CHAPITRE XIII
ndépendamment de la somme de 200,000 écus fournis par le ■oyaume. Cette mesure était surtout prise contre ceux qui avaient embrassé la cause française; ceux qui refuseraient de contribuer seraient regardés comme rebelles et traités en conséquence. De la sorte on pensait satisfaire l'armée dans deux ou trois jours et la faire camper hors de la ville. Déjà les vieilles bandes allemandes en étaient sorties après avoir reçu 5,000 ducats; aux nouvelles il en avait été distribué 35,000, mais elles demandaient à être payées comme autrefois à Rome, à la suite de montres ou revues (4).
La levée de cette contribution incombait à Morone. Il était bien le personnage qui convenait à une pareille tAche; il avait à faire oublier un passé très peu honorable ; aussi il s'y employait avec un zèle qui lui avait valu les éloges de Philibert; il tint à les mériter par la rigueur impitoyable avec laquelle il agit en cette circonstance.
Par ses soins une liste des plus riches, des suspects ou des traîtres fut dressée. Santoro a donné la nomenclature — très incomplète, puisque, d'après lui, elle aurait pu encore comprendre près de quinze cents noms — de ceux qui, dans les villes et les villages, étaient invités, au son de la trompette, à venir, dans le délai de quinze jours, faire leur soumission à l'empereur, sous peine de mort ou de confiscation de leurs biens. Il y figure des représentants de la plus haute noblesse napolitaine, comme les princes de Melfi, de Stigliano, les ducs d'Atri, de Boiano, de (iravina, de Somma, de San Petro in (Jalatina, de Nocera, de Sora, etc., à côté de marquis, de comtes et de barons de moindre illustration; des femmes, comme la duchesse de (lamarino, la marquise de Sant'Angelo. les comtesses de Conversano, de Mileto, de Nola. d'AJtavilla. deMontorio, deCerreto, etc.; le cardinal Sanseverino. l'archevêque de Conza. Tévôque de Hisceglia, des abbés, des fonctionnaires, des bourgeois, etc. (2).
Ouelques-uns s'exécutèrent plus ou moins volontairement. Le comte de Conza et Jean-André Origlia donnèrent chacun 8.000 ducats ; le baron de Faicchio. 1,500; le baron de Hodi, 4.000 ; les comtes de SanfAngelo et de Popoli. chacun 5.000; le comte de Muntorio
(i) Lettre de Perez à l'empereur, du 1!) septembre, dans Gayan<;os, i» 791. (2) Santobo, p. 127-132.
et François Gambacorta, chacun 2,500; le comte de Pacentro, le baron de Mirabella, Emile de Gennaro et Thomas Carafa, chacun 2,000; les barons de Monte Rotondo et del Tufo, Scipion d'Antonio et Fernand Gambacorta. chacun 4,500; les barons de Montefalcone, de Castelfranco et de Cammarota, chacun 1,000; le baron de Montebello, 500; le baron de Sesto, Jean Lamberto et Antoine Guarino de Lecce, 300; Louis Buzzuto, 50, etc. (1). Mais une cinquantaine d'entre eux, parmi lesquels les ducs de Boiano, de Traietto, d'Ariano, de Somma, de Gravina, le prince de MelG, les marquis d'Oria et de Montesarchio, les comtes de Nola, de Castro et de Gonversano, et Isabelle Carafa, ne voulurent pas se soumettre. Ils furent condamnés à mort et leurs biens confisqués (i). Plusieurs étaient déjà prisonniers à Castelnuovo dès le 19 septembre (3). Santoro, qui rejette tout l'odieux de ces proscriptions sur Philibert, sur le cardinal Colonna et sur le Conseil collatéral, raconte que le prince, couché dans un lit recouvert d'étoffe noire et installé en un endroit élevé de la place du Marché, entouré d'hommes d'armes et des juges ordinaires de robe longue, avait fait comparaître devant lui les rebelles, le duc de Boiano arrêté chez lui, Frédéric Gaetani, le fils atné du duc de Traietto, que les Espagnols avaient trouvé dans un monastère de la Pouille, le comte de Morcone, le baron de Gioia, Aiello et Altomare, qu'un fort détachement d'infanterie et de cavalerie accompagnait de Castelnuovo, et les avait fait décapiter sous ses yeux, à l'exception de Morcone, qui aurait eu la vie sauve grâce à l'intervention du cardinal Colonna. Ces exécutions n'eurent d'ailleurs lieu que le 1er décembre (4); il y en eut encore trois autres dans la Pouille (5); une dizaine de personnages furent punis, les uns de la déportation perpétuelle, les autres de l'exil à Capri et à Ischia pour unt? durée de deux à cinq ans; d'autres, plus heureux, purent par la fuite se soustraire au châtiment <f>).
(I) Santoho, p. 136.
(2 lbid.% p. 133 3) Lettre de Perez à. l'empereur, dans (îayangos, p. 792.
(4) Santoho, p. 133; cf. la lettre de Père/ à l'empereur, du 46 décembre, dans (Jayanc.os. p. 865 ; cf. Rosso, p 49-50: Parrino, t I, p. 1*7; Gcichardin- 1. XIX. loi. :U7; liiAXN.iXK, t IV, 1 XXXI, p. 43.
(5) Même lettre de Perez.
16) Santoho donne leurs noms, p. 135 et 136.