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tout les bons résultats de leurs découvertes. Ce triple témoignage ne trouva pas d’incrédules et Wright put se faire suivre d'autant d'hommes qu'il le désirait pour aller coloniser ce coin obscur de l'Outaouais.
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Wright laisse Woburn avec plusieurs familles.—Difficultés du trajet le long de l’Outaouais.—Rencontre imprévue d’un sauvage.— 1l devient le guide de l’expédition.—Arrivée à Huil.
Wright se mit dès lors activement à l’œuvre pour or. ganiser sa nouvelle expédition dont toutes les autres n’étaient que les préludes. Il s’assura des services de vingtcinq hommes, se munit d'instruments de toutes sortes et de vivres en grande quantité.
Le ? février 1800, il laissa Woburn avec cinq familles, sept sleighs, quatorze chevaux, huit bœufs, et arriva le 10 à Montréal. Puis, cette caravane d’un nouveau genre se mit en route en longeant la rive nord de l'Outaouais. Jusqu'au Long-Sault, on parcourut quinze milles par jour, et le soir on hébergeait chez les cultivateurs canadiens, dont l’hospitalité est proverbiale.
Il n’y avait aucune habitation au pied de ces rapides et les courageux pionniers avec leurs familles durent camper la nuit à la belle étoile. Une épaisse couche de neige était enlevée, des branches d’arbres coupées pour ailumer le feu du bivouac, les femmes etles enfants re posaient dans les sleighs et les hommes se groupaient, munis de couvertes, à l’entour de la flamme crépitante. On se protégeait ainsi du mieux possible contre la froidure. À l’aube, ces trente personnes se rémirent en marche ‘‘ d’un pas tranquille et lent ” ; car il fallut trois
jours pour se rendre en haut du Long-Sault. Les voya-
geurs avaient atteint l'extrême confin de la civilisation. Comme il n’y avait plus le moindre sentier, ils durent souvent trouer, avec la hache, les épais massifs d'arbres pour se frayer un passage, qui s’opérait avec beaucoup de lenteur.
À Grenville, les voyageurs continuèrent leur trajet sur la rivière congelée. Mais leur guide ignorait com-. plètement si la route présentait des dangers, et pour éviter tout accident, ils crurent devoir s’avancer lentement en sondant avec la hache la glace dérobée sous une épaisse neige. Dèsle premier jour, ils firent rencontre d’un sauvage et d’une squaw qui avait un petitenfant. Ceux-ci furent tout ébahis de voir ces faces pâles, ne pouvant imaginer par la vertu de quel manitou, ils étaient dans ce désert. Tout ce qui appartenait aux voyageurs les frappa d’admiration et d’étonnement. On ne put se comprendre, cependant, on vit le sauvage ordonner à sa femme de s'en aller dans le bois, tandis qu’il se mettait à la tête de l'expédition, tout comme si cela eut été convenu de part et d'autre. On n'aurait pu choisir un meilleur conduc. teur, car le sauvage ne s’écarte jamais, que ce soit à travers la forêt ou au milieu des vastes prairies de l'Ouest. Le soleil, la lune et les étoiles sont pour lui sa boussole comme l’est l'aiguille aimantée pour le marin. Il observe tout, prend mille précautions et par une espèce d’instinct prodigieux, il atteint toujours sûrementsa destination. [1 lui suffit d'avoir passé par un endroit pour qu'il n’en perde jamais le souvenir.
Le soir, on dut laisser les voitures sur la glace, gravir un banc de neige très élevé, afin de faire du feu dans le bois, préparer le souper, puis se reposer autour de l’âtre
pétillant, n'ayant pour tout abri que les branches dénudées des arbres et la voute étoilée. Aux premières lueurs du jour, les voyageurs prirent hâtivement leur déjeuner et se remirenten marche. Le sauvage prit d’abondantes libations d’eau de feu et continua avec la meilleure volonté possible le service d’éclaireur.
Il ne fallut pas moins de six jours pour franchir soixante-quatre milles, tant la neige était épaisse. Le sept mars, les voyageurs arrivèrent sains et saufs au township de Hull. Le peau rouge leur aida à s’y installer pour la première nuit, puis repartt le lendemain pouraller joindre sa femme et son enfant, alors à une grande distance. On le récompensa de ses services par des présents auxquels il attachaït un grand prix. Un triple hourra salua le départ de l'enfant des bois.
A l’œuvre.—Erection de plusieurs maisons.—Défiance des sauvages
à l'égard de la nouvelle colonie—Longs pourparlers concernant leurs droits.—Voyage de Wright à Montréal à ce sujet.—Les sauvages lui confèrent le titre de capitaine.
Tout était à créer dans l'endroit désert choisi par notre courageux pionnier. Il n’y avait pas la moindre hutte pour l’y recevoir avec ses compagnons. De partout où le regard pouvait s'étendre, on n’apercevait aucun indice de civilisation. Le bruit solennel des chutes de la Chaudière (1), le murmure du vent, le concert
(1) Champlain voulut en 1613 monter le cours de l'Outaouais pour aller à la découverte de ce qu'il appelait la mer du nord; voici les dé- ! tails qu’il nous donne sur cette chute tant admirée des touristes: | ‘“ Nous passûmes un saut qui est large de demie lieue et descend
: des oiseaux dans la ramée, et le cri des bêtes fauves ç troublaient seuls jusqu'ici l'écho sauvage de ces lieux. Comme autrefois Champlain fondant Québec, Wright
| de 6 à 7 brasses de haut, Il y a quantité de petites isles qui ne sont que rochers aspres et difficiles, couverts de meschans petits bois. | L'eau tombe à un endroit de telle impétuosité sur un rocher, qu'il À s’y est cavé par succession du temps un large et profond bassin: si l bien que l’eau courant là dedans circulairement, et au milieu y fai-, sant des gros bouilions, a fait que les sauvages l'appellent Asticou qui veut dire chaudière. (este cheutte d’eau meine un tel bruit dans) ce bassin, que l’on l'entend de plus dedeux lieuës. Nous eusmes beaucoup de peine à monter contre un grand courant, à force de rames, pour parvenir au pied du dit sault, où les Sauvages prirent les canaux, et nos françois et moy, nos armes, vivres et autres commoditez pour passer par l’aspreté des rochers environ un quart de lieuë que contient le sault | | «“ En continuant notre chemin, nous parvinmes au sault de la Chaudière, où les sauvages firent la cérémonie accoustumée, qui est 3 telle. Après avoir porté ieurs canaux au bas du sault, ils s’assemblent È en un lieu, où un d’entre eux avec un plat de bois, va faire la queste Ê et chacun d'eux met dans ce plat un morceau de petun. La queste | faite, le platest mis au milieu de la troupe, et tous dancent à l’en- R tour en chantant à leur mode : puis un des capitaines fait une haran- | gue, remonstrant que dès longtemps ils ont accoustumé de faire À telle offrande et que par ce moyen ils sont garantis de leurs ennemis: qu’autrement il leur arriverait du malheur, ainsi que leur persuade . le diable ; et vivent en cette superstition comme en plusieurs autres. Cela fait, le harangueur prend le plat et va jetter le petun au milieu : de la chaudière, et font un grand cry tous ensemble. Ces pauvres gens sont si superstitieux qu'ils ne croiroient pas faire bon voyage, s'ils n'avaient fait ceste cérémonie en ce lieu, d'autant que leurs ennemis les attendent à ce passage, n’osant pas aller plus avant, à cause des mauvais chemins, et les surprennent là : ce qu'ils ont quelquefois fait—Quairième voyage du Sieur de Champlain, appendice, pages 23,46 et 47.
mit ses honimes de suite à l'ouvrage. Armés bravement de la cognée, sous leurs coups redoublés, les arbres séculaires de la forêt s'affaissèront avec un bruit rauque sur le sol qui les avait nourris. Les premiers tombés furent grossièrement équarris, puis superposés, afin de construire de suite une maison. Ce gîte ne pouvait suflire, aussi, on continua de débroussailler les alentours et abattre de nouveaux bois afin d'élever quelques demetres pour la petite colonie.
Ges premiers travaux comimnençaient, lorsque survinrent des chefs des sauvages du Lac des Deux Montagnes. Ceux-ci regardèrent avec beaucoup de surprise les instruments des colons et tout ce qu'ils possédaient. Ils s’amusaient beaucoup à frapper avec leurs pesantes haches les rois de la forêt qui, oscillant sur leur base, se séparaient ensuite avec des craquements effroyables, arrachant sur leur passage les branches des arbres voisins et allant rouler sur le sol ébranlé par leur chute. Tout fiers de leurs succès, ils criaient, sautaient, s'éhaudissalent de mille manières. |
On leur donna un peu d'eau-de-vie et 1ls retournèrent fort contents au lieu où ils fesaient du sucre d'érable. Durant dix jours, 1ls passerent à Hull, recevant souvent quelques légers présents, et donnant en retour du sucre, de la venaison, etc.
Ces chefs ne pouvaient voir sans défiance l'homme civilisé planter sa tente dans ce domaine, où les peaux rouges erraient seuls jusqu'ici en dépistant et traquant les animaux sauvages. Par l'entremise d’un interprète anglais, George Brown, marié à une indigène, ils demandèrent à Wright, en vertu de quels pouvoirs il s'emparait de leurs terres et coupait leur bois, comme en 1535
le chef des Gaspésiens demandait à Jacques-Cartier, de quel droit il avait érigé une croix en l'honneur du roi de France, dans Ja baie de Gaspé.
Wright répliqua,—pour parler leur langage,—qu'il tenait ses pouvoirs du Grand Père (1) qui demeure de l’autre côté des grands lacs et de Sir John Johnson, surintendant des affaires indiennes et chargé de leur distribuer leurs présents annuels.
