CHAPITRE PREMIER
archives municipales la mention de dons gracieux envoyés à la princesse. Ils consistaient généralement en la somme de 300 écus d'or (1). Cependant les syndics et les conseillers ne s'exécutaient pas toujours sans protester, notamment quand il fallut envoyer le subside qu'elle avait exigé d'eux pour parer aux dépenses faites en prévision d'une attaque des Suisses (2) et surtout lorsqu'elle réclama 300 écus pour le mariage de sa fille Claude (3). Alors il lui fut répondu que la ville était trop pauvre. Les communautés de Gigondas et de Jonquières donnèrent la même raison dans une autre circonstance (4).
Une fois, ce fut au sujet de la proposition de nommer un juge pour trois ans que Philiberte éprouva un refus. Cette proposition était considérée comme portant atteinte aux libertés communales (5), au respect desquelles elle fut rappelée par délibération du 17 janvier 1507 (6). Elle en tint compte, car la confirmation à Charles Bernard de ses fonctions de juge porte c sans préjudice toutes voyes de vos libertez et franchises » (7).
D'ailleurs, il semble qu'à chaque succession, les syndics et les conseillers d'Orange, craignant pour ces franchises, en demandaient au nouveau prince le maintien, ainsi qu'on peut le voir dans les registres de leurs délibérations et autres documents d'archives (8).
Ce fut sans aucun doute la réunion de la principauté d'Orange à la France qui motiva le voyage de Philiberte et de son fils auprès de Charles, roi de Castille, lequel avait convoqué ses États àGand en 1517. Ils s'y rencontrèrent avec l'archiduchesse Marguerite. Que se passa-t-il dans cette réunion de famille? Il n'est pas nécessaire d'être grand clerc pour deviner que la question d'Orange dut être longuement agitée et que, comme, à l'heure actuelle, elle ne pouvait
(1) AA 15 (1" avril 1513). — BB 10, fol. 156 (5 octobre 1513). (£) BB 10, fol. 156 (5 octobre 1513).
(3) Ibid., fol. 205 (4 et 10 juin 1505).
(4) Ibid., fol. 207 (6 décembre 1516).
(5) Ibid., fol. 33.
(6) Ibid., fol. 39.
(7) Ibid ., fol. 118 (19 août 1512).
(8) En ce qui concerne Philiberte et son fils, vov. Archives muni* d'Orange, AA 7 (18 avril 1513), AA 11 (13 mars 1516)* et AA 15 (22 no et 16 décembre 1516).
être tranchée par la force, il y avait lieu d'user de prudence et de faire appel aux sentiments d'équité de François I*% pour tenter d'obtenir de lui une légitime réparation. Il y fut probablement jeté, pour l'avenir, les bases d'une entente commune. Lorsque Charles partit de Middelbourg, afin de s'embarquer pour l'Espagne, il était accompagné d'Éléonore, sa sœur aînée, de l'archiduchesse Marguerite, delà princesse et du prince d'Orange (1).
Philibert fut, pendant son séjour auprès de Charles et de Marguerite, nommé gouverneur et lieutenant général du comté de Bourgogne et du Charolais (2), avec une pension annuelle de 4,000 livres pour cette charge (3); dans un document du 20 août, daté de Middelbourg, par lequel l'archiduchesse accorde à Philiberte une pension de 1,000 francs en raison des services rendus par elle t a l'adresse et conduite des affaires qui sont survenues dans nostre comté de Bourgogne durant nostre absence », le prince est désigné aveccettequalilé (4), qu'elle lui confirma le 13 novembre suivant (5).
Il avait alors un peu plus de quinze ans et par conséquent encore besoin de conseils, malgré la maturité de son esprit. Par Claude de Montrichard, son maître d'hôtel, sa mère lui envoyait des instructions. Elle lui recommandait notamment d'essayer d'obtenir en même temps la charge de maréchal de Bourgogne, d'avoir pour lieutenant Simon de Quingey, seigneur de Montboillon (6), si on devait lui en donner un, mais de s'en passer, s'il le pouvait. Guillaume de Vergy fut maintenu dans son maréchalat (7).
(1) Clkrc, Philibert de Chalon, p. 8, d'après Vandenesse (p. 4 et suiv.), dont il donne un extrait.
(2) Lettres patentes de 1517: Pièces justificatives, n° 12; Bibliothèque de Besançon, collection Chillet, n° 155, fol. 140-141.
(3) La nomination de Philibert par le roi Charles comme gouverneur du comté de Bourgogne est du 11 juillet 1517 ; elle est datée de Middelbourg (Archives du Nord, Lettres missives, portefeuille 34). Par une singulière erreur, les lettres patentes qui lui furent accordées en cette circonstance portent que ce titre lui fut conféré et la pension accordée à cause des services de Louis, prince d'Orange, son père.
(4) Clerc, Philibert de Chalon, p. 46, Pièces justificatives, II, et mes Pièces justificatives, n°ll ; Archives du Doubs, E 1317.
(,?i) Archives du Nord, Lettres missives, portefeuille 34.
(6) Sur Simon de (Juin^ey, qui, fait prisonnier à Verdun-sur-Saône, fut enfermé par ordre de Louis XI en une cage de fer, voir Salmon. dans Bibliothèque de l'Ecole des charte*, 1853, p. 376 et suiv., et M. Jules Gadthibr, dans Mémoires de la Société d'émulation du Doubs, 1873, p 417 et suiv.
(7) Clerc, ibid., p. 47.