CHAPITRE XII
de pierre. Dès cet instant, le courage des Français commença à mollir, et bientôt Saluces ne se fit plus d'illusions. La situation lui apparut telle qu'elle était, désespérée. Pour ne pas sacrifier inutilement la vie de ses soldats, il envoya Rangone en parlementaire auprès du prince, avec mission de capituler. De part et d'autre, les conditions suivantes furent arrêtées, non sans que Rangone protestât plus tard (1) :
Aussitôt après la signature de la capitulation, le marquis de Saluces remettrait i Philibert la cité et le château d'A versa avec toute l'artillerie, les munitions, les vivres et autres choses y contenus. Le marquis de Saluces et le comte Guy Rangone seraient prisonniers du prince et seraient bien traités par lui jusqu'au jour où ils seraient en liberté, par ordre de l'empereur ou autrement. Tous les capitaines et gens de guerre à pied ou â cheval étant dans la ville, hommes d'armes, archers, francs-archers et chevau-légers, tant Français qu'Italiens, lansquenets, Suisses et autres, de quelque nation qu'ils fussent, au service du roi, laisseraient entre les mains de Philibert leurs enseignes, guidons et banderoles, ainsi que toutes leurs armes, chevaux etautres objets de diverse nature. Les capitaines, lieutenants, enseignes, guidons de gens d'armes et chevau-légers seraient autorisés à garder avec eux trois montures : courtauds, bidets (chevaux de selle) et mules, à leur choix; les capitaines, lieutenants et enseignes d'infanterie, les gens d'armes, les archers et chevau-légers pourraient avoir soit un courtaud, soit un bidet, soit une mule.
Pendant les six mois prochains, les gens de guerre italiens ne serviraient contre l'empereur ni le roi, ni la ligue, ni aucun prince quelconque, mais ils se retireraient chez eux ou en tel endroit qui leur conviendrait. Tous les Français, Gascons, lansquenets, Suisses et autres soldats, gens de guerre, capitaines, lieutenants et enseignes, à pied ou à cheval, étant dans ladite ville seraient également libres de retourner dans leur pays, mais sans séjourner nulle part (2).
(1) Santoro, p. 110-115; Rosso, p. 48; Glichardin, 1. XIX, fol. 342; Parino, t. I, p. 125; Giannone, t. IV, 1. XXXI, p. 42; La Pise, p. 175; lettre de Perez à l'empereur, du 30 août, dans Gayangos, p. 776-777.
(2) Philibert fit aussitôt diriger sur Pouz/oles les Français sur trois barques munie» d'un sauf-conduit. H prit des dispositions spéciales pour que les I*'
Le marquis de Saluées s'engageait à faire tous ses efforts pour faire restituer au prince et lui remettre à lui ou à ses représentants quelconques les villes, terres, châteaux, places et forteresses soit de l'Abruzze, de la Calabre, de la terre de Labour et de la Pouille. soit de toutes les provinces du royaume de Naples qui se trouvaient alors en la puissance du Roi Très Chrétien, celle des Vénitiens ou d'autres adhérents à la ligue, en un mot pour rendre à l'empereur ou à Philibert le royaume de Naples dans l'état où il était lorsque Lautrec l'envahit. Il serait pris i l'égard des combattants de ces provinces les mêmes mesures que pour ceux d'A versa, comme ils profiteraient des mêmes grâces. Le prince promettait de les renvoyer sains et saufs jusqu'aux frontières du royaume; plus loin, il n'aurait plus qu'à faire veiller sur les chevaux du marquis de Saluces.
Cette capitulation, revtUue du sceau des deux parties contractantes, fut signée, le 30 août, par Philibert et Saluces au camp devant Aversa(i).
Saluces eut l'humiliation de voir ses troupes sortir de la ville un roseau à la main (2).
Le lendemain, à la nouvelle de la capitulation, le prince de Melû, l'abbé de Farfa et Ilence de Ceri, qui étaient aux environs de Capouc, d'où ils devaient se porter au secours des Français, s'empressèrent de partir pour l'Abruzze, par crainte d'être attaqués à leur tour. C'est ce qu'ils avaient à faire de mieux, car ils n'auraient pas manqué de subir le sort du marquis de Saluces Celui-ci ne survécut pas longtemps au désastre de son armée. Le 19 octobre, il mourut autant de chagrin que des suites de sa blessure (.']). Aigremont, le dernier des lieutenants de Lautrec restés pivs de Naples, sur la colline de Capo di Monte, où, le 28. il
liens ne pussent pas aller rejoindre les troupes de Rence de Ceri et du prince de Melli. Ascanio Colonna fut chargé de les répartir sous les murs de Naples. où ils étaient gardés à vue (Lettre du prince à l'empereur, du 9 septembre: Pièces justificatives, n° 125; Archives impériales à Vienne, P A 95, original sisno).
(1) Pièces justificatives, n" 122; Archives impériales à Vienne, P A 95, copie contemporaine ; Bibliothèque nationale, ras. fr. 3005, fol. 179 ; La Pis», p. i>
(2) Lettre de Perez à l'empereur, du 30 août, dans Gayangos, p. 779. (;i) Lettre du môme au même, du 21) octobre, ibid., p. 828.