‹ Philemon Wright ou Colonisation et commerce de bois [microforme]Chapitre 4 sur 5 · LE TREP RT · texte numérisé non relu

LE TREP RT

En 1849, le gouvernement canadien jugea qu'il était désirable que des travaux d’une telle importance fussent sous son contrôle, et Sir E. P. Taché, commissaire en chef des travaux publics, fit l'acquisition de la glissoire moyennant $40,000. M. George Buchanan a construit la première glissoire sur la rive sud en 1835 et en 1845 le gouvernement fit exécuter celles qui servent maintenant. En 1861 et 1862, l’ancienne glissoire contruite par Wright fut enlevée, et l’on construisit deux glissoires, assez grandes pour permettre aux radeaux d’y passer.

Le gouvernement du Canada-Uni a fait exécuter de nombreuses glissoires dans les districts de l'Outaouais, du Saguenay et du St. Maurice et, au mois de juin 1867, le coût total des glissoires de la première région s’élevait à $719,247.13. Le revenu net des glissoires de 1845 à 1867, pour le district d'Outaouais, a été de $488,423.38.

Progrès de Hull.—Gs que le Dr. Bigsby dit de Wright.—Le factotum du village.—Hull est pourvu de munitions de guerre.—Wright fait Colonel dans la milice. —Lord Dalhousie à Hull.—Témoignages d'estime de la population. |

Sous l'impulsion de son fondateur, Hull avait grandi rapidement, comme le constatent les statistiques déjà produites par M. Isidore Lebrun. Le village, pittoresquement situé sur une éminence en face de l'Outaouais, fut placé sous la direction de Wright, en 1824. Ses efforts pour contribuer au bonheur et à la prospérité de la petite colonie eurent le plus grand succès. Les arti-

$23,000,000. Ontario a cédé 8,000 milles de limites, tandis que le gouvernement deQuébec en a loûé environ 15,000. On porte la valeur des moulins établis sur l'Outaouais à $9,000,000.

sans trouvèrent incessamment de l'occupation et les cultivateurs, encouragés par son exemple, surent faire fructifier leurs terres et jouir d’une honnète aisance.

Hull devint une place fashionable. Un superbe hotel y fut érigé, des églises et chapelles furent construites, plusieurs écoles, fréquentées par de nombreux élèves, furent ouvertes.

Le Dr. John J. Bigsby, un minéralogiste remarquable, visita Hull en 1821. IL dit que Wright a construit la plus grande partie du village. Notre héros lui montra l'arbre sous lequel il dormit durant la première nuit de son arrivée. Cet arbre était vraiment mémorable, écrit l’auteur de The Shœ and Canæ, et je sentis que j'étais en présence d’un homme supérieur, inhabile peutêtre à figurer avantageusement dans une salle de bal, mais capable de grouper et nourrir une popuiation heureuse. Le maitre d'école était son factotum. (C'était un esprit fort intelligent ayant avec Wright une similitude de goûts et plein comme lui de projetsagricoles. Tous deux passèrent un hiver à Québec, dans un petit logement, afin d'obtenir probablement quelques faveurs du gouvernement. Ils semblaient oublier le présent et ne se préoccuper que de projets d'avenir. Plus d’une fois, dit Bigsby, je passai, vers minuit, près du petit châssis, dépourvu de rideau, de leur logement. Une pâle chandelle éclairait l'intérieur, le feu du poële était éteint, Wright et son fidèle compagnon, compas et crayons en mains, les coudes appuyés sur une table, étaient profondément absorbés à examiner une carte manuscrite, étrangers à toute autre préoccupation (1).

(1) The Shœ and Cane or Piclures of travel in the Canrdas by John J, Bigsby, M. D. Page 146.

En 1821, Wrightn'habitait plus sa jolie demeure, située sur la Gatineau. Il résidait dans une excellente maison, près du pont des Chaudières, où il vivait fort largement et heureusement avec sa nombreuse famille. Il possédait des magasins de vivres considérables, pour alimenter les chantiers à bois du haut de l'Outaouais ainsi que la population environnante.