Les indigènes ne pouvaient s'imaginer que leur Grand Père ou quelque autre personne demeurant à Québec, pût permettre de couper leurs bois, défricher leurs terres, détruire leurs sucreries et leur gibier, sans consulter ceux qui en avaient la possession de temps immémorial.
Wright leur assura de nouveau que Sir John Johnson lui avait donné des titres incontestables au canton de ilull. Afin de les intimider ou de se faire respecter, il les avertit que le surintendant des sauvages lui avait promis de l’indemniser au moyen de leurs présents annuels, s’il leur arrivait de se porter à quelque voie de fait sur lui ou ses propriétés.
Les sauvages étaient loin d'être convaincus. Ils sen taient que la civilisation les refoulerait forcément devant elle et que le gibier, leur principal moyen de subsistance, s’enfuirait au loin à l'approche d’ennemis sans cesse aux aguets. Aussi, ils exprimaient hautement leurs craintes dans un langage, digne des paroles que Fenimore Cooper zrête à son fameux Bas-de-Cuir. Et à leur point de vue, ils avaient raison. |
Wright protesta de ses bonnes intentions à leur égard. Son but n'était pas de chasser ou pècher, mais d'exploiter
(1) Ils désignent ainsi le roi,
ses terres et utiliser les sucreries qui lui appartenaient. De plus, l'établissement et les moulins qu’il ferait élever leur seraient des plus avantageux, car ils pourraient s'y approvisionner de vivres et ne seraient pas obligés de se rendre à Montréal, en s’exposant aux dangers d’un long trajet.
Les sauvages ne démordaient pas. A les cntendre, c’é-
tait toujours avec des paroles mielleuses que les blancs parvenaient à les chasser. On leur assure d'abord, que les colons n'ont d'autre but que de défricher la terre et qu'ils protègeront leurs endroits de chasse et de pêche.
—Mais nous savons, dirent-ils, que vous avez de la poudre, des fusils et pourquoi ?
—Tous les colons, répondit notre interlocuteur, au milieu desquels nous avons demeuré, ont constamment des armes à feu afin de se protéger. Sans cela, comment pourraient-ils détruire les renards affriandés des oiseaux de basse-cour, les écureuils qui mangent notre grain dans les champs, les ours qui écorchent nos porcs et nos veaux, ainsi que les loups qui dévorent nos moutons.
—Fort bien, dirent les sauvages, mais vous tiendrezvous bien dans cette réserve ? C'est douteux. Vous ferez comme les autres blancs. Et avec vos fusils vous détruirez notre Castor, nos daims, nos ours, nos caribous et nos orignaux. Vous ne serez peut-être pas toujours satisfaits du rendement de vos terres et il vous arrivera d'’aller pourchasser au loin notre gibier. Puis, si nous nous avisons de faire des représailles, en s'emparant de vos moutons et autres animaux, alors naïîitront d’interminables différends. Vous dites que notre Giand Père a fait fonder cet établissement dans notre interêt, mais
ous craignons bien qu'il n'ait ainsi préparé notre ruine.
Pour mieux les convaincre de ses bonnes dispositions, Wright affirma qu'il avait reçu instruction formelle de les bien traiter et qu'il saurait s’y conformer. Comme preuve, il offrit de leur payer comptant et à un prix satisfaisant les instruments pour faire le sucre dont ils voudraient se dessaisir.
Les sauvages goutèrent la proposition et une somme d'un peu moins de vingt piastres leur fut payée. Ils firent remarquer que Wright leur semblait honnête et qu'ils sauraient reconnaitre ses bons procédés. Finalement, ils déclarèrent vouloir abandonner leurs réclama-
tions si Wright leur donnait trente piastres. La demande n'était pas exorbitante. Mais Wright refusa de ne rien payer, avant la production de leurs titres à ces propriétés.
Les indigènes ripostèrent que ce n’était pas leur maniere ordinaire d'agir, Car, ils n’ont fait aucun arrangement sur papier avec leur Grand Père, ils tiennent leurs droits de leurs ancètres et 1:s n'ont jamais été contestés. Ainsi, ils ont loué dernièrement plusieurs iles de l'Ontaouais, particulièrement l'ile Studders, située dans le rapide du Long-Sault, après avoir passé les baux devant M. Pierre Lukin, notaire.
— D’après mes renseignements obtenus de Québec, vous n'avez, leur dit Wright, aucun droit positif à ces terres. Si vous en avez loué, vous aviez tort, car vous recevez des présents annuels à la condition que vous vous désistiez de vos réclamations sur ce domaine.
Le cas échéant, la chose parut bien dure aux sauva.
ges, car ils dirent ne recevoir que des présents insigni-
fiants. Toutefois, ils convinrentde soumettre la difficulté à leurs supérieurs, afin de connaître la véritable nature de leurs droits. Et il fut décidé 5e Wright partirait à la prochaine lune,—comme les anciens, les sauvages comptent plutôt par les nuits que par les Jours, —pour se rendre à Montréal et exposer le différend à Sir John Johnson, à M. Lee, commissaire du département indien età M. Lukin. Leur décision devait être péremptoire. C'est ce que fit Wright. Sir John Johnson (1), et M. Lee répliquèrent que les sauvages n'avaient aucun droit de le déposséder de ses terres et que leurs présents annuels leur étaient distribués comme paiement de leurs réclamations. M. Lukin avoua qu'il avait bien passé les baux en faveur de M. Studders, mais que sa fonction de notaire ne l’obligeait pas de s’enquérir de la validité des titres de propriétés en question. Il avait servi d’instrument
aux parties contractantes et c'étéittout.
Wright retourna à Hull fort satisfait et fit part aux sauvages de cette décision. Il leur dit que leur Grand Père leur ordonnait de le traiter en frère et de ne le molester d'aucune manière et qu'ils ne devaient pas louer de ter:res ou îles, à moins de s’exposer à ‘aire confisquer leurs présents annuels.
(1) Sir Johxu Johnson avaitremplace son père Sir William Johnson en 1774, comme surintendant des sauvages. Il avait su gagner Ja confiance des tribus indiennes et, lors de sa mort au commencement de janvier 1830, un grand nombre de sauvages se rendirent à Montréal pour assister à ses funérailles qui eurent lieu dans l’église anglieane, Un chef sauvage fit même :’éloge du défunt en iroquois. À St. Régis, les sauvages, en apprenant sa mort, parcoururent le village en poussant des cris funèbres ettoute la population les suivait à pas posés donnant les signes de la plus profonde douleur,
On conçoit que les sauvages ne furent guère contentsde | ce résultat. Ils l’acceptèrent en maugréant, disant que leur position était loin d'être aussi avantageuse qu’ils le croyaient. Cependant, comme Wright leur plaisait par | sa franchise et semblait mériter leur respect. ils convin- rent de le nommer capitaine et de faire décider par les | chefs réunis les différends qui pourraient surgir. C'était le plus grand honneur que les sauvages pussent ! conférer à un étranger. On mit à décerner cette distinc- ‘ tion tout le cérémonial particulier aux peaux-rouges. ‘ L'élu et les autres chefs dinèrent ensemble, s’embrassè- : rent avec effusion, enterrèrent une hache et firent d’autres cérémonies qu'il serait oiseux de rappeler. Jamais, depuis, leurs rapports ne furent troublés après avoir été ainsi cimentés. Plusieurs fois ils se réunirent dans l’un ou l’autre des deux villages et toutes les matières en litige furent toujours résolues avec la meilleure entente possible, sans que jamais il fut nécessaire d’en appeler aux tribunaux. Aussi, Wright a déclaré que durant vingt ans, il n’a pas été en relation avec des gens d’une honnêteté aussi scrupuleuse. C’est un bel éluge que des :. hommes plus policés sont loin de toujours mériter.
Les travaux du défrichement.—Voyages à Montréal et au Massachu-
setts.—L'arpentage du canton de Hull.—Octroi de terres.—Récolte abondante en 1801.—Nouveaux colons.—Erection de plusieurs moulins.
Ce différend avec les sauvages étant définitivement réglé, Wright se mit à l’œuvre avec une nouvelle ardeur. Les travaux d’abattage se poursuivirent activement, et
plusieurs maisons et dépendances s'élevèrent au miliev des éclaircies de la forêt vierge.
Notre pionnier avait fait engranger beaucoup de foin et de grain, destinés surtout à ses animaux. Mais il fut surpris de les voir se répandre dans les bois environnants et brouter les branches d'arbres bourgeonnant, les broussailles ou certaines plantes s'élevant à travers la neige. Les animaux se contentèrent de cette pâture jusqu’au printemps et ils étaient alors en bonne condition. Cela épargna le grain dont les bûcherons firent en revanche leur profil.
Wright fut fort surpris de voir les flocons de neige disparaître si vite au printemps et la vie engourdie du monde végétal se réveiller rapidement sous les chauds ravons du soleil. Le sol n'était pas gelé, ce qui est tout le contraire dans le Massachuset!s, où la terre estglacée au printemps, de trois ou quatre pielsde profondeur. Aussi, la végétation est moins prompte qu'ailleurs. Wright et ses compagnons augurèrent favorablement du prompt réveil de la nature et plus que jamais ils eurent confiance dans le succès de leur entreprise.
Ceux-ci continuèrent à bâtir, défricher et semer depuis le mois de mars jusqu’en août sur la terre de la Gatineau. Mais les vivres commencèrent bientôt à manquer et il fallut se rendre à Montréal pour les remplacer, jusqu’à ce qu'on put utiliser la récolte de l’année.
