‹ Philibert de Chalon, prince d'Orange, vice-roi de NaplesChapitre 16 sur 239 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Voyage do Philiberte de Luxembourg et du prince à la cour do France. — Ordres de François Itr pour que la principauté d'Orange leur soit restituée. — Difficultés suscitées par le comte Guillaume de Fûrstenberg. — Enlèvement de la dame d'Oricourt. — Philibert est nommé chevalier de la Toison d'or. — Nouveau voyage à la cour de France. — Charles, roi de Castille, invito le prince à rentrer en Franche-Comté. — Tournoi de Nozeroy. — La principauté d'Orange n'est pas rendue à Philibert. — Voyage du prince en Espagne auprès du roi Charles. — Son testament. — Il accompagne l'empereur en Angleterre et en Allemagne ; il assiste à son sacre à Aix-la-Chapelle. — Son retour en Franche-Comté. — Mort de sa sœur Claude.

Philiberte de Luxembourg et le prince avaient, probablement sans enthousiasme, accepté l'invitation de François Ier. L'iniquité dont ils avaient été les victimes de sa part était encore trop récente pour qu'ils l'eussent oubliée, mais la politique leur commandait de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Peut-être se berçaient-ils de l'espoir que le roi, mieux éclairé sur leurs droits ou mû par un sentiment chevaleresque, leur rendrait leur principauté d'Orange. Bref, le voyage était décidé;* il s'agissait de l'accomplir avec tout l'éclat possible. Les dernières semaines se passèrent donc en préparatifs considérables; la suite du prince désignée pour l'accompagner, lui et sa mère, se composait de plus de quatre-vingts personnes; les chevaux de l'escorte, sans compter sept mulets, étaient au nombre de cent vingt-trois (1).

(!) Voici, d'après un document conservé aux Archives du Doubs, E 1301, l'état de la suite du prince et de la princesse d'Orange : les sieurs de Suinte-Maure, de Sombernon et sa mure, de Montrnartin, le gouverneur d'Orange, de Châtilloo, de Flammerans, de Montconis, de Saint-Vincent, do Montrichard, de La Barre, Visemal, Grandjean, Jean de Fallorans, Jean du Vernoy , de Yescle, de Chantrans, de Cossonnay, de Chalain, de Fertans, de Commenaillcs, Mure du Vernoy. du Tartre, trois valets de chambre de la princesse, quatre valets de chambre du prince, deux échansons, huit valets de cuisine, deux argentiers : pierre de lMoisy et Pierre Montanet, sieur du Nant, cinq fourriers et archers, trois laquais de la princesse, deux du prince, cinq palefreniers et deux aides,

Le départ eut lieu, le 10 janvier, de Bletterans, une des résidences des Chalon. A la fin du mois, Philibert et la princesse étaient à Amboise, où se trouvaient alors François I" et la reine Claude; ils y séjournèrent ensemble presque tout le mois de février, époque à laquelle Philiberte s'en retourna. Le 4#r mars, elle écrivait, de Paris, à Guillaume de Croy, sieur de Chièvres, qu'elle y avait laissé son fils « à la poursuite de ses affaires • jusqu'à l'accouchement de la reine qui était prochain (1). En effet, le dauphin François était né le 28 février. Philibert assista à son baptême le 26 avril.

Selon Brantôme, c'est au moment des fêtes données à cette dernière occasion que se serait produit le grave incident qui aurait si fort irrité Philibert et l'aurait poussé à prendre parti contre François I". L'appartement mis à sa disposition lui aurait été retiré pour être attribué à un autre, t grant faute, certes », dit Brantôme, « dont il partit Tort mal content et de despit en alla trouver Charles d'Austriche (2) ». Montluc raconte la chose autrement. Il dit que le roi, étant à Fontainebleau, commanda à son maréchal de logis de faire donner l'appartement de Philibert à un ambassadeur du roi de Pologne ou, selon d'autres, au nonce du pape (3). Si le fond du récit est vrai, il y a au moins erreur en ce qui concerne l'endroit où le fait serait arrivé. Car François I", à en juger par son itinéraire, que le Catalogue de ses actes- permet de suivre presque jour par jour, ne reçut pas le prince à Fontainebleau. Il est plus que certain qu'il n'y vint pas pendant les cinq premiers mois de 4518; il ne parait avoir quitlé Amboise que pour se rendre à Blois, le 15 mars et le 22 avril. Mais le fait doit être inexact, ou Philibert dévora l'affront en silence, ce qui est peu probable. En tout cas, il resta à Amboise; d'après un registre de

trois muletiers, trois médecins et un chirurgien, Louis des Baux, Louis Julien, Henri Robinet et maître Jean, le président d'Orange, un conseiller de longue robe, M. de Retoncourt, deux secrétaires : Philippe Vauchier et Antoine Uuichon, quatre aumôniers : frère Claude du Tarlre, frère Dominique. Jean Tournemire et Jean de Lisle, deux valets et trois laquais pour « les filles ».

(1) Archives du Nord, Lettres missives, portei'euillo 39.

(3) Commentaires, publiés par M. de Ruble, pour la Société de l'histoire de France, t. III, p. 130. Cf. La Pise, p. 157. — M. Sandret (p. 17) a réédité ce conte.

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