‹ Philémon, vieux de la vieilleChapitre 81 sur 175 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

casion de quelques escapades, c'est entendu! On n'avait pas fait vœu de tempérance ni de chasteté. Après les privations et les dangers du siège, on se reprenait, nous aussi, à la vie... Mais qui donc donna alors les plus tristes exemples ? La classe ouvrière? Non. Ce fut la bohème de l'opposition à l'Empire, glorieuse de petits procès, la jeunesse bourgeoise, soi-disant révolutionnaire, qui frétillait à la préfecture de police, dans les délégations, les états-majors, la presse, les brasseries et les petits théâtres. Voilà la honte de la Commune! Ces fils de Marius, mari de Cosette et gendre de Jean Valjean..., le sympathique trio des Misérables... , ne moururent pas, eux non plus, sur les barricades. Nous avons retrouvé leur ivraie, mêlée au bon grain de la proscription, à Genève, à Londres, à Bruxelles..., partout! C'était elle qui, à Genève, tandis que nous nous serrions le ventre, godaillait aux Charmettes, où elle formait l'escadron volant de Nina de Villard, après avoir été celui de Raoul Rigault!

— Et c'est elle, à présent, pourvue, rangée, radicale, qui préside aux destinées de la République et la représente... pas seulement à Rome! conclut Albert Malavaux. Elle a des enfants... mais ceux-là, n'ayant plus besoin du peuple pour parvenir, ne nous proposent pas leur funeste concours, et, d'autre part, le prolétariat, suffisamment averti, bannit de ses conseils syndicaux ces éléments de trouble et de corruption : avocats sans cause, médecins sans clientèle, professeurs, étudiants, journalistes, loups, renards et chiens, que les classes dirigeantes ont, à toutes les époques, introduits dans le parc pour y faire la police ou pour y décimer le troupeau. Ce n'est pas vous, monsieur Colomès, qui nous blâmerez de regarder ces intellectuels comme incompétents dans nos revendications économiques et corporatives.

— N'allez pas vous formaliser de ce qu'il dit, au moins, murmura Phonsine à mon oreille.

— N'ayez crainte. Je suis trop convaincu qu'il a raison. Le peuple ne peut que gagner à faire enfin lui-même ses affaires, répondis-je.

— Et puis, on a assez parlé politique, hein? reprit Mmc Colonies, préoccupée pour son compte de l'effet à produire.

Et sur la table, entre le gruyère et les quatre mendiants, elle posa religieusement le gâteau de riz, son gâteau de riz, ferme, doré, sans coup de feu, sans lézardes, et tel que l'eau en venait à la bouche.

— Ah! il est réussi! s'écria Mme Charpin. Gerberoy : — La patronne s'est distinguée! Fournery : — C'est dommage d'y toucher! Mme Charpin : — Qu'est-ce que vous voulez qu'on en fasse?

Une pelote à cure-dents?

— A Genève, dit Colomès, c'était notre régal, une fois par mois. Nous appelions ça dîner en France...

Et chacun de faire honneur à l'entremets.

« Il ne faut pas qu'il en reste, » avait dit Phonsine.

Il n'en resta pas. Puis on attaqua le fromage et les mendiants, figues et raisins, qui avaient l'air de fruits fossiles. Et Fournery put enfin allumer sa pipe. La fumée sortait de sa barbe comme d'un chaume et allait se perdre dans le ciel de la suspension. Gerberoy roula une cigarette et tendit son paquet de caporal à Albert. Mais celui-ci fit signe qu'il n'en usait pas.

— Trop de vertus, jeune homme! dit l'autre. Tu ne fumes pas, tu bois de l'eau rougie; je parie qu'un petit verre te fait peur.

— Oui... pour les autres! répondit Malavaux le Jeune. Sans l'alcoolisme, la question sociale serait aux trois quarts résolue.

Gerberoy répliqua : — Sans question sociale à résoudre... qui sait si l'alcoolisme existerait?

— Ah! vous n'allez pas recommencer, gourmanda Phonsine, pour qui le dessert était un domaine privé. Allons, ajouta-t-elle en s'asseyant enfin, après avoir servi le café, si vous n'avez pas mal dîné, faites à votre tour plaisir à la cuisinière. Qui demande la parole?

Ils savaient tous à quoi les engageait l'invitation, et, le

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