On remarquait de plus, au village, un magasin rempli de poudre et un arsenal richement pourvu de canons et d'armes à feu de toute espèce et de tout calibre. La place était, on le voit, en état de faire le coup de feu,—et à défaut d'autres ennemis,—contre les ours et les loups qui venaient roder près de ieur ancien repaire. On connait la cause de cetabondant approvisionnement d'armes, lorsqu'on sait que Wright occupait le rang de Colonel dans la milice du Bas-Canada qui, à part les volontaires, comprenait en 1830, 85 bataillons formés de 900 à 1,500 hommes chacun. Il était l’un des deux officiers de ce grade dans le district de Montréai et les miliciens de cette division militaire avaient 5,479 mousquets en leur possession.

Lord Dalhousie s’intéressa beaucoup durant son séjour on Canada, à l'établissement de Wright et il lui démontra combien il estimait le hardi pionnier, en allant passer quelques jours sous son toit hospitalier. Il lui fit même présent de deux canons en cuivre et d’une certaine quantité d'armes à feu. On s'en servait dans les réjouissances extraordinaires, comme à la fête de la Reine, par exemple, et leurs détonations répétées allaient résonner sous les voutes sonores des bois. Ces canons furent longtemps conservés à Hull, mais lors des troubles occa-

sionnés par les schiners, le gouvernement craignit que ces pièces d'artillerie ne tombassent entre les mains de ces bandes de forcénés, —ennemis jurés desvoyageurs canadiens, avec lesquels ils ont eu tant de prises sanglantes, —et elles furent transportées ailleurs.

Bref, rien ne laissait à désirer dans la localité et tous ceux qui la visitaient en revenaient enchantés. Ils mélaient leur voix au concert d’éloges que faisaient entendre les colons à l’unisson, en l'honneur de l’entreprenant pionnier, qui avait converti la forêt en champs dorés et jeté un ferment de prospérité et d’un avenir durable dans la solitude.

La population avait en grande estime et affection celui qui semait sur elle tant de bienfaits. IL était aimé comme un père et, lors de ses absences un peu prolongées, il était accueilli à son retour par les plus chaleureuses démonstrations de joie. Tout le monde était en liesse. L'écho des collines répétait les joyeuses bordées de la mousqueterie, les salves des canons, l’harmonieux carillon des cloches et Les drapeaux ondulaient aux vents. Ces marques éclatantes de gratitude devaient bien indemniser le vénérable fondateur, de ses sacrifices et de ses efforts multipliés pour améliorer la condition de la petite colonie.

Divisions électorales lu Bas-Canada.—Le somté d'Outaouais en 1829. —Elections générales de 1830.—Wright est élu membre du comté d'Outaouais.—Rôle parlementaire de Wright —Anecilote—Wright ne siège que durant un parlement.

Jusqu’en 1829, la province du Bas-Canada fut divisée en vingt-sept circonscriptions électorales, qui envoyaient cinquante représentants à l'assemblée législative. Mais un acte du parlement provincial, adopté au mois de mars de cette année, porta le nombre des collèges électoraux à quarante et le chiffre des représentants à quatre-vingt quatre.

La plupart des noms des comtés furent remplacés pa d’autres. Ainsi, le comté d’'York fit place aux comtés de Vaudreuil, des Deux Montagnes et d'Outaouais, qu'il

comprenait auparavant dans ses larges limites. MM. Jacques Labrie et J. B. Lefebvre étaient les représentants de ce vaste comté, lors de sa répartition en trois divisions électorales. Depuis la constitution de 1791, il avait été successivement représenté par MM. Ch.de Lotbinière, G. de Bonne, Hubert Lacroix, J. Hétier, Joseph Bédard, L. C. Foucher, John Mure, C. L. Dumont, fils, Jean Joseph Trestler, Pierre St. Julien, Frans. Bellet, E,. N. L. Dumont, Wm. Forbes, J. B. Ferré, Aug. Perrault et John Simpson.

Le comté d’Outaouais ne comptait en 1829 que 2,488 habitants, c’est-à-dire, moins qu'aucun autre comté, sauf Mégantic, qui n'avait que 628 âmes. Si on en excepte la division du Saguenay, qui s’étendait sur 72,700 milles carrés, ce comté embrassait un plus grand rayon qu'aucun

autre. Il comprenait 36,669 milles carrés, dont 30,581 en terres non défrichées. Hull, Le seul village de la circonscription électorale, fut désigné comme le chef-lieu et la place de votation.