Cet inconvénient retarda en quelque sorte les progrès de la colonie. Car, il fallait franchir cent v'ngts milles pour se rendre à Montréal. De plus, les communications par eau étaient extrêmement difficiles. On n'avait pas encore construit sur la rive nord de l'Outaouais les canaux de Grenville, de la Chute à Blondeau et de Carii-
lon, dont le premier, commencé en 1819 par les Ingénieurs Royaux, et les autres, quelques années plus tard, ne furent ouverts à la navigation que le 24 avril 1834 (1). I n’y avaitrien de fait pour tourner les rapides du Long-Sault. Le passage à travers cette voie dangereuse était parfaitement inconnu des employés de Wright. Les voyageurs qui pouvaient monter ou descendre habilement ces rapides ne demandaient pas moins de trois piastres par jour pour leurs services, Au milisu d’un courant rapide se dressaient des rochers menaçants, le chenal faisait coude et il fallait longer le rivage autant que possible afin d’avoir le secours de câbles que l’on y tendaïit. (1)
(1) Le canal Grenville fut terminé en 1829, celui de la Chute à Blondeau en 1832, et celui de Carillon en 1833. Le vapeur S{. Andrew y passa le premier, le 24 avril 1834, avec deux barges à sa remorque. Ces canaux furent construits parle Royal Staff Corps, aux frais du gouvernement impérial, puis furent transférés au gouvernement provincial en 1855, Lebrun (Tableau polilique et slalistique des deux Canadas\ dit qu'on a employé des canadiens pour l’abbatis et l'équarrissage des bois, de préférence aux irlandais qui ont fait les travaux de terrassement. Les premiers ont recu par jour deux chelins, une demiration comprenant | livre de pain, | livre de viande et un peu de rhum.
(1) Champlain qui a failli perdre la vie dans les rapides du Long- Sault nous en a laissé la description suivante: ‘Le dernier may nous passämes un sault qui est appelé de ceux du païs Quen chouan, qui est rempiy de pierres et rochers, où l’eau y court de grande
vitesse: et nous fallut mettre en l’eau et trainer nos canots bord à bord de terreavec une corde, À demie lieue de là nous en passâmes un autre petit à force d’avirons, ce qui ne se fait sanssuer, et y a une grande dextérité à passer ces saults pour éviter les bouillons et brisans qui les traversent : ce que les sauvages font d’une telle adresse, qu’il
Wright continua ses travaux de défrichement durant l'année 1800. Il récolta entre autres pas moins de mille minots de patates ; il les déposa sous terre, mais le caveau ayant été fait dans un endroit trop chaud et peu ventilé, toutes pourrirent. [l sema environ 70 minots de blé d'automne sur 70 acres de terre et prépara 30 acres pour y semer du blé de printemps et des pois. Wright dut se rendre de nouveau à Montréal pour s’y approvisionner de vivres. Ses ordres furent suivis à la lettre et tout alla bien durant son absence.
Notre héros retourna à Woburn en 1801. Suivant sa promesse, il ramena au Massachusetts ses bûcherons américains et leur paya leurs gages. Maïs la plupart revinrent à Hull durant l'hiver. Leur chef leur céda des terres dans ce canton qu'ils préféraient à celles du Massachusetts.
Wright récolta au printemps cent acres du meilleur blé qu’il eût jamais recueilli. Il construisit immédiatement une grande grange, de soixante-quinze pieds sur trente-six, et insuffisante cependant pour contenir l’abondante moisson de trois mille minots de bié. Un seul acre produisit quarante minots.
Le deux de juillet, 11 commença avec dix hommes l’arpentage et la subdivision du township de Hull qui furent
est impossible de plus, cherchans les détours et lieux plus aysés qu'ils cognoissent à l'œil.
« Le samedi, ler. de Juin, nous passâmes encor deux autres saults : le premier contenant demie lieuë de long et le second une lieuë, où nous eusmes bien de la peine: car la rapidité du courant est si crande, qu'elle fait un bruit effroyable, et descendant de dégré en dégré, fait une écume si blanche partout, que l’eau ne parait aucunement. Ce sault est parsemé de rochers et quelques isles qui sont ca
terminés le neuf octobre. Ce canton (1) était vaste et contenait 82,429 acres ; 377 poteaux furent plantés pour en indiquer la délimitation.
L’arpentage de ce canton offrait des difficultés, vu que la rivière sinueuse de la Gatineau le craverse dans une direction angulaire. Il ne coûta pas moins de neuf cents louis.
Cet arpentage fut effectué en vertu d’un mandat émis par le gouvernement, le 25 mars 1800, en faveur de Philemon Wright, de deux de ses fils et sept associés, qui obtinrent un octroi de 13,700 acres par lettres patentes, le 3 janvier 1806, de l’hon. T. Dunn, alors administrateur de la province. Ge magnifique octroi embrassuit tout Le front du township, les rangs 1, 2, 3, et parties des
et là, souvertes de pins et cèdres blancs. Ce fut 1â ou nous eusmes
de la peine : car ne pouvans porter nos canots par terre à cause de
l'épaisseur du bois, il nous les fallait tirer dans l’eau avec des
cordes et en tirant ie mien, je me pensay perdre, à cause qu'il tra-
versa dans un ds bouillons ; et si je ne fusse tombé favorablement
entre deux rochers, le canot m'entraisnoit, d'autant que je ne peus
d’effaire assez à temps la corde qui estoit entortillée à l’entour de ma
main, qui me l’offença fort et me la pensa coupper. En ce danger, je : m'écriay à Dieu et commençay à tirer mon canot, qui me fut renvoyé
par le remouil de l’eau qui se fait en ses saults : et iors estant échappé
je loüay Dieu, le priant nous préserver La Divine Bonté nous preserva tous. "—Qualrième voyage du Sirur de Champlain, appendice,
pages !9 et 20.
(1) Il a seize rangs de hauteur et renferme aujourd’hui plusieurs paroisses bien peuplées, La population totale ‘le ce canton était en 1861 de 5,297 âmes, dont 1,413 canadiens français, mais elle est à présent beaucoup plus considérable, L'étendue des terrains possédés s'élevait à 51,102 acres, dont 14,174 étaient en état de culture, lesquels ont pro-
rangs 4, o et 6, avec des lots dans le 7ème rang, à tra. vers lequel coule la Gatineau.
Suivant la coutume d'alors, les associés transférèrent à leur chefla plus grande partie de leur terres, afin de l'’indemniser de ses dépenses encourues pour l’arpentage du township où pour l'obtention des lettres-patentes du gouverrement. Wrightdevint ainsi presque le seul propriétaire de ce beau domaine, qu’il sut exploiter avec tant d’activitéet d'intelligence.
L'arpentage de ce canton lui démontra combien son choix avait été judicieux. Situé à cent-vingts milles de Montréal et au centre d’une région fertile et immense, il ne pouvait manquer de prendre de l'importance. Plusieurs lacs et rivières l'arrosaient. Le sol était loin d'être toujours plan, des collines l’accidentaient et derrière, couraient des montagnes que les sauvages appelaient Perguatina. Mais les flancs de ces vallonsétaient ioin d’être impropres à la culture et surtout aux pâturages. Là ou le sol n'était pas ondulé, il semblait être en général d’une grande fécondité ; aussi, blé, orge, avoine, patates, etc., y vinrent plus tard en abondance. Les meilleures essences forestières couvraient la terre : le bouleau, le hêtre, l’érable, le pin, le cèdre y étendaient leurs longs rameaux ; on y remarquait un peu de chène et d'autres espèces. De plus, ce canton abondait en fer, en plombagine et en marbre, dont on a su tirer profit plus tard.
La récolte, à l'automne de 1801, fut extrèmement abon-
duit 21,186 minots de blé, 184,394 minots d’autres grains et 76,973 minots de patates et navets, forinant en 1860 un total de 182,158 minots et 4,334 tonneaux de foin.
dante. Elle dépassa les meilleures espérances de tous les colons, qui voyaient leurs labeurs si richement récompensés par la nature.
Fier de ce résultat, Wright fit annoncer que toute personne entendant la culture et désirant obtenir des terres, pourait s’en procurer, aux conditions les plus avantageuses. Il promettait de prêter aux nouveaux colons une certaine quantité de blé et autres grains, jusqu’à ce qu'ils pussent en moissonner assez pour rembourser ses avances. Des offres aussi libérales ne manquèrent pas d'encourager plusieurs personnes à s'établir dans le can. ton de Hull. Wright a rempli, par cet acte de générosité. une.partie du but que se proposent aujourd’hui les sociétés de colonisation.
Pour répondre à‘ 4 besoin urgent, le fondateur de Hull commença à construire plusieurs moulins à farine, car les plus rapprochés étaient à quatre-vingts milles. Et les frais de mouture égalaient ainsi ceux de la culture du grain. Un moulin à scie fut ensuit érigé ainsi que d’autres bâtisses dont le coût s'éleva à treize cents louis. Cent acres de terres furent défrichés et on ensemença la même étendue de graines fourragères pour y faire päturer les nombreux bestiaux de la colonie.
Le chanvre.—Essais de culture sous la domination française.—Succès de Wright.—Destruction de son moulin de chanvre. — Projet de Joseph Bouchette.—Corderies.—M, H. G. Jolv.
Il est certain que le sol canadien est d'une fertilité remarquable et il manque rarement de répondre au soin d’une culture intelligente. Ses qualités sont nombreuses
etil peut s'adapter à la production de plantes ou céréa: les d’une foule d'espèces.
L'une des cultures les plus productives pour le cultivateur canadien serait, sans contredit, celle du chanvre et du lin,s'il en comprenait mieux lutilité. Le lin, dont l'importance dans l'économie agricole est énorme; a été jusqu'ici préféré au chanvre, mais il n'est pas encore assez généralisé. Le chanvre devrait être lun de nos principaux articles d'exportation, surtout en Angleterre. Servant à faire les toiles et les cordages, il est indispensable à la marine anglaise, laquelle n'aurait pas été plus d'une fois à la merci de la Russie sous ce rapport, sion avait adopté un système plus effectif pour faire réussir la culture du chanvre en ce pays. Il pourrait être également d'un énorme avantage pour notre propre marine, qui, ne l’oublions pas, est assez Importante pour avoir le pas sur celle de maints grands états européens.
