‹ Philibert de Chalon, prince d'Orange, vice-roi de NaplesChapitre 106 sur 239 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

mença par surexciter son patriotisme en lui montrant Gênes opprimée et en lui promettant, s'il apportait son concours à l'empereur, de lui faire rendre sa liberté et son ancienne puissance maritime ; quant à lui, il en serait richement récompensé par les biens confisqués sur les rebelles du royaume de Naples.

André Doria se laissa persuader. Déjà, le 9 juillet, les négociations étaient en bonne voie (1); le 12, du Guast pouvait annoncer à Charles Quint qu'une convention préliminaire était signée et que. dans les circonstances actuelles, il y avait lieu d'en attendre les meilleurs effets (2).

Un religieux franciscain, ami de du Guast, frère Jacques de Procida, qui allait en Espagne pour assister au chapitre général de son ordre, fut prié par celui-ci et par Doria de remettre à Charles-Quint et à Jean-Baptiste Castaldo, alors à la cour pour les affaires de du Guast, des lettres relatives à cette importante négociation. Les pourparlers ne furent pas longs, car l'empereur appelait de tous ses vœux la réalisation du projet dont Philibert lui avait précédemment fait part. En effet, le 19 juillet, il écrivait au prince : t J'ay eu a grand plesir ce que m'escripvez de Andréa Dorya et du despeche que avez sur ce fait par Vauvvry, car c'est la chose que plus désire et dois plus désirer pour rompre les emprinses de mes ennemys et dyminuer leurs forces de la mer, que je puisse attirer a mon service ledit André Doria avec ses galerres et par son moyen recouvrer l'escadre de Gennes et pour me servir aussi de leurs galleres, carraynes et autres navyeres sans lesquelles mal pourroyt faire armée si puissante qu'est si supérieure a celle des ennemys... > Il transmit à Vaury et à Antoine de Leyva des instructions afin < que, par tous moyens possibles, ilz tachent de attirer a mon service ledit Andréa Doria, quoy qui me doye couster, car je ny veulx riens espargner, veu cequeVempourte le mesmes en ceste conjoncture (3) i. Aussi Castaldo donnait-il à du Guast l'avis que Doria n'avait qu'à formuler ses conditions (4).

(1) Lettre de Perez à l'empereur, dans Gayakgos, p. 739.

(2) Ih-ins Gayangos, p. 740. Cf. lettre d'Ascanio Colonna a l'empereur, du 17 juillet, ibid., p. 743; Saxtoro, p. 93-95.

(3) Pièces justificatives, n° 116; Archives impériales à Vieooe, P A 95, minote.

(4) Rosso, p. 37.

218 PHILIBERT DE GHALON

Doria députa en Espagne son neveu Érasme, abbé de Nero, afin d'arrêter avec Charles-Quint les termes de la convention à intervenir entre les deux parties et de lui prêter en son nom serment de fidélité. Signée le 10 août à Madrid par Jean Manuel, Nicolas Perrenot, Yaury, Jean Lallemand et Érasme Doria, elle fut ratifiée le lendemain par l'empereur. Elle portait que si Doria réussissait à arracher la ville et le territoire de Gênes des mains de l'ennemi, la république recouvrerait son indépendance et ses États d'autrefois et en particulier le territoire de Savone. Cette restitution devrait être faite sans aucune charge pour Charles-Quint, et avec les seules ressources que la République elle-même pourrait voter et obtenir des citoyens. Des instructions seraient adressées aux capitaines des Impériaux en Italie pour défendre Gênes contre toute attaque et toute violence. Tous les Génois seraient autorisés à faire le commerce avec les États de l'empereur et auraient les mêmes privilèges que ses sujets. Tout préjudice, quelle qu'en fûtla nature. causé en temps de guerre par Doria ou par ses lieutenants à Sa Majesté, à ses sujets et vassaux, serait couvert par l'amnistie et ne donnerait lieu à indemnité d'aucune sorte. Doria ne serait pas obligé de mettre en liberté un seul des sujets et vassaux de l'empereur prisonniers sur ses navires, à moins qu'ils ne fussent échangés contre des esclaves ou des criminels condamnés aux galères à perpétuité. Il demandait le commandement de douze galères avec lesquelles il s'engageait à servir Charles-Quint n'importe où et contre n'importe quels ennemis il plairait à celui-ci de l'envoyer. Ces galères seraient fournies d'artillerie et de munitions et pourvues de troupes en quantité suffisante. Pour leur entretien et leur approvisionnement, ainsi que pour la solde des marins et des hommes d'armes. 60,000 écus d'or au soleil seraient payés par versements faits à l'avance, au commencement de chaque mois.

