CHAPITRE II
ses comptes, on voit qu'il y passa de la fin de janvier jusqu'au mois de mai. Il prit part aux joutes qui y eurent lieu alors et pour lesquelles il n'avait pas dépensé moins de 6,222 francs, en équipements, harnachements et vêtements de soie, de draps d'or et d'argent arhetés à Lyon (4). Jusqu'à son retour, le 2 juin, ses frais de voyage avaient atteint la somme de près de i6,000 francs (2). Mais il pouvait estimer qu'il n'avait perdu ni son temps, ni sa peine, ni son argent, car François I#r semblait s'être intéressé à lui, puisqu'il aurait eu l'intention de le marier avec une princesse française, dont nous ignorons le nom (3); de plus, cédant, au moins en apparence, à ses réclamations, il déclarait n'avoir pas voulu comprendre dans son éditla principauté d'Orange et lui en assurait la restitution par lettres patentes du 17 mai 1518 (4). Elles annulaient les procédures faites par le Parlement de Grenoble au préjudice de la souveraineté de Philibert. Ces lettres furent entérinées par le gouverneur du Dauphiné, mais le Parlement refusa nettement d'y obtempérer.
De nouvelles lettres de jussion furent expédiées le 17 juillet; elles prescrivaient au gouverneur, au Parlement et à la Chambre des comptes « de laisser jouir le prince de sa souveraineté, comme il faisoit auparavant lesdits empechemens ». Malgré cela, le Parlement persista à ne pas exécuter complètement les ordres de Fran-
:l) Los pièces relatives à ces acquisitions sont conservées aux Archives du Doubs. E, Chaion supplément. Elles nous donnent les noms des fournisseurs du prince et de la princesse d'Orange : François Carta, Valenlin le Coultre, Jean Bartliolin. Celui-ci, par une lettre assez roide, datée du 2 août 1519, réclame à Philiberte les sommes qu'elle lui devait pour les marchandises achetées par elle.
(2j Clerc, Philibert de Chaion, p. 44. — exactement 15,134 1. 10 deniers, ainsi qu'il résulte du registre de dépenses, E 1287, des Archives du Doubs, qui ne fournit malheureusement pas de détails.
(3; Ce renseignement, donné par M. Sandret (p. 16), qui Ta emprunté à la biographie manuscrite de Philibert par Abry d'Arcier, est confirmé par la lettre de la princesse d'Orange qui écrivait à Guillaume de Croy, sieur de Chièvres, ancien gouverneur et grand chambellan de Charles, roi de Castille : « J'estoie ycy venue avec mon filz pour le mariaige dont pieça vous a y escript Toutes ibis pour aucunes raisons la chose n'a esté despeschee, ains sans aucune roupture a esté continuée et remise jusques après Pasques. » (Archives du Nord, Lettres niiFsives, portefeuille 39.)
(4; Il existe aux Archives d'Orange une lettre de Philiberte aux syndics et conseillers de la ville, leur annonçant qu'elle et son fils ont obtenu mainlevée de la principauté et qu'ils enverront un personnage de leur hôtel pour informer sur les excès commis par leurs officiers. (AA 15, 15 avril 1518.)
çois ; il se borna à attribuer à Philibert les revenus de la principauté, la juridiction ordinaire, les premières et secondes appellations, les dernières étant réservées au roi, et il ordonna le maintien sur les portes d'Orange des armes royales qui avaient remplacé celles des Chai on. Le prince n'avait donc obtenu qu'une satisfaction illusoire (1).
Peu après son retour, le 10 juillet, il avait dépêché, avec une lettre, Henri de Gossonnay (al. Cozonay) à l'archiduchesse Marguerite afin de l'informer du résultat de son voyage à la cour de France au sujet des affaires de sa principauté d'Orange et du comté de Bourgogne. Pour les siennes, on lui avait seulement « donné groz espoir (2) »; celles du pays n'étaient pas des plus satisfaisantes. En effet, la paix dans la province était, depuis quelque temps, constamment menacée par le comte Guillaume de Fûrsteoberg, qui avait épousé Bonne, veuve de Louis, comte de Blamont en Lorraine, et une des deux héritières de Guillaume de Neufc hâtel- Comté. Il était devenu ainsi possesseur d'une partie des seigneuries de cette puissante maison, notamment d'Héricourt, de Clémont et de Chàtelot. A la fin de 1515, il avait menacé Blamont, qui appartenait à son ancien compagnon d'armes et ami Ulrich de Wurtemberg, comte de Montbéliard; mais son projet avait échoué. Afin de s'opposer à ses visées ambitieuses, la ville et le comté de Montbéliard, la seigneurie de Blamont et Soleure firent, le 13 septembre 1517, un traité de combourgeoisie pour une période de vingt-cinq années (3). Il employa dès lors son activité brouillonne à molester ses voisins comtois. Philibert dénonçait entre autres choses ses désobéissances envers les officiers et les justiciers de l'archiduchesse, ses voies de fait et ses querelles avec les citoyens de Besançon touchant la succession de Pierre Sixsols (4), sa mau-
(1) La Pise, p. l.'io.
(2; Pièces justificatives, supplément, n° 12 a; Archives du Nord, Lettres missives, portefeuille 3.*>.
(,'{; (ïolu't, éd. Duvernoy. col. 15i6, notes.
(i) Lettres de Philibert A l'archiduchesse Marguerite, du 10 juillet, d'octobre; Pièces justificatives, n°' \i b et 13 e: Archives du Nord, Lettres missives, portefeuilles US et 'M bis. Sur l'allaire Sixsols. cf. aussi une lettre de Philiberte de Luxembourg à Marguerite, du H juillet, ifciei.. Lettres missives, portefeuille 36. Pierre Sixsols avait été chanoine de Uesaneon. Au sujet de sa succession, on lit dans une noie des Papiers des Ltats, L. 14f), p. 47: « i,00U francs aux BerciosdeBe-