Les essais de culture remontent aux premières années de la domination française. Dès 1667, on s’efforçait ä en tirer profit et on espérait en recueillir non seulement pour les besoins du pays, mais même den exporter en France. En 1671, Talon annonçait à Colbert, avec une crande satisfaction, que la cultüre du chanvre était encouragée et réussissait à merveille. Elle fut négligée par la suite et il ne fallut rien moins que la capture du vaisseau français la Seine par une flottille anglaise en 1705, pour la faire revivre, car la colonie se trouvait sans toiles, par la perte de celles que la Seine apportait, et on commença à semer du chanvre et du lin,
afin de réparerles pertes que l’on avait subics. Ce noti« velessai réussit au-delà de toute espérance.
La culture du chanvre fut subséquemment abandonnée. Mais la société anglaise, pour l’encouragement des Arts et des Sciences, crut devoir, au commencement du siècle, favoriser l'exploitation de cette plante dans les colonies anglo-américaines, dont le sol et le climat sont, en général, favorables à sa culture, comme tous les pays du nord.
Wright, toujours prêt à faire de nouvelles expériences agricoles, et désireux de promouvoir l’industrie indigène, voulut aider cette association dans les nouveaux essais qu'elle allait faire en ce pays. |
C'était en 1802. Le commussaire J. W. Clarke lui envoya quantité de graines de chanvre qu'il sema : je rendement fut superbe. Il en envoya une botte au comité du chanvre, les tiges mesuraient quatorze pieds et étaient d'une forte texture. Wright récolta la plus grande partie du chanvre qui fut semé cette année dans la province. Il reçut du comité du chanvre et du Commandeur-en- Chef, un certificat de son succès, et il le transmit à la Société des Arts avec deux bottes de chanvre, ce qui lui valut une médaille d'argent.
Wright sema près de cent minots de graines de chanvre, qu'il vendit à Montréal, à un prix assez él-vé. Mais il fut obligé d'envoyer le chanvre lui même à Halifax, ne pouvant l’écouler dans la province. L'absence de marché, voilà ce qui a nui à Wright, comme à ses imitateurs. La préparation de ce produit était d’ailleurs fort dispendieuse. Les travailleurs ne voulaient pas teiller le chanvre à moins d’une piastre par jour ou d’un minot
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de blé. dans le township de Huil, et de plus, ils étaient rares.
Wright continua à semer du chanvre, mais seulement pour son usage privé. Il avait même érigé un moulin de chanvre, qui coûta trois cents louis ; malheureusement un incendie le consuma en même temps que deux autres moulins, et il en résulta une perte sèche de mille louis pour notre industrieux pionnier.
Une communication publiée dans un journal (1) du temps, démontre combien les avantages de la culture du chanvre étaient peu compris dans la province. L'auteur insistait sur l'importance d'une industrie, qui serait si utile à la métropole pour l'entretien de sa marine, dont les innombrables vaisseaux sillonnent les mers. Il suggérait même de payer quelques habitants dans chaque paroisse pour semer le chanvre et en enseigner la cul-
ture, afin de la populariser, et d'établir un marché pour acheter le produit brut ainsi qu’une corderie.
M. Joseph Bouchette, dans son remarquable ouvrage sur les colonies anglo-américaines (2), a parlé plus d’une fois en faveur de la culture du chanvre en ce pays. Il a rendu justice aux efforts faits par Wright et ceux qui Pont imité en nombre trop restreint.
M. Bouchette a donné la véritable raison de l’insuccès de la culture de chanvre, que le gouvernement avait pourtant encouragée par des primes, et en y ajoutant l’appât d'un bon prix pour chaque tonne de chanvre remplissant les conditions voulues. Cette plante fort
(1) Le Canadien, 9 Mai 1807.
(2) British Dominions of Norlh America.
bien adaptée au sol et au climat, ne trouvait pas de mar: ché comme produit brut. On ne pouvait la vendre que lorsqu'elle était manufacturée, mais comme les cultivateurs ignoraient les procédés de fabrication, 1l leur répugnait de produire un article, qui ne leur donnait aucun profit immédiat.
Ce judicieux observateur développait longuement le projet de former en Angleterre une société commerciale, dont le but aurait été d'exploiter le chanvre en Canada. Elle aurait eu son dépôt central à Québec, où on y aurait établi une manufacture, puis des agents auraient été nommés dans les principales localités, afin d'acheter des cultivateurs le produit brut et lexpédier à Québec. |
Ce plan simple et pratique n'a pas été suivi, que Je sache, mais il semble que son éxécution n'aurait pu manquer d'obtenir plein succès.
Aujourd'hui, les corderies ne font pas défaut, il y en a dans nos villes les plus importantes et elles fonctionnent au moyen des appareils les plus perfectionnés. Mais ce qui manque à ces manufactures, c'est le chanvre, elles l’importent à grands frais de la Russie et du Kentucky, lorsqu'elles pourraient s'en procurer ici d'aussi bonne qualité et à meilleur marché. On comprend d’autant moins la raison de ce défaut de culture, que le chanvre croit naturellement dans un grand nombre de loca litésetilne pourrait manquer de produire des résultats étonnants, s’il était bien exploité.
N'oublions pas toutefois de mentionner M. doiy, député de Lotbinière, qui a fait beaucoup d'efforts pour faire comprendre les avantages de la culture du chan-
vre. Il a eu à lutter contre les difficultés que ptrésentaient ses terres de Lotbinière, qui ne sont pas assez ameublies et profondes, mais les résultats qu'il a obtenus montrent ce que l’on peut faire sur des terrains plus appropriés. Au moyen d’un moulin dont il a fait l’acquisition, M. Joly met en filasse le chanvre qu’il récolte, prêt à être utilisé par les corderies. En 1869, il en a livré une quantité considérable à M. Onslow, au Gros Pin,
près de Québec, laquelle a été convertie en corde et s’est très bien écoulée.
Ces faits méritent de fixer l’attention du cultivateur canadien, lequel dispose aujourd’hui d’un marché considérable qu’il pourrait alimenter exclusivement, en met. tant terme à l’importation étrangère.
Nouveaux artisans.—Historique du commerce de bois.—Wright construit le premier train de bois sur l'Outaouais en 1806.—Dificultés à vaincre.—Les progrès de l'exploitation forestière.—Exportation du bois aux Etats-Unis.—Importance d’un commerce direct avec l'Amérique du Sud et autres pays.
En 1803, Wright fit défricher environ 380 acres et ensemença en milet en trèfle les pièces de terre qui avaient produit deux récoltes, afin d'obtenir du bon fourrage pour l’hivernement des animaux. Il sentait fort bien la nécessité d’assolements bien réglés fpour ne pas fatiguer ou épuiser le sol et savait de plus que les cultivateurs canadiens se trompaient étrangement en ne s’efforçant pas d'avoir 4e bons pâturages, ignorant qu’il ne suffit pas de bien entretenir le bétail durant l'hiver, mais qu'il faut
encore bien le nourrir durant l’été.
De nouvelles améliorations furent introduites dans la colonie en 1804. Il n’y avait ni forgerons, ni cordonniers, ni tailleurs. C’étaient des artisans indispensables dont le besoin se fesait de plus en plus sentir. Wright fit ériger des ateliers spacieux où grand nombre d'ouvriers y exercèrent en peu de temps leur métier.
Avant cette nouvelle acquisition, Wright était obligé d'aller à Montréal pour s’y procurer le moindre article. Il n’avait pas alors moins de soixante-quinze hommes sous ses ordres, s’occupant d'agriculture, de commerce et de mécanique. Il fit aussi élever une bâtisse pour y tanner le cuir et obtint de New-Yorkun cylindre oovr broyer l'écorce de pruche. Nombre d’acres de terres furent défrichés, on commença à ouvrir des chemins et plusieurs ponts furent bâtis. On continua les mêmes travaux l’année suivante, durant laquelle Wright fit un voyage au Massachusetts, où il acheta des animaux de valeur et des graines de semences, puis se fit payer des arrérages qui lui étaient dus.
Jusqu'en 1806, Wright n'avait fait que des dépenses considérables d'exploitation, sans les couvrir par des bénéfices équivalents. Il avait commencé son œuvre difficile de fondation avec le joli capital de $30,000 et déjà il en avait déboursé les deux tiers. Les frais seuls de voyage à Montréal absorbaiïent le prix de la farine qu'il y transportait sur des chemins extrêmement rudes. Il lui fallait donc s’ingénier pour faire bénéficier le capital qu’il dépensait depuis six années et d'exploiter, outre son domaine, quelque article productif d'exportation.
Il se trouvait dans un milieu extrêmement favorable pour tenter une industrie d’un nouveau genre, l’exploitation forestière,
Lu
Di
Cé commerce du bois, qui a véritablement métamorphosé les vastes solitudes de l'Outaouais, était alors dans son enfance. Car, on a su en tirer bien peu de profit sous la domination française. On voit cependant qu’en 1667, Talon voulant activer le commerce de la colonie, fesait couper des bois de différentes espèces pour en faire l’essai et il expédiait à La Rochelle des mâtures. qu'il espérait voir employées dans les chantiers de la marine royale. En 1735, l’intendant, M. Hocquart, fit charger à bord d’un vaisseau du roi, 5000 planches et 260 bordages de
pin et d’épinette, pour les chantiers de la marine royale, à Rochefort.
Le commerce de bois n'eut guère plus de développement depuis la conquête jusqu’au commencement du siècle. Durant plusieurs années, les trains de boïs qui flottaient sur le St. Laurent à destination de Québec provenaient des forêts de l'Etat du Vermont. Du Lac Champlain, où les radeaux étaient réunis, ils débouchaient dans la rivière Richelieu, puis suivaient le grand fleuve. Arrivés près de Québec, on les amarrait au rivage et ils s'étendaient quelquefois sur un parcours de cinq milles.
