CHAPITRE PREMIER
Le 42 mars 1512, il écrivit à Claude de Montrichard, maître d'hôtel de Philiberte et du prince, de venir dHirgence le trouver, parce qu'il avait à l'entretenir de choses qu'il avait t à cœur i . Puis il dépêchait Montrichard à Charles d'Autriche avec des instructions sur ce qu'il convenait de faire dans les circonstances présentes, qui étaient « d'importance »(1). Le 11 juillet 1513, il permettait à quarante gentilshommes du comté de Bourgogne, au choix de la princesse d'Orange, de la servir pour la défense de ses places, sans qu'ils fussent, pendant ce temps-là, tenus au ban et à Parrière-ban (2). De Louis XII et de Maximilien Philiberte obtenait donc toute sorte de faveurs. Elle les sollicitait bien quelquefois, mais aussi les deux souverains rivaux cherchaient spontanément à lui être agréables. D'un côté, le roi était attaché à la veuve de Jean de Chalon par la reconnaissance qu'il devait à son brave compagnon d'armes en Italie; de l'autre, l'empereur l'était par les liens d'une parenté encore plus étroite que celle qui unissait la famille de Chalon à la maison de France (3), car, par son mariage avec Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, il était devenu le neveu de Jean IV. Qu'il y eût sympathie réelle ou calcul, ils avaient, l'un et l'autre, tout intérêt à la ménager, plus encore pour l'avenir que dans le présent, car ils savaient qu'il valait mieux avoir les Chalon pour amis que pour ennemis. En femme habile et soucieuse des destinées de son fils, Philiberte attendait les événements, mais elle recueillait les fruits de cette lutte pour l'influence. La mort de Louis XII (l-r janvier 1515) y mit un terme. Elle ne l'apprit pas sans émotion. De même que les premières années de son veuvage avaient été traversées par le sombre souvenir de ce que les ancêtres de son fils avaient, depuis près d'un demi-siècle, souffert de la part des rois de France, de même elle dut se deman-
(1) Pièces justificatives, n» 5; Archives particulières de S. M. la reine des Pays-Bas.
(2) Clbrc, Philibert de Chalon, p. 46; Pièces justificatives, n° 6; Archives du Poubs, E 1296; Bibliothèque de Besançon, collection Duvernoy, copie; Revue de la Cote-d'Oret de l'ancienne Bourgogne, 1336, t. II, p. 218; Annuaire du département du Jura pour 1841, p. 147.
(3) Guillaume de Chalon, grand-père de Philibert, avait épousé Catherine de Bretagne, sœur du duc François 11 et tante de la reine Anne. Celle-ci n'était que la petite-cousine du prince d'Orange et sa tante à la mode de Bretagne ; d'où l'appellation de nièces et de neveu donnée à Philiberte et à ses enfants par Louis XII.
der alors quelle serait à son égard l'attitude de François I*.
En apparence, cette attitude fut d'abord plus que correcte; elle fut courtoise. A l'occasion du mariage de Claude de Chalon avec Henri, comte de Nassau, ambassadeur de l'empereur Maximilieo près la cour de France, à qui il avait fait hommage pour les comtés de Flandre, d'Artois et de Charolais (4), le roi assista au contrat passé à Paris le 23 avril 1545 (2); le lendemain, il promettait à la fiancée une somme de 40,000 francs, payables six ans après (3). Mais il ne faudrait pas voir dans la présence de François à cette fête de famille une marque de déférence entièrement à l'adresse de Philiberte de Luxembourg et de ses enfants; il voulait aussi et peut-être surtout faire honneur à Henri de Nassau, avec qui 0 était apparenté plus étroitement, puisque sa mère, Louise, et Françoise de Savoie, première femme du comte, étaient cousines. Selon La Pise, le roi aurait ménagé le mariage de Claude avec le comte pour reconnaître ses bons offices.
Le 48 mai 1516, il mandait à son général des finances de Bourgogne de faire payer à Philiberte et à son fils sur les revenus des greniers à sel de Pouilly et dArnay-le-Duc la somme de 25,000 livres qui leur était due en complément de la promesse de 50,000 livres faite par Louis XII à Jean IV de Chalon, en récompense de ses services (4).
Il semble qu'il y eut bientôt un refroidissement dans les relations de Philiberte et de François Iw. Autrement il serait difficile d'expliquer les causes dune démarche que fit le prince d'Orange auprès du nouveau roi d'Espagne, Charles I" (Charles-Quint), démarche qu'il fit sans aucun doute avec l'agrément de sa mère. Bien qu'il ne
(1) Henri, surnommé le Grand, fils de Jean, comte de Nassau, et d'Anne de Catzenellenbogen, né le 12 janvier 1483, mort le 14 septembre 1538.
(2) Ce traité de mariage est aux Archives du Doubs, E 1322. Henri de Nassau et Claude y déclarent renoncer à la succession do Philibert de Chalon et de sa mère, moyennant le payement par celle-ci d'une somme de 20,000 livres et le payement par le roi d'une somme de 10,000 livres. Quel intérêt le roi pouvait-il avoir à celte renonciation?
(3) Les lettres patentes de François I,r confirmant ce mariage sont aux Archives du Doubs (ibid). — C'est par erreur que M. le président Clore dit que le roi promit 100,000 livres ù Claude. — D après La l'isc (p. 155 et 240). le mariage du comte de Nassau et de Claude fut fait par l'entremise de François ltr.
(4) Collection des ordonnances des rois de France. Catalogue des actes de François /", t. I, p. 81, n» 482.