‹ Philémon, vieux de la vieilleChapitre 86 sur 175 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

notoire, sinon affichée, avec Malon. Plus âgée que lui d'une douzaine d'années (elle avait dépassé la quarantaine), elle était veuve et empruntait à ses deux fils, André et Léo, leurs prénoms, pour signer des romans préférables aux peintures sur porcelaine de George Sand, socialiste à ses moments perdus. Rossel lui témoignait son estime en l'appelant « le citoyen André Léo ».

J'interromps Colomès pour compléter ces renseignements.

— Elle s'appelait en réalité Léodile Champseix, ayant épousé précédemment, à Lausanne, Grégoire Champseix , collaborateur de Pierre Leroux à la Revue Sociale, puis, rédacteur en chef du Peuple, de Limoges, et banni de France après le coup d'Etat. Il la laissa veuve à trente ans. C'était une femme remarquable. Je raconterai un jour son histoire, qui n'est point à l'avantage de Malon1. Continuez, monsieur Colomès.

« André Léo et Paule Mink, physiquement, ne se ressemblaient pas. La première avait encore, comme on dit, de beaux restes; l'autre était petite, menue, sèche. Elle avait la peau brune, le front carré, le nez long et renflé du bout. Fille d'un réfugié polonais, elle n'était guère connue que des habitués des réunions publiques et avait fait son apprentissage de conférencière au Vaux-Hall, vers la fin de l'Empire. Elle et Mme André Léo ne jouèrent, pendant la Commune, qu'un rôle effacé. Si elles s'exilèrent, ce fut surtout probablement afin de suivre, l'une Benoît Malon, et l'autre le peintre Noro.

« Le Congrès s'ouvrit le 25 septembre, sous la présidence du chef des radicaux vaudois Eytel, dans la grande salle du Casino, décorée, pour la circonstance, de lierre, de laurier et de drapeaux divers que les Amis de la Paix se proposaient de laver en famille. Ça commença par une diatribe de Charles Lemonnier, le Saint-Simonien, contre l'Internationale. Il était assez incongru de choisir, pour la vilipender, le mo-

1. André Léo est morte à Saint-Maurice (Seine) le 20 mai 1900. Ses papiers m'ont été confiés par son exécuteur testamentaire et ami, l'historien Paul Lacombe, décédé le 2 juillet 1919.

ment où le projet Dufaure condamnait à l'emprisonnement, privait de ses droits civiques et soumettait à la surveillance de la haute police pendant cinq ans, tout individu affilié à la terrible association. Un de ses fondateurs, Fribourg, la défendit et demanda même à la Ligue de blâmer les mesures réclamées par le garde des sceaux de France.

« C'était trop attendre des Amis de la Paix et des Lois, on le vit bien, le jour suivant, lorsque Paule Mink voulut faire reconnaître le droit des travailleurs à s'associer librement. L'assemblée, consultée, leur accorda d'exercer ce droit, mais par les voies légales seulement.

« Paule Mink n'eut pas plus de succès en invitant la Ligue à flétrir les massacres perpétrés dans Paris, au mois de mai, par les troupes versaillaises.

« ... Les massacres dont Paris a été le théâtre, sous quelque drapeau qu'ils aient été commis », rectifia Joseph Prudhomme à la recherche de la paix sociale.

« L'apparition à la tribune du père Gaillard, crête de rouge comme un coq de combat, souleva une réprobation que le hérissement et les coups de bec de notre ami redoublèrent. Après lui, Mme André Léo, qui n'avait pas le don de la parole, peignit au vil dans le discours qu'elle lut, les atrocités de la guerre civile. Elle eut raison de laver la Commune du meurtre des otages, exécutés le 23 mai, quand le pouvoir communal n'existait plus; mais elle eut tort de stigmatiser Raoul Rigault qui était mort, et Théophile Ferré, qui allait mourir. Nous le lui fîmes sentir; aussitôt, une contre-manifestation se produisit, aux cris de : « A Cayenne! A bas le « pétrole I Au bagne les assassins de Chaudey ! »

« Il faut vous dire que Gustave Chaudey, un des promoteurs de la Ligue, y comptait beaucoup d'amis. Aux Vaudois, d'autre part, il était également sympathique, depuis qu'il leur avait promis, dans son enthousiasme pour leur constitution, d'en doter la France. En vain, Louis Marchand fit observer, encore une fois, que la Commune était dissoute, lorsque Chaudey avait été fusillé; sous les huées le prési-

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