Là les bois étaient achetés, mesurés ou acceptés, puis chargés à bord des vaisseaux qui partaient pour l’Angleterre. La descente de ces trains de bois sur le fleuve présentait un curieux spectacle : on y remarquait plusieurs abris ou cabanes faits avec des planches, où logaient les vigoureux rameurs, dont lenombre s'élevait souvent de cent à cent-cinquante. Ces travailleurs, composés principalement d’'américains du Vermont, demeuraient sur la cage tant que le bois n'était pas vendu, puis ils transportaient leurs grossières cabanes sur le rivage, n’aban-
donnant leurs taudis que pour retourner dans leurs foyers, à la fin de la saison.
Dans les premières années du siècle, le Haut-Canada, dont la population et la colonisation se développaient rapidement, exportait déjà beaucoup de grain, porcet potasse à Montréal ou Québec. Ses habitants commencèrent également à dépeupler leurs énormes forêts pour exploiter le commerce du bois. Aussi, du 27 avril au 28 novembre 1807, il passa sur le St. Laurent, de Châteauguay à Montréal, 340 trains de bois, comprenant 277,010 de pieds de chène, 4,300 pieds de douves, 72,440 pieds de planches et madriers et 985 pieds de bois pour les mâtures, à part 6,300 cordes de bois de feu. De plus, trenteneuf barges transportèrent 19,893 barils de farine, 1460 minots de blé, 127 barils de potasse, 48 de porc, des pelleteries, etc.
Wright commença son exploitation forestière dans des conditions fort avantageuses. Les désastreuses conséquences de la révolution française se fesaient alors profondément sentir en Europe. Non seulement le nouvel état de cho:s2s avait contribué à désorganiser la France et à ébranicr le vieux monde, mais une révolution semblable s'était opérée dans le commerce. Les ports de la Baltique étaient fermés à la marine de l'Angleterre et la plus grande puissance navale du monde éprouvait le be. soin de s'ouvrir de nouveaux marchés pour s’approvisionner de bois et de chanvie.
Wright, dans ses fréquents voyages à Montréal et Québec, dut connaître la demande croissante du bois et du Chanvre et il crut faire une excellente spéculation en
s’adonnant à cette double exploitation, dont la première a donné, par la suite, une si puissante impulsion au développement du pays et a marqué l'ère de notre progrès commercial.
On a vu ses efforts pour cultiver le chanvre, mais il réussit incontestablement mieux dans l'important commerce de bois, dont il se constituait l’intrépide pionnier sur l'Outaouais.
Les difficultés de transport étaient ce, dant considérables, mais elles ne rebutèrent pas Wrigut. Il fit abattre, durant l'hiver, du bois en grande quantité, qu'il fit ensuite flotter sur la rivière Gatineau et mettre en radeau pôur l’expédier à Québec. La navigation était surtout difficile à cause des nombreux rapides qui accidentent l'Outaouais. Wright alla les examiner et ne se laissa pas effrayer par les sombres présages des cultivateurs. A les entendre, jamais il ne pourrait se rendre à destination, en passant au nord de l'ile de Montréal, la chose ne s'étant jamais vue. Il répondi! qu’il n’ajouterait foi à toutes ces paroles qu'après en avoir fait l’essai. Avec une détermination aussi inébranlable, il semble qu’il ne pouvait manquer de réussir. L'avenir est aux hommes de cette trempe.
Le 11 juin 1806, fut un grand évènement pour les habitants de Hull. On y remarquait une excitation peu ordinaire, tandis que tout était immobilité sur la rive opposée, où devait -irgir plus tard la capitale alors enfouie sous des massifs de verdure.
Le premier train de bois qui ait jamais flotté sur l'Ou- , taouais déboucha de la Gatineau pour entrer dans la Grande Rivière. Son apparition donna lieu à ce mouve-
ment inusité parmi les paisibles villageois, qui n’ignoraient pas l’entreprise aventureuse que l’on allait tenter. Les radeaux de hoiïs descendirent de Huil, passèrent les rapides tourbillonnants du Long-Sault, et arrivèrent à l'Ile de Montréal. Ce ne fut pas sans ncombres et sans de fortes dépenses. Comme les hommes. au service de Wright, ne savaient comment naviguer à travers les rapides, il ne fallut pas moins de trente-cinq jours pour les descendre. Souvent les radeaux s’échouaient et il fallait une longue manœuvre pour les remettre à flot, mais l'expérience apprit aux voyageurs à connaître le chenal et plus d’une fois ensuite les radeaux opérèrent la descente en vingt-quatre heures.
On comprend mieux les difficultés d’un pareil voyage, lorsqu'on sait combien le mode de construire ces trains de bois était alors imparfait. On était bien loin d’avoir l’apparei: actuel des ancres, qui est aussi compliqué que dans un vaisseau marchand de plusieurs cents tonnes. On n'avait que des ancres en bois et des attaches faites au moyen d’osier ou de bouleau. Ces ancres étaient de chène et avaient la forme de crocs en fer ; de gros câbles passaient à travers les différentes fourches qui enserraient une roche d’une pesanteur considérable. On enroulait autour des crocs d’autres câbles afin de pouvoir mieux soutenir le poids énorme de la roche. Il appert cependant que ces ancres répondaient fort bien à leur objet.
Il n’y avait alors aucun vaisseau pour remorquer ces énormes pièces flottantes, car le premier vapeur qui sillonna l'Outaouais fut l'Union of Ottawa, en 1819, et il n'y avait en 1829 que deux vapeurs voyageunt de Hull à à Gren-
ville, c’est-à-dire, sur un parcours de soixante milles. Les vents, le courant et les bras nerveux des infatigables rameurs pouvaient seuls les faire avancer. Cela explique leur lenteur et le fait que de longs mois s’écoulaient avant d'atteindre le port de Québec, tandis qu’il n’est pas rare aujourd'hui de voir des radeaux laisser le Lac Témiscaming à la fin d'avril, franchir une distance de 600 milles et arriver à destination au commencement de juillet.
Ce fut donc après bien des fatigues et des dépenses que Wright arriva en 1807 à Québec, montrant avec orgueil le premier bois que le township de Hull ait jamais envoyé à la vieille capitale. Suivant Bouchette, il avait exporté, l’année précédente, du bois à Montréal.
Wright écrivait en 1823 que cette année, plus de trois cents cargaisons de bois ordinaires s'étaient rendues à Québec par la route qu'il avait suivie et pas une seule à Montréal. Seize ans auparavant, ajoute-t-il, pas un seul radeau de bois ne descendait de la Grande Rivière, et celui qui vivra encore dix-sept ou dix-huit ans en verra quatre fois la quantité, non seulement de bois, mais de potasse, de farine, de bœuf, de porc et d’une foule d’autres articles qui seront expédiés à Québec.
S'il est une prédiction qui se soit réalisée, c’est bien celle-là. Car, dès 1817 le commerce du bois était un fait régulièrement accompli et donnait de l’emploi à des cen. taines de travailleurs. Son existence officielle fut reconnue en 1823 sous l'administration de Lord Dalhousie et le premier droit sur le bois fut imposé à la demande d° M.'Alexander McDonnell, qui, depuis 1817, s’occupait activement de ce commerce. On n’a pas de rapport officiel de son revenu avant 1826, mais le droit sur le bois
de l'Outaouais produisit alors $10,212, montant équivalent aux recettes totales de la province, trente ans auparavant. Et vers l’époque annoncée par Wright, en 1842, il avait pris assez de développement pour donner à la province unie un revenu de $137,588 (1).
(1) Les statistiques suivantes sur le revenu provenant du commerce de bois sur l'Outaouais ne vont qu’à 1861 ; mais le mouvement progressif que l’on y remarque n’a pas cessé d'augmenter dans une proportion considérable.
Ce mouvement ascendani avait été surtout communiqué par le droit jusque là protecteur du bois colonial en Angleterre, joint à l'établissement, en 1835, de remorqueurs sur le St. Laurent et à la construction de glissoires et autres améliorations sur l'Outaouais. Mais le fisc anglais, sujet à beaucoup de fluctuations et de remaniements, protégea, durant les années suivantes, le bois provenant principalement de la Baltique, au détriment du nôtre, et nos exportations en Angleterre, bien que considérables, ne le furent pas proportionnellement autant que celles de l'étranger.
Nous n'avions pas à cette époque nos marchés d’aujourd'hui où notre bois est de plus en plus en demande. Nous en écoulions comparativement peu chez nos voisins, dont les Etats de l’Est,aujourd’hui presque complètementdéboisés, n’en font pas moins des bénéfices considérables eu expédiant nos bois à Cuba, dans les diverses parties de l’Amérique du Sud et ailleurs, où ils atteignent des prix étonnants. C’est là la véritable destination de la plus erande partie du bois que les importateurs américains achètent surtout sur l'Outaouais, et on peut le constater en voyant les millions de pieds de bois, qui partent annuellement de New-York, Boston, Portland et autres villes américaines pour Cuba, les Indes Occidentales (1), Brésil, la République Argentine, la République Cisalpine, l'Australie, Haïti, le Pérou et l'Afrique. Aussi, il est regrettable que nos capitalistes n'aient pas exploité depuis Jongtemps et dans une plus grande mesure
(1) MM. Peters & Cie., de Québec, ont expédié en 1870 la charpente
de beaucoup de maisons en bois ainsi que d’une grande église aux Indes Occidentales.
cette véritable mine de richesse. Car, qui pourrait nous empêcher d’avoir la part du lion dans ce commerce important ?
Les Etats de l'Ouest, surtout le Michigan, le Wisconsin et le Minnesota produisent sans doute des quantités énormes de pin et on calcule que les forêts pinifères des deux derniers états ont produit en 1869, 812,400,000 pieds de bois scié et de billots. Mais il est certain que cette production ne suffit qu’à la demande de plus en plus considérable des États de l'Ouest et on assure que les boisés du Michigan seront ruinés avant quinze ans, quand bien même onu naugmenterait pas l'exploitation actuelle. Dans le cas problématique, où l’on pourrait en écouler dans les Etats de l'Est, les fraisde transport seraient toujours en notre faveur.
