‹ Philibert de Chalon, prince d'Orange, vice-roi de NaplesChapitre 13 sur 239 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le 30 avril (1) et le 43 décembre (2) suivants, — cette fois, c'est le Catalogue des actes de François J#r qui nous l'apprend, — la révocation générale de tous les dons, cessions, transports faits par ses prédécesseurs et par lui était prononcée. La principauté d'Orange s'y trouvait de plus en plus englobée. Ainsi était coupé, par François I,r lui-môme, le faible fil qui rattachait lesChalon à la France.

Cette confiscation fut d'autant plus sensible à Philiberte et à son fils qu'elle leur enlevait le plus beau fleuron de leur couronne. Telles de leurs possessions, le comté ,de Penthièvre et l'héritage du seigneur de Grignon, par exemple, ils pouvaient les considérer comme les ayant par surcroît ; leur perte n'entraînait guère pour eux qu'une diminution de revenus. Mais il n'en pouvait être de même pour la principauté d'Orange qui, depuis près d'un siècle et demi, faisait partie du patrimoine de la maison de Chalon et mettait Philiberte et ses enfants sur le même rang que les familles souveraines. Dans son Tableau de l'histoire des princes et principauté d'Orange, La Pise (3) a bien montré tout ce qu'il y avait de flatteur pour Philibert dans le titre d' c illustre » que lui donnaient dans les suscriptions de leurs lettres des personnages comme Gaston de Foix, duc de Nemours; Jean de Poitiers, seigneur de Saint-Vallier, etc. Orange n'était-elle pas le siège d'un évêché, d'une université, d'un parlement, etc., une capitale, enfin? Était-ce donc rien que de régner sur cet État, petit, il est vrai, mais État quand même? Le remplacement, sur les portes de la ville, des armoiries des Chalon par les armoiries royales n'était-il pas comme une sorte de négation de la justice et du droit?

Voilà certainement les pensées qui durent agiter le prince et la princesse dépossédés. Il faut rendre ce témoignage à Philiberte que, malgré la distance qui sépare le pays d'Orange de la Franche- Comté, elle n'avait jamais cessé, pendant la minorité de son fils, de s'intéresser aux affaires de cet État et qu'elle avait su réussir. En maintenant dans leurs fonctions les officiers en exercice au moment de la mort de son mari, elle s'était concilié leur sympathie

taire imprimé, t. II, p. 7. M. Prudhomme, archiviste, a bien voulu l'analyser à mon intention.

(3) P. 153 et 154.

et leur appui. Elle avait donné satisfaction à ses sujets en expulsant les juifs qui étaient accusés d'usure et en décidant que ceuxlà seuls qui se convertiraient au christianisme pourraient continuer à séjourner dans ses terres; mais comme elle avait besoin de refaire ses finances, elle demanda aux habitants de la principauté et obtint d'eux une compensation pour les pertes qu'elle éprouvait de ce fait (avril 1505) (4).

Quand leurs intérêts étaient en jeu, elle les soutenait énergiquement envers et contre tous. Elle ne craignait môme pas de résister au pape Jules II, ainsi que le prouve le fait suivant. Pierre Carré, évoque d'Orange, étant mort le 5 janvier 1510, le chapitre élut à sa place Guillaume Pellicier, un des chanoines de cette église; mais le pape nomma Jean le Franc. La princesse refusa de le reconnaître. De son côté, Jules II ne voulait pas ratifier le choix fait par le chapitre, et, comme ni Philiberte ni les chanoines ne consentaient à céder, il lança l'interdit contre l'église d'Orange. A cette censure la princesse répondit en ordonnant à son Parlement de séquestrer les revenus de l'évèché et de les mettre sous la main du prince, tant que durerait le conflit. Pour tâcher de faire pencher la balance en sa faveur, elle eut recours à l'intervention de l'archiduchesse Marguerite d'Autriche; elle finit par avoir gain de cause pour son candidat, qui dut verser à Jean le Franc une certaine somme d'argent et lui payer une pension de 400 ducats d'or. Ce Guillaume Pellicier ne doit pas être confondu avec le célèbre prélat du même nom, son neveu , qui lui succéda à l'évèché de Maguelone, transféré à Montpellier(â).

C'est à peine si, pendant cette première période, on voit quelques légers nuages dans les relations de Philiberte et de son Ûls avec leurs sujets d'Orange. De temps à autre, nous trouvons dans les

(1) La Pisb, p. 153.

(2) /<*., ibid. — L'aflaire de la succession de Pierre Carré à l'évèché d'Orange ne fut terminée qu'en 1543. La princesse, les syndics et les conseillers d'Orange étaient absolument d'accord, ainsi qu'il résulte d'un échange de lettres (voir Archives de la ville d'Orange, AA 10) et de plusiours délibérations municipales (ibid., BB 10, fol. 101, 102, 131, 138, elc). — Les Archives du Doubs contiennent aussi de nombreux documents relatifs à cette affaire. Parmi les plus intéressants, je citerai une lettre de Guillaume Pellicier à Philiberte concernant la provision à cet évéché: le procès-verbal de son élection par le chapitre; la procuration par Jean le Franc, se disant évéque d'Orange, à divers pour gérer les affaires en cour de Rome et contenant la désignation par lui de Bernard de Chalon pour son successeur audit siège (E 1225).

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