Doria recevrait le titre de capitaine général de la mer; il aurait sous ses ordres un lieutenant général, avec la même autorité et les mêmes privilèges que ceux dont jouissaient ses prédécesseurs et en dernier lieu Hugues de Moncade. Il désirait pour lui et pour sa maison dans le royaume de Naples et près de la mer un endroit convenable où ses galères mouilleraient en sécurité. Gaëte serait un lieu très propice à cet effet; mais si l'empereur y voyait des

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inconvénients, il se contesterait de toute autre ville maritime du royaume qui serait désignée

De plus, il requérait l'autorisation de faire venir de Sicile ou de la rouille, comme ce serait le plus commode, 10.00U salme^ de blé prix ordinaire, et de les faire expédier au port le plus proche et I»* mieux approprié pour le ravitaillement de ses èquip Bgt tfc. Des boutetfl de canon et de la poudre seraient tenus à sa disposition selon les usage* suivis dans la marine (8), Si, pour quelque grande entreprise, il était nécessaire d'augmenter le nombre des combattants* Doria mettrait, aux frais de l'empereur. 50 hommes à bord de chaque galère, uu les agents impériaux lui procureraient ladite infanterie. Tue pension annuelle de 3,000 ducat* ou davanf scr à l'un des proches parent* de Doria sur les pre-

miers sièges épiscopaux ou autres bénéfices vacants en Espagne, danf le royaume de Naptoa ou dan* tout autre État de Otaries* Quint

Le présent engagement entrerait en rigueur te I" juillet 1528,

jour où Doria avait abandonné le service de Kninr.ois b* ; il serait

-ndant lesquels Teiupereur n'aurait le droit

lier ni lui de se retirer, si ce n'est dans Je cas où ses

gages ne lui seraient pas remis en tempe voulu et encore dans le

oâ Cbarlea-Quint ferait la paix avec la France (J).

ultat cau>a une rentable joie â l'empereur. • Je VOitl remeit irait-U à Philibert, * je vous remercie la pa> ne

t bonne diligence, que avez prin* pour dresser et conclure catt appoinctement dudit capitayne Àndrey Doria, » En même temps, il lui faUail connaître les témoignages île bienveillance qu'il lui avait donnes et ceux qu'il conviendrait d*y ajouter. Outre le titre de capitaine général de la mer, le prince d'Orange était invitr à le doter d'un marquisat au royaume de Naples. Philippin avait été nom nié conseiller **t chambellan de Charles-Quint, avec une pen-

i iirtide fut accepté en principe, mais il fut fait une restrâtioû en ùù qui 11 Gaâte qui avait été donnée à À limon, ï ti raison des services

C qu'il m\ reur il lot décidé que cette ville ne lui serait pas

à Philibert d'en trouver une autre où la Hotte de Doria l'ancre en toute sécurité.

i que Doria aurait, chaque année. S.40U écus pour pourvoir u de ce genre.

sion annuelle de 4,000 ducats. Érasme, fait gentilhomme de sa maison, aurait, ainsi que Christophe Doria, 500 ducats par an. Philibert avait mission de recevoir le serment d'André, de Philippin et de Christophe, Érasme ayant accompli cette formalité en présence de Henri, comte de Nassau et chambellan de l'empereur. Enfin des ordres venaient d'être lancés aûn que six galères fussent envoyées de Sicile et neuf de Barcelone pour être jointes à la flotte d'André Doria (4).

Le mois d'août devait être particulièrement fatal aux Français. La peste continuait ses ravages non seulement sous les murs de Naples, mais encore à Aversa et à Melito. L'effectif des troupes était réduit à rien par suite des décès et de la maladie. Plusieurs chefs de l'armée, atteints de la contagion ou pour s'y soustraire, s'étaient éloignés. Pepoli s'était réfugié à Capoue, Valerio Orsinià Nola, Grifîi à Gragnano. Ceux que la mort n'avait pas frappés étaient si débilités qu'ils pouvaient à peine garder leur camp, à tel point que, à deux reprises, Verticello, sans crainte du danger, put impunément le mettre au pillage (2); encore moins étaient-ils en état de soutenir une attaque. Aussi les Impériaux n'eurent aucune difficulté à remporter quelques succès partiels (3). Le i" août, Saravedra, capitaine de la cavalerie espagnole, s'était emparé d'Avellino (4); Camille Pignatello, comte de Burrello, avait contraint les Français à lever le siège de Manfredonia et s'était rendu maître de toute la Calabre, dont Simon Tebaldi, plus connu sous le nom de Romain, avait pris les principales places fortes, Cosenza et Senisi, malgré les efforts du prince de Bisignano, du duc de Castro Villari, du prince de Stigliano, du marquis de Laino et de Pedro Gonzalez-de Mendoza, gendre d'Alarcon. Au cours de cette campagne, Burrello avait battu à Monte d'Oro les Français qui, sous le commandement du duc de Somma, secouru par Romain, assiégeaient Catanzaro; il avait poursuivi ce dernier qui avait cher-

(1) Lettre du 27 août; Pièces justificatives, n° 1Î0; Archives impériales à Vienne. P A 95, minute; Archives du royaume à Bruxelles, Papiers d'État, reg. 80, fol. 4.

(2) Santoro, p. 105-107. Cf. Guichardin, 1. XIX, fol. 341.

(3) Voir la lettre de Perez à l'empereur, du 15 août, dans Gayangos, p. 769.

(4) Rosso, p. 45.

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