Ilest certain, cependant, que nos capitalistes commencent à mieux comprendre les avantages d’expor:ter directement notre bois aux pays en question, au lieu dé laisser à nos voisins le rôle lucratif d’entremetteurs. Ainsi, en 1865, il n’y avait qu'un seul vaisseau chargé de bois pour l’Amérique du Sud, en 1868, il y en avait treize. et en 1869. 52 vaisseaux, dont 41 partis de Montréal et trois des Trois Rivières, y ont exporté près de dix-neuf millions de pieds de bois. En 1870, le nombre des vais. saux s’est élevé à 71, de 37,297 tonnes, tandis que le tonnage pour l’année précédente a 6t6 de 24,891. Presque tout ce Commerce est aux mains des américains établis dans le pays et peu de canadiens semblent vouloir l’entre prendre.
L'importance de ce marché, une fois suffisamment connue,notre bois saura bien,suivant la loi invariable du com-
merce, s’écouler là où on le paie le mieux. Ce résultat satisfaisant est en grande partie, le fruit de la visite des habiles commissaires qu? le gouvernement du Canada envoya dans quelsues uns de ces pays en 1865 et 1866, afin de nouer des relations commerciales et ouvrir de nouveaux débouchés à notre industrie.
La Ssigneurie de la Petite Nation.—M. Joseph Papineau.—Visite de Wright.—Les deux Papineau à Hull en 1807.—Les chutes des Chaudières et du Rideau.
Vers 1807, la seigneurie de la Petite Nation, où grandissent aujourd’hui trois paroisses populeuses, n’était guère encore qu'un riche bloc de terrains incultes, une vaste forêt de pins, d’érables et de chènes. Elle avait appartenu primitivement à Mgr. François de Laval, lillustre évèque de Pétrée, auquel elle avait été concédée, ie 16 Mai 1674.
Elle était la propriété de M. Joseph Papineau, un homme fort remarquable, dont le nom est lié à nos premières luttes parlementaires, un jurisconsulte d’un grand poids. M. Papineau demeurait à Montréal etil lui arrivait d'aller passer de temps à autre quelques jours dans son manoir qui, on le suppose, était alors bien modeste,
Entre ce noyau d'établissement et celui de Hull, s’étendait tout le long de l'Outaouais, la pittoresque bordure de la forêt. Il fallait une journée île canotage pour franchir cette distance.
Wright vit avec bonheur cette nouvelle brêche faite à la futaie, ce nouveau germe de civilisation au milieu de la solitude, et avec ce besoin d’épanchement de l'amitié
et de sociabilité inné dans l’homme, il s'empressa d’aller nouer connaissance avec l’estimé propriétaire de la jeune colonie de la Petite Nation. Celui-ci accueillait toujours avec plaisir le pionnier agissant, imaginatif, ruminant sans cesse quelque utile entreprise. Le futur Father of the Oltawa avait déjà de grandes vues arrêtées. Il projetait des exploitations forestières sur une grande échelle, des manufactures d'alcali végétal et autres œuvres considérables. Doué d’un esprit logique et perspicace, 1l aimait à percer dans l’avenir, à calculer d'avance les résultats de ces améliorations et il lui semblait que de pareils travaux ne pourraient manquer de grouper autour de lui un petit peuple d'artisans et de colons. Son hôte applaudissait à ces projets d’un esprit non chimérique, mais mûr eténergiquement résolu de réaliser ce qui n’aurait été pour d’autres que des rèves brillants. On présume que l’exemple de son audacieux voisin porta M. Papineau à se retirer dans sa seigneurie pour y com: mencer le plan d'amélioration, dont Bouchette augurait les meilleurs résultats.
M. Papineau ne manquait pas de rendre ces visites à Wright, dont la coquette demeure était nichée dans un enclos de verdure, tout près de l'Outaouais, vis-à-vis les jolies cascades du Rideau. Aussi, avec quelle satisfaction, Wright lui montrait ses carrés d’épis encaissés dans la forêt, et couverts de l'or d’une riche moisson, ses verdoyantes prairies, où paissaient ses animaux. ses bâtiments et ses premiers trains de bois à l'abri dans une anse.
Au mois d'août 1807, M. Papineau vint ainsi à Hull avec son fils aîné, qui allait bientôt faire tant de bruit
autour de son nom. Celui-ci était moins curieux sans doute d'admirer des cultures, toutes parfaites qu’elles fussent, que de contempler les splendides chutes, où se
déverse l’eau bouillonnante de l'Outaouais et du Rideau.
Les Chaudières étaient alors bien plus pittoresques qu’à présent. Pas de barrages comprimant l’eau, pas de moulins appauvrissant la rivière. La cataracte s’élançait en bonds impétueux dans des fumées vaporeuses beaucoup plus hautes et plus épaisses et l’écho des montagres répercutait au loin son rugissement.
La chute du Rideau était pareillement p.us charmante avec la verte touffe de sapins qui la domine. Le massif de roc d’où elle se précipite est creusé un peu en dessous, et à la fin de l’été, quand les chaleurs ont telle. ment amainci la nappe d’eau, que les rochers qu’elle inonde encore en juillet de ses plis blanchissants, ap”
paraissent à nu, on voit des enfants pénétrer sous le tronçon d'arcade qui fait margelle au bas de la paroi.
Autrefois, la saillie était beaucoup plus large et on allait dessous sans peine ni danger (1).
Wright y conduisit M. L. J. Papineau, en canot d'écorce, lors de ce voyage. Le soleil était prêt de descendre sous l'horizon, la muraille toute limpide, était
(1) Champlain parle comme suit de la chute du Rideau telle qu’elle était lors de l’époque éloignée de son voyage : ‘ À l'embouchure d'icelle il y en a une autre qui vient du sud, où à son entrée il y a une chutte d’eau admirable : car elle tombe d’une telle impétuosité de 20 à 25 brasses de haut, qu’elle fait une arcade, ayant de largeur près
de quatre cents pas. Les sauvages passent dessous par plaisir, sans
se mouiller, que du poudrin que fait la dite eau. Il ya une isleau milieu de la dite rivière, qui est comme tout le terroir d’alentour, remplie de pins et cèdres blancs. ”
Re-
d'une transparence vive, tonte pénétrée de lumière vaguement prismatisée, et ce spectacle frappa l'imagination du jeune visiteur, fort épris des scènes et des beautés de la nature (1!
Exploitation du bois sur une plus grande échelle.—Un incendie désastreux.—Persévérance.—Récolte abondante.—Travaux et améliorations agricoles,
Durant l'hiver de 1808, Wright s’efforça de donner de l'emploi au surplus d'hommes dont il avait besoin. Il lui fallait bon nombre de travailleurs durant l'été, mais un quart suffisaient aux travaux de la ferme durant l'hiver. S'ils n’eussent pas eu de l'occupation durant cette saison, il n’eut été guère possible d’avoir leurs services au printemps. Car, outre l’éloignement de Hull des autres habi-
‘tations, la main-d'œuvre était relativement plus rare qu'aujourd'hui et on n’avait pas de machines à substituer au travail des bras ; les cultivateurs étaient obligés de s'aider les uns les autres au temps de la récolte.
Wright crut ne pouvoir mieux faire que de continuer sur.une plus grande échelle l'exploitation du bois. Il en fit abattre une grande quantité et rendre à ses moulins à scier, afin de le convertir en planches, madriers, etc. Malheureusement, un nouveau malheur vint faire une forte saignée à ses ressources et éprouver rudement sa persévérance. Le 8 mai 1808, le feu éclata dans ses
moulins et les consuma avec des milliers de pieds de
(1) La plupart des renseignements contenus dans ce chapitre sont de M. Alfred Garneau, et certains alinéas même ont été reproduits intégraiement d’une communication envoyée à l’auteur.
Its
planches et madriers qui devaient être expédiés à Qué. bec. C'était un véritable désastre pour l'établissement. Il ne restait pas une seule pièce de boïs scié, et on ne pouvait s’en procurer qu’à ur.e distance de 80 milles.
Wright crut que c'en était fait de la colonie et qu’elle ne pourrait survivre à Ce Coup. Aucune assurance ne couvrait les pertes et, de plus, tout le grain entassé dans le moulin, sauf quelque peu de farine, devint également la proie des flammes. Le fondateur de Hull se prit pendant quelque temps à désespérer de l'avenir, mais ses fils ayant foi en son étoile lui firent espérer de la voir briller encore.
Le bois carré qui était à flot fut épargné par l'incendie et Wright l’expédia au plus tôt à Québec, et construisit sans tarder un nouveau moulin à scie. Tout le monde se mit à l’œuvre et la bâtisse fut terminée après soixante jours de travail. Un moulin à farine fut érigé durant l'automne et à la fin de l’année, Wright fut obligé d’aller acheter ses vivres à Montréal.
L'année 1808 se passa sans aucun évènement remarquable. Cinquante acres de terre furent défrichés et les quatre-vingts hommes au service de Wright s’occupèrent de travaux mécaniques et agricoles ainsi qu'à préparer le bois pour le marché de Québec. Nombre de constructions et dépendances furent érigées.
