptême du feu... avec tout ce qu'un baptême comporte de dragées! Jusqu'au 21 mai, je me reposai. Lorsque (il prononçait lorseque) le misérable Ducatel eut livré Paris aux Versaillais, je repris ma place dans le rang. Phonsine écoutait son mari, en tournant autour de nous. A la façon dont elle rétrécit le cercle, je compris que le moment de son entrée en scène approchait et je pressai le narrateur.
« Parlez-moi de Mme Colomès.
— Avec plaisir. Ça nous conduit à mercredi... »
Le père Colomès garde de cette époque un souvenir si
dévorant, qu'il parle toujours de la Semaine sanglante
comme il ferait de la dernière semaine écoulée. Sa mémoire
a engrangé en huit jours de quoi nourrir toute une vie.
Il reprit : « La veille, j'avais été séparé de Varlin au carrefour de la Croix-Rouge, où nous fîmes une belle résistance. Je ne pensais pas le voir là pour la dernière fois... J'étais harassé. Depuis le dimanche soir, je n'avais pas pris une heure de repos. On respirait du feu. Les incendies, autant que le soleil, élevaient la température. Les Tuileries, la Légion d'honneur, la Cour des Comptes, le Conseil d'Etat, étaient la proie des flammes. Des papiers noircis voltigeaient en flocons sur Paris. L'Hôtel de Ville, à son tour, brûlait, quand j'y arrivai, cherchant toujours Varlin. On me dit que je le trouverais peut-être à la mairie du XIe; je m'y rendis, mais là encore pas de Varlin, parmi les membres de la Commune qui délibéraient autour de Delescluze agonisant, debout,