Les élections eurent lieu en vertu du nouvel acte, aux mois de septembre etoctobre 1830. Les candidats aflluèrent, mais un certain nombre résignèrent avant le concours des suffrages. Dans la plupart des élections, il ne fut pas question des opinions politiques des candidats, et les préférences personnelles ou les considérations locales en furent le mobile.

Wright fut réclamé par la voix populaire comme l'élu du comté d'Outaouais et son nom figure parmi ceux des députés qui ont composé le 14ème parlement du Bas-

Canada. Les dot 1ments législatifs constatent qu’il remplit ses devoirs parlementaires avec beaucoup de zèle et

d'assiduité. Comme Sheridan, durant les premières années de son entrée en chambre, s’il n’élevait pas la voix dans les débats, il votait néanmoins avec ardeur.

À la fin de la session de 1833, comme cela était arrivé plus d’une fois, les députés, désertaient en grand nombre l'arène législative pour aller vaquer à leurs affaires privées. Ils n'avaient pas alors la séduisante perspective de l'indemnité actuelle pour les clouer à leurs anquettes, ne recevant que deux piastres par jour. Aussi, le Canadien faisait observer, le 27 mars, de cette année, que la chambre d’assemblée ne pouvait procéder depuis quelques jours faute de quorum. Il y avait plusieurs bills à adopter et ce journal affirmait que les membres, partis sans raisons urgentes, avaient encouru une grande responsabilité. Le 28 mars, il ne restait dans la capitale que 29 députés et Wright était du nombre.

Un vétéran de nos luttes politiques raconte que Wright

e n'avait pas la moindre prétention oratoire ; mais en rela vanche, il avait la triture des affaires et son caractère agréable faisait des amis de toutes ses connaissances. Aux Le côtés de Wright siégeaient alors plusieurs politiques nt, éminents : Morin, Papineau. Lafontaine, Nelson et auurs 7 Das Le deputé d'Outaouais était fort estimé du gouverneur. és Un jour, il est invité par Son Excellence pour diner en dé compagnie de plusieurs collègues, conformément à l’u. sage suivi par les gouverneurs du temps. Il arrive à midi : au Château, oubliant que ce n’était pas du tout l'heure ct officielle. Son Excellence le reçoit avec beaucoup d’affa- Es bilité.

DAS- | ds Après quelques instants d'entretien, Wright déjeune et avec Son Excellence, sur son invitation. Au moment de an- saluer le gouverneur à son départ, celui-ci lui dit : OX — Vous viendrez diner, M. Wright, n'est-ce pas? Wright comprend son inadvertance et tout confus ivé fait ses excuses au gouverneur. Mais Son Excellence le )M- | tire gracieusement d’embarras en lui disant : res —Un brave homme comme vous, M. Wright, n’est jaive mais de trop deux fois dans une journée.

1et- Wright maintint une conduite indépendante en cham- Ca- bre et il votait indistinctement avec l’un des partis polique tiques aux prises, suivant sa manière d'apprécier les brüuis lantes questions du jour.

Hg Mais sa carrière législative ne fut pas longue. Ce digne L citoyen étant alors plus que septuagénaire ne pouvait Fe soutenir plus longtemps les fatigues des veilles parlemen-

taires, instituées par les politiques anglais, pour consa-

crer la nuit à la discussion de la chose publique et dofner le jour à leurs affaires privées.

Aussi, aux élections de 1834, il ne crut pas devoir briguer de nouveau les honneurs parlementaires, qui s’achètent si souvent aux dépens de la santé, du bouheur et de la fortune.

| D’apres le recensement de 1831, le comté d'Outaouais

comptait alors 4,786 habitants (1), et cette augmentation numérique lui donna le droit d’élire un autre député en 1832, M. Théodore Davis ; mais celui-ci préféra également la retraite à l'expiration de son mandat.

Ils laissèrent le champ libre à MM. Bowman et Black-

burn, qui furent élus par acclamation, le #4 novembre de cette année.

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