En 1812, le défrichement de cent acres de terre boisée ne coûta pas moins de 500 louis à Wright. Au mois de septembre, on y sema du blé. La coupe et la préparation.des bois jointes aux travaux agricoles donnèrent de l’ouvrage à quatre-vingt-dix hommes. Les constructions érigées sur ce nouvel établissement étaient à un
mille et demi du moulin à scie. Un chemin fut ouvert en 1813 sur ce parcours, une grange spacieuse fut érigée et 90 acres furent défrichés, ce qui donna à la nouvelle terre une étendue considérable. La moisson fut, cette année, tellement abondante, que Wrighi dut augmenter son nombreux personnel de vingt autres travailleurs. Elle ne fut pas moindre de 3000 minots de blé, dont la culture lui coûta deux mille piastres. C'était alors au temps de nos troubles avec les Etats-Unis, et comme toujours, la guerre avait fait hausser le prix des céréales. On offrit $9000 à Wright pour sa récolte, ce qui lui donna un profit net de $7000. C'est i’un des meilieurs couss de filet que l’industrieux pionnier eut probablement jamais tendus. |
Cette magnifique recette lui permit de faire de nouvelles améliorations et en addition à la grange sus-mentionnée, il fit élever des hangars considérables s’étendant sur pas moins de huit cents pieds. Il construisit de plus une distillerie de 40 pieds sur 80, munie de tout ce qui pouvait rendre cette manufacture utile.
Wright avait vendu en 1804 cent acres de terre boisée, avoisinant la dite ferme appelée Columbia (Columbia farm), au prix de deux piastres l’acre. Voulant agrandir sa terre en 1814, il acheta cette étendue de terrain au prix de $20 l’acre. Soixante acres de terre avaient été mis en culture depuis dix ans par l'occupant et quelques constructions avaient été élevées. Cette même année, cent-vingts acres furent défrichés et les travaux furent poussés assez activement pour pouvoir y semer da blé d'automne, Un nouveau chemin fut aussi ouvert au centre de cette superbe terre, laquelle fut divisée en sections pour la culturé ou pour les prairies.
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Wright prit un soin tout particulier d’avoir un excellent etnombreux bétail, persuadé qu’une exploitation agricole ne saurait réussir sans bestiaux variés, de bonne souche et bien entretenus. Il n'avait pas moins de quarante vaches, vingt animaux de trait, trente bœufs, des moutons et porcs en quantité. De plus, six nouvelles bâtisses furent érigées sur la terre pour y engranger le foin et les céréales : elles ne suffisaient pas encore avec les autres constructions à contenir toute la récolte.
Nombre de travailleurs s’occupèrent, en 1815, d’améliorer la terre, d’autres préparèrent le bois pour l’expédier à Québec et plusieurs enlevèrent les souches ou troncs d'arbres, qui nuisent tant au laboureur dans les terres nouvelles et lui font perdre une terre précieuse. Il n’y avait pas alors l'excellente machine de M. Filion, de St. Eustache, ou d’autres instruments améliorés, pour enlever les souches ou les pierres. À. défaut, à certains jours de l’année, on attelait six paires de bœufs et on enroulait autour des troncs une soiide chaine ; aussi, rarement leur traction manquailt-elle de faire son effet, Wright observe que les troncs d’hêtre et d'érable peuvent être enlevés assez facilement après sept ans de la coupe, mais que le pin, l’orme, le bois blanc et la pruche ne peuvent être déracinés qu'après quinze ans, surtout les chicots les plus gros. Lorsqu'ils étaient arrachés, on les pilait et brülait, puis on ameublissait le terrain. L’opération se fesait de préférence sur les pièces destinées à la culture ; mais les plus grosses souches étaient laissées de côté pour le moment, afin de ne pas perdre trop de temps. Tous les printemps, Wright faisait égoutter soigneusement ses terres, sachant que sans un écouic-
ment parfait de l’excès d’eau qu'elles contiennent, elles ne peuvent être que travaillées difficilement et ensemencées fort tard. De plus, à la première chute de neige, il semait son mil et son trèfle sur les terrains destinés au pâturage.
Bouchette dit qu’en 1815 trente familles étaient établies à Hull et qu’elles ‘ tenaient leurs fermes dans un état respectable de culture et d'amélioration progressive. ”
M. Wright, dit-il, ‘* comme chef du township, s’est montré infatigable à procurer l'accroissement et ia prospérité de cet établissement naissant. A la vue des progrès qu’on a déjà faits, il mérite les plus grands éloges pour la manière dont par son propre exemple et ses encouragements, il les a favorisés, et pour s'être lui-même établi sur les lieux. Il fait un cc 1merce très étendu de bois de construction, et il condu ne grande manufacture de potasse et de vaidasse; ila adopté plusieurs moyens pour exciter l’industrie, et pour assurer l’aisance et le bonheur de toutes les classes de sa petite société (1).
De 1816 à 1823, Wright continua l'amélioration de ses terres et d'activer son commerce de bois. La ferme Columbia ” ne contenait pas moins dehuit cents acres entièrement déboisés, dont trois cents étaient consacrés à la culture et le reste aux prairies. Îls étaient divisés en différentes sections en rapport avec les diverses espèces de bestiaux. Il avait pour règle d’élever annuellement trente à quarante veaux et génisses, sur cette terre, à part des poulins, agneaux, porcs et autres animaux. Du-
(1) Descriplion topographique de la Province du Bas-Can1da. Par Joseph Bouchette, Publié à Londres en 1815.Page 258,
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rant ces cinq dernières années, il n'éieva pas moins de 143 têtes de bétail. La terre ‘ Columbia” produisait plus que jamais et les améliorations continues dont elle était l’objet, démontraient avec quel esprit intelligent et pratique, Wright comprenait l’agriculture et savait la rendre productive.
Mines de fer et plombagine.—Les sauvages refusent d'indiquer l’endroit des gîtes métalliques.—Expédition à leur recherche en 1826. —Incidents.—Découverte de gisements de fer dans les montagnes de Hull.—Associations et exploitations minières.
Ce pays est très riche en mines d’une grande variété. Nos explorations géologique: ont amplement démontré que l'or, le cuivre, le fer et 1e plomb, abondent en certains endroits et leur exploitation ne pourra manquer d'être rémunérative, si les capitalistes y donnent r’attention que mérite leur importance. Il se trouve beaucoup de couches de plombagine en haut de l'Outaouais, sur les rives de La Gatineau et autres affluents de la Grande Rivière.
Au temps de l’établissement de Hull, les sauvages apportaient de magnifiques échantillons de cette substance minérale. M. Tiberius Wright, fils de notre héros, leur offrit des présents considérables, s'ils voulaient le conduire aux mines; mais ils s’y refusèrent obstinément. Un jour, en 1826, un sauvage, las des sollicitations de M. Wright, lui proposa de le conduire dans la direction du minerai, à la portée d’une flèche, mais de ne pas lui signaler l'endroit du gîte métallique. M. Wright aurait accepté cette offre, mais les squaws entourèrent le sau-
vage et refusèrent de lui laisser remplir sa propositiôn: C’est une superstition, —générale du reste parmi les sauvages,—et à laquelle elles obéissaient aveuglement, ui les portait à agir ainsi.
On pensait alors qu'il ne serait pas difficile de découvrir cette mine et qu’elle devait se trouver à une distance d'environ cinquante milles, à deux jours de canolage, en haut de la Gatineau.
On fut plus heureux dans une expédition à la recherche des mines de fer, que l’on disait enfouies dans les montagnes abruptes dont la crête élancée dentelle l'horizon en arrière de Hull. L’ingénieur John McTaggart partit avec Philemon Wright, ‘“ l’entreprenant seigneur du manoir de Hull, ” M. Thomas McKay etun autre compagnon, à la fin de l’année 1826, pour aller à leur découverte. Tous laissèrent Hull à cheval avec un guide, chargé de vivres, de haches, de marteaux et autres instruments.
Après qu'ils eurent dépassé les limites du rayon colonisé, ils s’'avancèrent dans la forêt qui semblait impénétrable. On ne voyait partout que des colonnes serrées de pins et d'érables, des branches entrelacées, des broussailles, des squelettes d’abres ou des souches décharnées jonchant le sol. En peu de temps, la figure ou les jambes d’un chacun eurent la peau fouettée et écorchée par les branches et les piquants, et les habits ne furent pas plus épargnés.
McTaggart, qui n’était pas habitué à voyager à cheval à travers un pareil fourré, fut loin d’éprouver la jouissance dont parle Byron :
« À pléasure in the pathless woods, ”
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Il perdit même l'équilibre et se trouva inopinément à califourchon sur un tronc d’arbre décrépit. Ses compagnons vinrent à sa rescousse, mais il ne voulut, malgré leurs instances, enfourcher de nouveau sa monture, qu'après s'être lassé à Les suivre à pied. $a seconde tentative ne fut pas plus heureuse, car son pied s’empêtra dans une branche d'arbre et il alla rouler de nouveau au milieu des broussailles. M. McKay, un écossais du meilleur acabit, s’amusa beaucoup de sa mésaventure, et le malheureux cavalier pesta plutôt qu’il ne prit part à des gorges chaudes faites à ses dépens.
On parvint après bien des fatigues et, non sans avoir été encore démontés, au gite métallique que l’on cherchait, mais trois des voyageurs, excédés de fatiœues, sentirent le besoin de sommeiller un peu avant d'aller plus loin. Seul, Philemon Wright, brisé à de pareilles courses, ne ferma pas l'œil et, après une heure de repos, il éveilla ses compagnons, qui se mirent de nouveau en marche. Ils gravirent l’escarpement des montagnes, les traversèrent dans toutes les directions et exa'ninèrent avec plaisir les immenses échantillons de fer dout on voyait les veines. Ces montagnes comprenaient une étendue de plusieurs milles et on pensait qu'à un endroit, le fer n'était pas à plus de deux milles des premières chutes de la Gatineau. Il semblait qu’on ne pouvait établir une usine pour exploiter le fer dans une meilleure localité. On aurait pu construire facilement un chemin, les machines et les engins auraient pu s'élever à des prix modérés et il aurait été facile d’utiliser l'énorme pouvoir d’eau des chutes. Tout à l’entour, on remarquait des bouquets de bois dur, surtout d’érable, qui fait de l'excellent charbon de bois.
