‹ Philibert de Chalon, prince d'Orange, vice-roi de NaplesChapitre 105 sur 239 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

André Doria embrasse le parti de l'empereur. — Échecs successifs des Français et de leurs partisans. — Mort de Lautrec. — Maladie de Philibert. — Ravitaillement de Naples par André Doria. — Les Français sont obligés de lever le siège de cette ville. — Sous le commandement du marquis de Saluées, ils se réfugient à A versa, où le prince les poursuit. — Us y sont défaits, et la ville capitule. — Philibert est chargé par Charles-Quint de traiter de la paix avec le pape, avec les Florentins et avec François Sforza, duc de Milan.

L'enthousiasme des Espagnols était bien davantage justifié par un autre événement considérable qui s'était accompli et qui équivalait pour les Impériaux à plusieurs victoires. André Doria avait abandonné la cause française pour se rallier à celle de Charles-Quint.

Si l'initiative des négociations qui amenèrent ce résultat fut prise par Philibert, c'est surtout à du Guast qu'était dû le mérite du succès définitif. Pendant sa captivité, il avait été le commensal de Doria, qui ne négligea d abord rien pour l'attirer au parti de François ltr (i). Mais l'arrivée à Gênes de Barbezieux, qui conduisait à Lautrec des renforts, des vivres et des subsides, entraîna sa rupture définitive avec le roi. Autant pour fuir la peste qui sévissait dans cette ville que pour se soustraire au danger dont il était menacé du côté de son successeur, il se sépara des galères françaises et se retira avec les siennes à Lérice. C'est en vain que Barbezieux dépêcha auprès de lui Saint-Blancard pour lui demander une entrevue à Gênes. Doria, peut-être prévenu, flaira un piège; il répondit par une signification de congé et déclara reprendre sa liberté d'action (2).

(i) C'est une justice qui lui est rendue surtout par Rosso, p. 36, et par l'auteur anonyme des « Rumori di Napoli in tempo di Carlo Quinto », ms. italien 300 de la Bibliothèque nationale, fol. 6-7.

(2) Rosso, p. 36; La Pise, p. 172; Caroli Sigoxii De vtia et rebut gettit

Barbezieux fit voile vers Naples. Au commencement de juillet, il fit sa jonction avec les Vénitiens et tenta de débarquer à Pontelicciardo. Lautrec avait chargé le comte Hugues Pepoli, chef des bandes noires depuis la mort d'Horace Baglioni, et Valerio Orsini, avec sa cavalerie, d'appuyer cette opération que Fernand de Gonzague devait empêcher à tout prix. 11 y eut, le 19 (1), entre les troupes impériales et les Français, commandés par Charles d'Albret, prince de Navarre, un engagement au cours duquel le comte de Caudale, colonel de l'infanterie gasconne, et Pepoli tombèrent entre les mains des Impériaux. Le premier, blessé à l'épaule gauche d'un coup d'arquebuse, mourut presque ausbilôt après son arrivée à Naples ; Pepoli, moyennant le payement d'une rançon, fut échangé contre trois capitaines de gens d'armes et de chevau-légers, Ario, Miranda et Prates, qui étaient détenus dans le camp de Lautrec (2). Les Français eurent 100 morts ; le reste fut mis en déroute.

Sur ces entrefaites, Philippin Doria avait reçu de son oncle Tordre de le rejoindre à Lérice, avec recommandation expresse d'éviter la rencontre de la flotte française. Il quitta Naples le 4 juillet (3). C'était pour Philibert un ennemi redoutable de moins.

Clément VII, qui, d'Orvieto où il était interné, regardait toujours de quel côté soufflait le vent, crut l'occasion favorable de s'attacher André Doria. Il dépêcha son secrétaire Jean-Baptiste Sanga pour traiter avec lui (4). Mais du Guast avait déjà pris les devants, et, avec son esprit souple et son caractère insinuant, il avait habilement exploité les ressentiments de Doria contre François Iw; à son tour, il voulait l'amener à servir Charles-Quint. Pour cela il com-

Andreœ Auriœ, Melphiœ principu, libri duo, fol. 29-32; Sun monte, t. IV. 1. Vil, p. 60; Guichardin, 1. XIX, fol. 3.i8.

(1) La le lire de Ferez à l'empereur, du 15 août, donne la date du 15 juin, sans doule par suite d'une faute de copie; la lettre de Lope de Soria, du 13, ne laisse aucun doute sur celle du 19 juillet.

(2) Lattre de Lope de Soria à l'empereur, du 13 août, dans Gayangos, p. 768; lettre de Ferez au même, du 15 août, ibid., p. 769: Rosso, p. 35; Santoro, p. 97-98; Guichardin, 1. XIX, fol. 340. C'est à tort que La Pisi (p. 173) attribue ce succès au prince d'Orange, alors très souffrant.

(3) Kosso, p. 36; Giannone, t. IV, 1. XXXI. p. 41; Guichardin, I. XIX, fol. 339 v°; CtPBLLONi, Vila dtl prencipe (sic) Andréa Doria, fol. 37.

(4) Lettré d'Ascanio Colonna à l'empereur, du 31 juillet, dans Gayangos, p. 758; lettre de Perez au même, du 15 août, ibid., p. 791; Caroli Sigonii De vita et rebut gestis Andreœ Auriœ, Melphiœ principit, libri duo, fol. 30.

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