Les voyageurs ne revinrent pas de leur excursion sans avoir empli leurs sacs des spécimens les plus divers de minerai de fer et Ce pierre calcaire ; ils trouvèrent aussi des blocs de marbre veiné, blancs, verts, et d’une grande variété. Le lendemain ils étaient de retour à Hull.
Le 28 décembre 1826, plusieurs hommes entreprenants se réunirent à Hull pour fonder une société intitulée : The Hull Mining Company, afin d'exploiter les minéraux de fer, de plomb, de marbre et de granit que recélaient les montagnes environnantes. Philemon Wright en fut nommé le président ; M. A. J. Christie, le secrétaire ; M. J. McTaggart, l'ingénieur ; M. T. McKay, le gérant ; et MM. John Redpath, Tiberius Wright, Robert Drummond, John Burnett, James Gentle, John Burrows formèrent partie de la compagnie.
Un document publié sur cette compagnie reconnait la libéralité dont Wright voulait faire preuve pour promouvoir le succès de cette exploitation minière, en sa qualité de propriétaire du terrain. Il devait recevoir durant la première décade la somme de deux louis par cent annuellement sur lesprofit nets de la compagnie et cette dernière devait, dans le cas où l’entreprise aurait été productive, rémunérer Wiïight de la manière qu’elle jugerait convenable.
Le projet de la compagnie échoua, bien que la situation et la qualité du minerai de fer fussent excellentes. La compagnie espérait pouvoir fournir le fer qui devait ser vir au pont de la grande Chaudière et alimenter par ce moyen l’exploitation. Maisles marchands 1e Montréal, qui avaient en mains beaucoup de fer importé d'Angleterre, réussirent à obtenir cette importante commande. Le fait
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est d'autant plus regreltable que la compagnie, si elle eût reçu de l’encouragement, eût pu fournir le fer à meilleur marché, vu la faible distance du transpori.
Sir William Logan(l) affirme qu’on rencontre un grand dépot de minerai oxydulé dans la moitié méridionale du onzième lot du septième rang de Hull etqu'onena encore trouvé à un mille plus loin sur le onzième lot du même rang. Le minerai forme un lot d'environ 90 pieds d'épaisseur. Il est grossièrement granulaire et très pur, mais il est dans quelques parties mélangé avec des paillettes de graphite.
Ce minerai fut exploité en 1854 par MM. Forsyth & Cie., de Pittsburgh, Pennsylvanie, pour alimenter leurs hauts fourneaux dans cette ville. Huit cents tonnes ont été ainsi transportées sur le canal Rideau jusqu’à Kingston, et delà sur les lacs jusqu’à Cleveland. Mais en 1858, l'exploitation de la mine de Newborough, dans South Crosby, a présenté de plus grandes facilités pour le transport du minere: et la mine de Hull a été ainsi abandonnée.
Une autre compagnie s’est organisée depuis pour exploiter les mines de Hull et la première fonte du minerai a eu lieu, Le 18 janvier 1867. Depuis, les forges qu’elle a établies opèrent fort bien etle produit du minerai commande un bon prix sur le marché. Il est d’une qualité excellente, dit le Dr. Van Cortlandt, etilne pourra manquer d’être recherché et de démontrer que la vallée de l'Outaouais reconnait peu de supérieures comme région productrice du fer (2).
(1) Za Géologie du Canada. Page 714.
(2) An vssay on the compounds and metallurgy of iron especially in conneciion with the Ollawa valley.
Les chemins.—Leur état défectueux.—Ouverture de voies de communication.—Exploilation agricole.—Remarques d’Isidore Lebrun: Amélioration du bétail. Voyage de Ruggles Wrighten Europe.—Octroi de terres du gouvernement.—La construction du canal Rideau.
Un des principaux obstacles au développement de Hull avait été le manque de chemins ou leur état presque impraticable. Sans voie rapide de transports, il est impossible à une localité de progresser promptement. L’isolement la maintient dans un état arriéré ou stationnaire, comme la facilité des moyens de locomotion est le nerf de son avancement matériel. On ne comprenait pas alors l'importance de cet axiome d'économie politique autant qu'aujourd'hui, où l’on s'efforce de percer de toutes parts la forêt et d'établir un véritable réseau de routes maca-
damisées, de chemins à lisses de bois ou en fer, mais Wright en sentit toute la force.
Il s’'empressa de faire ouvrir plusieurs chemins dans son canton. L’un commençait au débarcadère du bâteau-à-vapeur, traversait le village de Hull, suivait le bord du Lac Chaudière et s’avançait dans le township d'Eardley. Cette route s'appelait le chemin Britannia et s'étendait sur un parcours de sept milles. Ce fut la première voie qui fut confectionnée dans le canton. Wright fit passer;ila charrue de chaque côté du chemin, puis la terre ainsi enlevée servit à son nivellement, les ondulations du terrain furent ameublies, les endroits bas comblés ; des ponts furent construits à certaines places et on empierra :e chemin lorsque cela fut nécessaire. À chaque extrémité de la route, des magasins fu-
rent élevés et approvisionnés des articles les plus variés qui s’écoulaient dans le haut de l'Outaouais.
De la terre Columbia, deux chemins s'avançaient dans différentes directions. L'un suivait l'étang Columbia et aboutissait à la terre Gatineau, sur laquelle Wright s’est d'abord établi en fondant sa colonie. L'autre allait dans le nord jusqu'à la Rivière Gatineau, dans le septième rang, à l'endroit même où le plus jeune des fils de Wright, Chistopher, avait établi sa terre. Un chemin partant du Lac Chaudière coupait à angles droits la route Britannia et mettait en communication les quelques établissements, qui étaient disséminés au delà des quatrième et cinquième rangs.
Jusqu'en 1821, les voies de communication, entre Montréal et Hull, furent réellement impraticables pour le passage des voitures. Une route large de seize pieds et longue de soixante-quatre milles avait été ouverte, sous la direction des commissaires du gouvernement, le long de la rive nord jusqu’au Long Sault et soixante
etits ponts avaient été érigés. Mais, vu ses nombreux bourbiers, la profondeur de plusieurs ravins, qu'il eût fallu combler et de deux ou trois grandes rivières qu'il eût fallu relier par des ponts ou des bateaux traversiers, cette route n’était guère praticable et fut pendant longtemps négligée. Les autres soixante milles étaient seuls pourvus d’une voie passable.
Ce manque de route riveraine donna lieu, durant plus de vingt-cinq ans, à de nombreux accidents. Ceux qui transportaient les malles en étaient surtout les victimes à la prise des glaces où à l'approche de la débâcle. Et les pertes de vies, d'argent et de documents précieux ont été ainsi extrêmement nombreuses.
Wright voulut remédier autant que possible à ce grave inconvénient. Une chaussée en pierre coûta seule plus de mille louis. Il dépensa conjointement avec ses voisins, durant les vingt premières années de son établissement, ia somme ronde de £2211. 17s. 6d., à part £955 que déboursèrent les commissaires du gouvernement, ce qui donne un total de £3166. 17s. 64. Trente milles de chemin furent confectionnés au moyen de cette somme. La législature provinciale n’oublia pas cette partie importante du pays, dans ses octrois pour l'ouverture de chemins dans le Bas-Canada, et en 1830,
les améliorations projetées étaient en grande partie effectuées.
Wright continua à étendre le champ de son exploitation agricole. M. Bouchette assure qu'en 1830, il ne cultivait pas moins de cinq à six mille acres de terres. Sonfils, Tiberius, avait deux terres dans les septième et huitième rangs du township ; elles étaient avantageusement situées et très bien cuitivées. La terre Columbia farm excitait surtout l'intérêt et l’admiration du visiteur. Elle était à un mille et äemi de l'Outaouais, à l’ouest de la maison de Wright. Son intelligent propriétaire semblait avoir eu à cœur d'en faire une ferme-modèle. Le discernement et l’esprit économique qui présidaient à l’administration de cette belle étendue de terrain ne laissaient, dit Bouchette, rien à désirer et fesaient le plus grand honneur à Wright. Tout y était parfaitement ordonné et la terre produisait en abondance toute espèce de grains, semés sur le sol qui leur était le plus approprié.
M. Isidore Lebrun, dans son ouvrage sur le Canada, a cru devoir faire une mention spéciale de Wright comme
agriculteur : «M. Philemon Wright, s'établit en 1800, dit-il, avec quelques familles sur le township de Hull : en 1820, les 703 habitants avaient 5 moulins, 2? distilleries et 2 écoles : en 1828, ils étaient au nombre de 1066, et ce canton contenait un moulin à carde, 4 scieries, 2 tanneries, 12 fours à chaux et 4 usines pour potasse : Le bétail avait augmenté d’un tiers, les récoltes étaient presque triplées. Elles consistent à présent en 17,000 minots de blé, 21,000 d'avoine, 8,400 de seigle, 22,500 de maïs. M. Wright, député au parlement, sème en juillet ou août le blé entre les rangs de maïs, dont les larges feuilles le protègent contre les fortes chaleurs : après la cueillette du maïs, en automne, il fait raser le blé par ses troupeaux, qui trouvent, pendant quelques jours, un pacage délicat, et à une époque où les herbes sont rares, sans que le froment en souffre pour sa croissance au printemps » (1).
Ce véritable agronome portait aussi beaucoup d’intérôt à l'amélioration de son bétail. fl comprenait toute l'importance d’élever de nombreux animaux et de les bien nourrir, tandis que la généralité des cultivateurs canadiens, insoucieux de leur propre intérêt, soignaient fori mal leurs bestiaux de souche normande et dont la dégénérescence doit être imputée à leur incurie. Ce vice de culture ne s'applique encore que trop à notre population rurale.
Wright fit venir d'Angleterre à grands frais plusieurs excellents reproducteurs des races EHerefordshire et Devon, dont le croisement avec les animaux canadiens donna les meilleurs résultats. Ces races sont surtout pro-
(1) Tableau politique et statishique des deux Canadas. Paris. 1832, Pages 289 el 290.